“Non à la réduction du nombre de médecins”

    vendredi 17 octobre 2014

    Le 12 juillet 2013, le président du Pays demandait au ministre des Outre-mer une mission de l’inspection générale des affaires sociales (Igas) en Polynésie, “pour étudier les conditions de reprise de la participation financière de l’État en matière sanitaire et sociale”.
    La mission de l’Igas, en s’appuyant sur un premier rapport rendu en 2010 et sur le rapport de la chambre territoriale des comptes de 2010 et 2011, a donc proposé des pistes visant à rétablir l’équilibre des comptes sociaux.
    Selon les économistes, pour réduire les dépenses du centre hospitalier de la Polynésie française, il faudrait réduire le nombre de cadres infirmiers et de médecins, sur la biologie et sur la chirurgie ambulatoire.
    Les experts parlent également de réformer l’organisation du travail pour supprimer les nombreuses gardes et astreintes qu’ils considèrent inutiles. Enfin, il est proposé de réduire les indemnisations des médecins annoncées comme excessives et éviter le paiement d’heures supplémentaires structurelles.
    C’est sur ces trois points que le syndicat des praticiens hospitaliers, par le biais de son président, Marc Levy, a souhaité réagir.
     
    20 praticiens de trop au CHPF ? “Selon le rapport, nous serions 20 praticiens de trop au Taaone. À moins de vouloir mettre en péril notre système de santé ou de le marchander, ces affirmations sont erronées et dangereuses. Enlevez 20 médecins demain et nous ne pourrons plus travailler.”
    En effet, alors que le rapport parle de 195 médecins en Polynésie pour 100 000 habitants, le ratio métropolitain est de 333 médecins pour
    100 000 habitants.
    “En cardiologie, quand un patient fait un infarctus, le praticien a trois heures devant lui. Sachant que le pays le plus proche est à
    5 heures de vol, s’il n’y a pas de spécialiste sur le territoire, le patient est mort.”
    Cette annonce fait d’autant plus grincer les dents des médecins que de nombreux services mériteraient d’avoir un spécialiste supplémentaire, comme c’est le cas en oncologie ou en pneumologie, où les spécialistes sont submergés.
    “Nous avons besoin de six médecins supplémentaires pour répondre aux besoins de la population.”
    En dehors de cette réduction de personnels qui, pour les praticiens, ne repose sur aucune étude spécifique des besoins médicaux et géographiques de la Polynésie, le rapport parle de supprimer les astreintes et gardes des médecins qu’il considère inutiles.
    Or, comme l’explique l’un des deux médecins de cardiologie, les astreintes sont obligatoires. “Lorsqu’on est que deux par service, nous sommes constamment appelés. L’astreinte veut dire être disponible 24 heures sur 24 par téléphone. Elle veut dire être sur place dans les
    15 minutes si nécessaire. Et quand on est deux, cela signifie une semaine sur deux à être dans ce cas, donc pas de vacances.”
    Qualifier ses astreintes d’inutiles passe donc assez mal pour les médecins qui en ont assez d’être rendus responsables des difficultés du financement du régime de solidarité de la Polynésie française.
     
    Le système métropolitain calqué. Enfin, au sujet des heures supplémentaires et des indemnisations annoncées comme excessives, les médecins ont du mal à avaler la pilule.
    “Lorsqu’on prend une garde à 19 h 30 et que celle-ci est censée se terminer à 7 h 30, mais que nous avons encore un patient, de l’administratif ou de la transmission de dossiers à faire et que nous partons vers 10 heures, nous ne sommes pas payés, cela fait partie de notre travail.”
    Ces mêmes médecins accomplissent régulièrement des visites dans les îles au cours desquelles ils effectuent près de 150 consultations dans la semaine, sans rémunération supplémentaire. Ce travail permet de limiter les évasan et donc d’éviter des dépenses onéreuses.
    Le syndicat des praticiens hospitaliers considère aujourd’hui que le rapport de l’Igas a comparé ce qui n’était pas comparable. C’est-à-dire qu’il a pris exemple sur un système métropolitain, sans prendre en compte les spécificités géographiques et médicales du Pays.
     
    Jennifer Rofes

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