Nouveaux professeurs – Un bond géographique et culturel

vendredi 7 août 2015

À quelques jours de la rentrée des classes, les nouveaux professeurs sont arrivés sur le territoire. Ils étaient plus de 300, accueillis, hier, par la ministre de l’Éducation et le vice-recteur, à l’Université de la Polynésie française. Le but : les préparer aux spécificités du fenua.

Dans quelques jours, Lucie, 31 ans, prendra ses fonctions de professeur de musique et de chant au collège de Bora Bora. Loin, très loin de Saint-Amand-les-Eaux, dans le Nord de la France.
À ses côtés, plus de 300 enseignants et personnels d’éducation nouvellement arrivés sur le territoire étaient réunis, hier, à l’Université de la Polynésie française par la ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Nicole Sanquer-Fareata, et le vice-recteur Jean-Louis Baglan.
Nombre d’entre eux ont quitté la métropole avec une image de paradis en tête : “J’avais le désir depuis pas mal de décennies de venir ici. Je suis en train de réaliser un rêve, sourit ainsi Véronique, enseignante spécialisée en école primaire, affectée, elle encore, à Bora Bora. Mais ma motivation, c’était aussi de faire connaissance avec un autre système scolaire, d’autres us et coutumes. J’ai une grande soif de découvrir les enfants !”
La journée d’hier avait pour but de faciliter cette rencontre en préparant les nouveaux professeurs aux spécificités du fenua, qui dépassent très largement les plages de sable blanc ou noir et les fleurs de tiare.
“Vous venez pour exercer vos compétences. Je compte sur vous pour que vous mettiez ces compétences au service des élèves polynésiens”, a exhorté le vice-recteur, dans une allocution saluée par la ministre, qui se réjouit du partenariat “inédit” qui est en train de se nouer entre les services de l’État et du Pays.  
Jean-Louis Baglan a reconnu l’existence d’un contexte social parfois difficile en Polynésie française, il a mentionné la fracture numérique, le casse-tête des transports publics, ainsi qu’une “problématique de niveau, c’est vrai”.
Mais il a surtout appelé les enseignants à faire preuve d’ouverture et de respect : “Soyez avant tout des professionnels, sans aucun préjugé ni aucun jugement.”
Les donneurs de leçons fraîchement débarqués de métropole ont fait leur temps. “N’oubliez jamais qu’avant de parler de leur niveau, il faut savoir d’où viennent les élèves sur le plan culturel et historique. Le premier bachelier ici, c’était en 1965.”
Un demi-siècle plus tard, 38 % des élèves qui quittent l’école primaire n’ont pas les acquis suffisants en français avant d’entrer en classe de sixième.
Mais le retard est rattrapé dans cette matière au collège, à la fin duquel 92 % d’une classe d’âge détient le socle de compétences nécessaire, un score plus élevé que la moyenne nationale.

“C’est important qu’il y ait un échange dans les deux sens”

Reste un important problème de décrochage, puisque seulement 45 % d’une classe d’âge obtient le baccalauréat.
Pour “la réussite de tous les élèves”, la ministre Nicole Sanquer-Fareata a décliné devant les nouveaux professeurs les grands axes de sa politique éducative, qu’elle qualifie “d’ambitieuse et exigeante” (lire l’entretien ci-dessous).
“L’élève polynésien a soif d’apprendre, mais il est très sensible à l’attention qu’on va lui porter. Il doit être accompagné. Il faut trouver le bon canal de communication”, a-t-elle expliqué.
“Il faut commencer par observer pour comprendre comment sont les élèves polynésiens. Ils vous tutoient, ils font la bise, ils ont des surnoms… Certains professeurs vont prendre cela pour de l’insolence, alors qu’en fait, c’est tout simplement leur manière d’être !”
Le linguiste Jacques Vernaudon et l’anthropologue Edgar Tetahiotupa ont donné quelques clés aux nouveaux arrivants, par exemple sur la manie qu’ont les Polynésiens de dire “oui” pour éviter la confrontation.
Ou sur le “mélange” ou “charabia”, cette langue couramment parlée dans les archipels qui mêle des mots français et polynésiens.  
“Est-ce que je vais comprendre les élèves ?, s’interrogeait Corinne à la sortie, affectée dans un lycée professionnel de Faa’a en éco-gestion. C’est sur ce dernier volet que j’ai un peu d’appréhension. J’y avais déjà pensé parce qu’on se renseigne avant de partir, mais je vais devoir faire un travail d’adaptation culturelle. En métropole, le professeur a plutôt besoin de se positionner au-dessus des élèves. Ici, j’ai l’impression qu’on est plus dans l’échange et le partage.”
“Je pense qu’on a beaucoup plus à apprendre de leur culture, qu’eux de la nôtre. C’est important qu’il y ait un échange dans les deux sens, ajoute Jean-Noël, arrivé samedi dernier et qui s’apprête à enseigner l’énergétique à Mahina. L’humain va être très important.”  

Marie Guitton

Lire aussi dans La Dépêche de Tahiti de ce vendredi 7 août ou au feuilletage numérique l’interview de la ministre de l’Education.

Ministre recherche profs pour la rentrée !

La ministre de l’Éducation profite de son entretien avec La Dépêche pour passer ses petites annonces : “Je cherche des candidatures d’enseignants en musique pour les Tuamotu, avec un diplôme de conservatoire ou d’école de musique. Et j’ai une place à pourvoir aux Marquises pour enseigner la maintenance de véhicules automobiles !” À vos postes, prêts ?

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