Neuf ans après, “on ne lâchera pas”

    mardi 9 août 2016

    crash

    Vingt victimes et toujours aucun coupable…


    Triste anniversaire aujourd’hui pour les familles du crash de Moorea

     

    Aujourd’hui est la triste date des neuf ans de cet accident qui a coûté la vie à 20 personnes, dont le pilote”, a expliqué, hier, le président de l’association 987, Nicolas Fourreau, faisant référence à la catastrophe aérienne du vol 1121 du Twin Otter d’Air Moorea, qui s’est crashé peu après son décollage de l’aéroport de Temae, le 9 août 2007, aux alentours de midi, ne faisant aucun survivant.

    Par habitude”, les familles et les amis des victimes vont se réunir aujourd’hui, au pied de la stèle et de la pierre des jardins Paofai, vers 17 h 30, où
    ils échangeront et partageront un moment de recueillement, avant de lancer à l’eau des couronnes de fleurs, à la mémoire des victimes.

    Diverses banderoles, comme à l’accoutumée, ont été déposées cette nuit au rond-point Chirac, pour que personne n’oublie. Neuf ans après le drame, on ne connaît pas encore toute la vérité, ni le ou les responsables.

    En décembre dernier, le procureur de la République a demandé le renvoi devant le tribunal correctionnel de Papeete des sept mis en examen dans cette affaire, ainsi que le groupement pour la sécurité de l’aviation civile et Air Moorea, pour “homicide involontaire”.

    Mais depuis, le juge d’instruction a changé et le nouveau juge en charge de l’affaire souhaite “analyser l’intégralité du dossier, pour voir s’il n’y a pas des choses à perfectionner”, avant de renvoyer le dossier, ou non, devant le tribunal, comme l’explique Nicolas Fourreau…

     

    Bientôt dix ans…

    Mercredi (demain, NDLR), ce sera le début de la 10e année. Dix ans, c’est une demi-génération, c’est énorme. Mais c’est surtout, derrière, une absence de manifestation de la justice car, depuis cinq ans, il ne s’est pas passé grand-chose.

    On peut espérer, avec l’arrivée d’un nouveau juge d’instruction qui semble avoir les meilleures intentions du monde en souhaitant analyser l’intégralité du dossier, pour voir s’il n’y a pas des choses à perfectionner, à fouiller.

    Je trouve cela très bien. On peut espérer qu’effectivement, sous un an, on ait enfin des personnes qui répondent de leurs fautes devant un tribunal.

     

    Cela reste votre principal souhait ?

    Cela reste un espoir fort car il y a dans notre association plusieurs objectifs. Premièrement, il y a, évidemment, celui de continuer ce devoir de mémoire envers les victimes.

    Ensuite, il faut punir ceux qui sont responsables de ce qui s’est passé et, enfin, éviter que cela se reproduise.

    Demander à la justice de condamner des gens, c’est aussi demander que l’aviation civile polynésienne soit assainie des personnes qui ont mal travaillé et qui ne méritent pas de continuer à officier dans un domaine où ils ont été déficients.

     

    Vous parlez d’habitude. Éprouvez-vous, vous ou les membres de l’association, de la lassitude ?

    Il y a plusieurs choses. Certains se réfugient dans un silence et pourraient passer pour des gens qui oublient mais c’est juste de la discrétion. D’autres sont extrêmement en colère et très vindicatifs car ils trouvent que le système est défaillant, qu’il n’y a pas de justice.

    Il est clair qu’il devrait y avoir des réponses plus rapides des autorités judiciaires quand il y a ce type d’accident. Enfin, il y en a d’autres qui sont plus militants, qui essayent de faire bouger les choses. J’ai pris cet engagement auprès de mes enfants, d’autres l’ont fait aussi et on ne lâchera pas.

     

    Êtes-vous prêts, à un moment donné – et si oui, quand – à passer à d’autres types d’action ?

    Le moment où on sera devant un tribunal. Ce jour-là, on sera tous extrêmement motivés, militants, actifs pour que cela ne soit pas uniquement 20 familles qui agissent mais toute une population.

    Cet avion était la cartographie de notre pays, avec des touristes, des personnes d’origine et de confession différentes, des gens qui travaillaient pour l’Union européenne et le développement de la Polynésie.

    Toute la population a été touchée par ce drame. Il faudra montrer à ce moment-là qu’effectivement, on est tous dans un besoin de recherche de justice, mais une justice pour la société, pas pour les familles.

    Les familles sont bien plus inquiètes de l’absence de justice pénale que de la compensation financière éventuelle, qui n’est toujours pas statuée. À ce sujet, il y a eu un premier jugement où l’on a fait appel. La justice pénale est très importante à nos yeux.

     

    On aurait tous pu être dans cet avion…

    Cela restait, depuis des années, un avion-taxi. On arrivait, on prenait un billet et on allait à Moorea, pour tout ou rien. Dans l’avion, il y avait un pompier de l’aéroport, un homme qui travaillait à l’équipement et qui rentrait chez lui.

    On était tous habitués à le prendre, c’était un vol rapide qui méritait d’être géré différemment.

     

    Question plus personnelle : que ressentez-vous lorsque vous prenez l’avion maintenant ?

    C’est très compliqué. Préparer un voyage nécessite une préparation psychologique. Avant de prendre l’avion et durant le vol, je suis extrêmement nerveux, ce que je n’avais jamais été auparavant.

    Le bruit d’un avion qui passe éveille forcément mes sens, pas forcément de la meilleure façon qui soit, tout comme un avion qui disparaît dans le monde.

    Voir des images de familles endeuillées lors d’un crash réveille en moi des douleurs et des cicatrices qui ne se refermeront probablement jamais, même si on continue à vivre, à se développer, à construire et à espérer. C’est très difficile à supporter.

     

    Propos recueillis
    par Christophe Cozette

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