Publié le mardi 09 mars 2010 à 10H52
PARIS - Le salon de l’Agriculture a fermé ses portes dimanche
Mercredi après-midi, Marie-Luce Penchard a rendu visite aux exposants de l’Outremer du salon de l’Agriculture à Paris. Même si d’ordinaire ce genre de circuit ressemble plus à une plongée, tête première, dans les doléances, il demeure néanmoins et aussi un moment très festif pour le ministre, qui est toujours accueilli avec sourires, musiques et, bien entendu, dégustations.
Stands sacrifiés
Au pavillon polynésien, elle avait rendez-vous avec Frédéric Riveta, ministre de l’Économie rurale, Maeva Salmon, déléguée de la Polynésie française à Paris, Martin Coeroli, responsable communication du ministère. En parcourant les stands, la ministre s’est entretenue avec quelques exposants, dont Pierre Françot (Fetia Tahiti), Bruno Teikiteetini (Tahiti Tourisme), Jean-Louis Monti (JLT Voyages) qui a témoigné de la bonne prise en charge de ses clients à Tahiti, lors du cyclone, tandis qu’un verre de vin de Rangiroa lui était offert par Dominique Brogi, responsable export de la société Vin de Tahiti. Faute de temps, Marie-Luce Penchard n’a pu voir tous les exposants polynésiens, et c’est bien dommage car cela aurait au moins pu mettre un peu de baume au coeur de quelquesuns d’entre eux, véritablement sacrifiés en raison d’une très mauvaise disposition. C’est le cas pour cinq stands qui ne voient quasiment aucun visiteur. “Je ne vais même pas rentrer dans mes frais !”, se lamente, par exemple, Georges Chalier (Parfumerie Sachet), tandis que Bruno Ling (Parfumerie Tiki) est obligé de se placer dans une allée, loin de son stand, pour essayer d’attirer les visiteurs en leur faisant tester son monoï. Du coup, on s’est livré à un jeu de chaises musicales qui, en définitive, ne plaît pas à tous, loin de là. Et puis, on se demande pourquoi y a-t-il un stand de chemises et sweat-shirts, ainsi qu’un bon linéaire pour les CD de Théo Sulpice, lequel n’anime le stand que le week-end. Pas très agricole tout cela, mais emplacement payé cependant par le service du commerce extérieur. Aurait-on confondu avec la foire de Paris ?
L’or pour la vanille de Richard Bou Kan San - Le 2 mars dernier, le jury du concours de produits et des vins s’est réuni pour examiner les échantillons de vanille qui lui étaient proposés dans le cadre du Concours général agricole du Salon international de l’Agriculture de Paris. Depuis sa création en 1870, ce célèbre concours officiel met en compétition des produits agricoles ou issus d’une première transformation, en provenance du territoire français, d’origine fermière, artisanale ou industrielle. La sélectivité des épreuves et le nombre restreint de médailles décernées (moins de 23% des inscrits obtiennent une médaille et seulement environ 8% une médaille d’or), confèrent aux produits un caractère exceptionnel et une
reconnaissance du producteur, par ses pairs et par les consommateurs. À titre d’exemple, en 2009, sur 3 456 produits en compétition, 1 007 ont été primés. Traditionnellement, les résultats du concours et la remise des diplômes pour les produits ultramarins se font sur le stand de l’ODEADOM (Office de développement de l’économie agricole d’outre-mer). Cette année, en l’absence du ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire (qui s’est rendu en Vendée aux obsèques des victimes de la tempête), c’est Marie-Luce Penchard qui a remis les diplômes dans les catégories rhums et vanille. Déjà médaillé d’argent l’an dernier, Richard Bou Kan San, de Tahaa, récidive avec cette fois une médaille d’or. En son absence, c’est Frédéric Riveta et Tatiana Hart, directrice de l’établissement Vanille de Tahiti, qui ont reçu le document de la main de la ministre. Par ailleurs, Alain Abel a reçu la médaille de bronze (sa cinquième médaille du CGA), tandis que l’argent est allé à Guy Tauatiti (Hotu Vanilla), le mari d’Odette, médaillée, elle aussi, mais en tant que chevalier du Mérite agricole. C’est décidément champagne à Avera cette année !
Le mérite agricole à Odette Tauatiti - Si le cyclone Oli avait empêché Marie-Luce Penchard de remettre à Raiatea lamédaille du Mérite agricole à Odette Tauatiti, le rendez-vous était néanmoins pris pour la consécration d’Odette. C’est donc tout naturellement au salon de l’Agriculture de Paris que cette productrice et préparatrice de vanille a été faite chevalier par la ministre, devant une foule d’officiels et de visiteurs qui se pressaient sur le stand de l’ODEADOM (Office de développement de l’économie agricole d’outre-mer), en présence de Frédéric Riveta. Avant de se lancer avec son mari Guy dans la vanilliculture et dans son entreprise Hotu Vanilla, Odette Tauatiti a exercé des fonctions auprès du service de l’économie rurale, puis du Haut-commissariat, enfin auprès de la subdivision administrative à Raiatea. Dans son allocution de remerciement, elle a dédié sa décoration à ses enfants, et également à Anne Bocquet, l’ancien
haut commissaire, qui est à l’origine de sa distinction honorifique. “À tous ceux qui n’ont pas la chance d’être remarqués et proposés, je les associe à mon bonheur présent”, a déclaré avec sa générosité habituelle cette femme qui consacre désormais sa vie au développement de l’or brun des Raromatai. Auparavant, Marie-Luce Penchard avait prononcé un discours dans lequel elle avait souhaité revenir sur la catastrophe qui a affecté certaines de nos îles : “Alors que vous participez à la protection de la nature, celle-ci ne vous le rend pas toujours. Ainsi, vous en subissez parfois les foudres. Je pense notamment au cyclone Oli, qui a ravagé les Îles Sousle- Vent et surtout les îles Australes de Polynésie française. J’étais présente à ce momentlà et j’ai pu constater de mes yeux la précarité de vos conditions de travail. J’ai pu rappeler aux Tahitiens la solidarité de l’État dans ces moments difficiles”. Plus tard, lors de sa tournée des stands, Marie-Luce Penchard a de nouveau salué Odette Tauatiti et son mari, déjà très sollicités par les médias, et notre nouvelle médaillée a même eu le droit à la visite de Dominique de Villepin. Une grande journée décidément !
La ferme “célébrités politiques” fait salon - Impressionnant ce salon de l’Agriculture où des centaines de milliers de visiteurs durant une semaine viennent regarder les yeux dans les yeux les vaches, cochons, chèvres et autres moutons, chevaux ou gallinacés. Mais le spectacle serait incomplet si l’on ne mentionnait pas le carrousel étonnant des hommes politiques, qui profitent des prochaines élections régionales pour, eux aussi, venir faire salon à la Porte de Versailles. Ainsi, on a vu le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, à l’inauguration. Puis, lui ont succédé Patrick Karam, le président du Sénat, Gérard Larcher, Michel Mercier, Xavier Darcos, Valérie Pécresse et aussi François Bayrou. Mercredi, c’était l’embouteillage : Martine Aubry, Marie-Georges Buffet, Luc Chatel, Laurent Wauquiez, Henri de Raincourt et Marie-Luce Penchard. Martine Aubry est venue à l’Outre-mer et quelques heures plus tard, c’était Patrick Ollier, en train de signer le livre d’or du stand de la Martinique, qui provoquait le demi-tour droite de Jean-Marie Le Pen. On notera que le leader du Front national a pu circuler sans sifflets et injures et qu’il posait volontiers pour les photos avec sa fille Marine, tout sourire. ...
Chirac roi indétrônable
La vedette mercredi, ce fut incontestablement Dominique de Villepin qui a consacré la journée entière. Vraiment en campagne de la campagne : photos avec petits et grands, dégustations, stationnements prolongés à l’intérieur des stands et mille bises aux doudous ravies. Tahiti a eu droit à sa visite, en compagnie de
Brigitte Girardin. L’ancien Premier ministre a rappelé combien il avait apprécié la Polynésie et promis qu’il y reviendrait. Et puis jeudi, c’est Michel Barnier, ancien ministre de l’Agriculture, aujourd’hui Commissaire européen au marché intérieur et aux services financiers, qui a été salué par Frédéric Riveta. “J’en ai profité pour lui demander de réfléchir sérieusement à la création à Bruxelles d’un bureau spécifique aux PTOM, car c’est là que nous devons faire du lobbysme. Il m’a répondu qu’il s’en souviendra !” Jeudi encore, François Fillon a pris le pouls des éleveurs, tandis que vendredi, était pressenti Jacques Chirac, vedette indéboulonnable du salon, que croiseront peut-être Christian Estrosi, Bertrand Delanoé, ou Xavier Bertrand. Samedi, enfin, Nicolas Sarkozy est venu “désinaugurer” le salon avec des annonces attendues. Le cheptel politique a défilé au complet et les bêtes ont pu se reposer un peu dimanche, avant de reprendre le chemin de la campagne paisible.
De notre correspondant Ph. Binet



