Nilko : “Je songe à vivre au moins cinq mois de l’année à Tahiti”

    mercredi 5 octobre 2016

    nilko

    (Photo : Christophe Cozette)

     

    J+3 hier, pour sa troisième édition, le festival international du graffiti Ono’u a atteint sa vitesse de croisière. L’ensemble des huit nouveaux murs ont commencé à se transformer, sous les bombes des artistes invités. Zoom sur Nilko, vainqueur d’une des catégories lors d’une précédente édition, un métropolitain au parcours incroyable.

     

    Date et lieu de naissance ?

    Paris, 1979. Mon nom est Nicolas Léger mais comme il y a plein de peintres dans la famille, j’ai pris le L de Léger et l’ai inclus dans mon prénom. Mon arrière-grand-père, mon grand-père, mon oncle étaient aussi peintres. Je suis le premier graffeur. Je ne sais pas si Fernand Léger est de la famille. On a perdu trace des origines espagnoles dont Fernand est issu.

     

    Première bombe en main et premier dessin ?

    C’était un rasta ,  en 1996. J’ai véritablement débuté en 1997. Je rentre dans ma 20e année de pratique.

     

    Première fresque ?

    Je ne sais plus, je peignais tous les jours, uniquement des grandes fresques. Je ne m’en souviens plus.

     

    Où avez-vous graffé ?

    En France, à Tahiti, au Japon, à New York, en Côte Ivoire, en Tunisie et à Los Angeles, où j’ai peint le Dr Grey et Eminem. J’ai aussi beaucoup peint en Allemagne et en Hollande. C’est là-bas que l’on peint le plus.

     

    Combien de murs, en litres de peinture, en mètres carrés, avez-vous réalisés aujourd’hui ?

    La plus grosse quantité, c’était pour EDF, il y a quelque temps. J’ai utilisé une tonne et demie de bombes pour 580 m2.
    Sinon, un de mes plus longs chantiers, c’était à Djerba pour la galerie Itinérances en 2013. J’ai de la chance d’être sponsorisé pour me procurer des bombes. Cela représente une économie d’à peu près 20 000 euros par an (près de 2,4 millions de francs). Les clients payent aussi, dans le cadre des contrats.

     

    Combien de bombes utilisez-vous par mois pour votre “consommation personnelle” ?

    Beaucoup. J’utilise à peu près douze couleurs par personnage, alors que la plupart du temps, on en utilise cinq ou six. J’aime monter jusqu’à 120 couleurs sur un seul mur. Là, sur ce mur, j’ai 180 bombes. J’ai commandé quasiment toutes les couleurs existantes.

     

    Quel est votre mur préféré ?

    Avec deux autres graffeurs en métropole, on avait fait un mur pour Ol’ Dirty Bastard, de son vrai nom Russell Tyrone Jones, un rappeur américain, décédé en 2004. Et une salle de poker aussi, à Paris.

     

    Préférez-vous travailler seul ou à plusieurs?

    Je travaille beaucoup avec un Allemand, Dayter. La semaine dernière, on a fait un lancement pour le groupe Accor, avec le designer “monde” du groupe et avec le designer de Google et de la maison de Beyonce. On a créé un nouveau type d’hôtel. Ce n’est pas une auberge de jeunesse.

    Ce sont des chambres montées sur roulettes en bois, des “levels” d’hôtels, qui pourront être achetés par d’autres chaînes hôtelières, pour recevoir le public, sur un étage, autour des graffs et des adhésifs qui habillent les chambres. J’ai d’ailleurs ramené une girafe pour Tahiti, qui viendra habiller le mur que je réalise au Vaima.

     

    Vous citez des noms magiques. Il y a 20 ans, vous imaginiez travailler avec ces gens-là ?

    Non, c’est clair. J’ai toujours eu la chance de me trouver au bon endroit au bon moment. À Angoulême par exemple, à 17 ans, j’étais le plus jeune diplômé français en bande dessinée. Et puis j’ai été censuré par Casterman quand la maison a été rachetée par Flammarion, parce que mon héros avait une tête de pitbull, alors que la possession de ce type de chien venait d’être plus qu’encadrée.

    J’ai arrêté la BD pour me mettre au graff. Ça a été un carton. J’ai immédiatement fait le tour du monde. À la même époque, j’ai également travaillé pour le groupe Benetton, qui m’a fait redessiner toute une marque qui était en train de couler, Killer loop, ce qui lui a permis d’exister dix années de plus.

     

    Avec qui aimeriez-vous travailler ?

    J’ai travaillé avec à peu près  tout le monde. J’ai pu rencontrer toutes les stars du hip-hop. J’ai adoré. Je pars bientôt en Russie, où je vais peindre pour Grand Master Flash car une  importante série américaine va parler de son retour. En décembre, j’irai en Indonésie. J’aime la plongée alors j’en profite. La France est le pays où je travaille le moins. En Russie, les gamins ont un poster de moi à partir d’un DVD, “Graffiti instinct”. C’est juste incroyable.

     

    Qu’allez-vous peindre ici ?

    Un requin pointe noire avec une pieuvre qui accueillent des animaux de différents pays, comme la carpe du Japon, le singe, la girafe et le rhinocéros d’Afrique ou l’alligator d’Australie. C’est Ia ora na, feel welcome. “Feel welcome”, c’est la base line d’Accor. Maintenant, dans ces hôtels, c’est “bienvenue chez eux”. Les graffitis avant, c’était dans la rue. Aujourd’hui, les gens les aiment alors pourquoi ne pas en avoir à l’intérieur de chez soi ?

     

    Vous ne peignez que des murs ou êtes-vous passé sur des supports plus traditionnels ?

    Je customise aussi des voitures. Je suis un des trois associés d’une nouvelle marque de voiture électrique, la XYT, entièrement recyclable, qu’on peut assembler à la main en 27 heures, et qui se branche sur du  220V. Elle  devrait arriver à Tahiti l’année prochaine. Mon père était carrossier-peintre en région parisienne. La carrosserie dans laquelle il travaillait fabriquait les voitures de Rémy Julienne, un célèbre cascadeur français, sur les films de James Bond.

    Ce projet est né avec un des fils d’un ancien associé de mon père. J’ai grandi entouré de voitures. J’en ai cinq à la maison : une ancienne BMW de l’ambassade d’Allemagne à Paris et une ancienne Mercedes de 1968, un vieux camion Peugeot des années 1950, la voiture électrique et un buggy du désert. Je suis directeur associé et je m’occupe de la direction artistique de la voiture et de la marque. Je songe à vivre au moins cinq mois de l’année à Tahiti.

     

    Quel mur aimeriez-vous peindre ?

    Je rêve d’un monument haussmannien (Georges Eugène Haussmann fut préfet de la Seine entre juin 1853 et janvier 1870. À ce titre, il dirigea les transformations de Paris sous le Second Empire, sortant Paris du Moyen-Âge, ndlr). Je le peindrais en blanc sur blanc, avec une peinture qui réagit à la lumière noire. Cela ne dénature pas l’œuvre mais la nuit, le graff apparaît et cela change alors l’environnement des riverains. Le projet est en cours avec Accor.

     

    Gauguin, qui se tourne en ce moment à Tahiti avec Vincent Cassel dans le rôle principal, vous inspire ?

    Oui, au niveau des couleurs j’adore. Je savais que ce film se tournait en ce moment. J’ai une mémoire visuelle. Je vois une chose une fois et peux  la redessiner immédiatement. Je suis fan de Paul Rebeyrolle, Fernand Léger, Miro, Jean Monnet.

     

    Propos recueillis par
    Christophe Cozette

     

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