Un nouvel allié pour les pensions de famille

    vendredi 14 octobre 2016

    Fred Grey et Mélinda Bodin, hier, au Méridien Tahiti, entourés de Thierry Lehartel et Marc Collins, de Tahiti Innovation Labs, en mission d’accompagnement auprès de l’association des Hôtels de famille. (© Caroline Perdrix)

    Fred Grey et Mélinda Bodin, hier, au Méridien Tahiti, entourés de Thierry Lehartel et Marc Collins, de Tahiti Innovation Labs, en mission d’accompagnement auprès de l’association des Hôtels de famille. (© Caroline Perdrix)

    Il a investi dans cinq hôtels de luxe au fenua. Mais il croit aussi beaucoup dans le potentiel des petites unités hôtelières. L’investisseur samoan Fred Grey a décidé d’apporter tout son appui aux pensions qui sont à la peine. Il s’est notamment engagé à partager sa connaissance des marchés et ses contacts avec l’association des Hôtels de famille de Tahiti et ses îles, en particulier sur l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

     

     

    Fred Grey a beau s’être constitué un impressionnant portefeuille d’hôtels de luxe, il garde un faible pour les pensions de famille. Une histoire de famille, justement : “Ma grand-mère, Aggie Grey, a commencé avec une bouteille de gin, une bouteille de whisky et 18 bouteilles de bière. Ça montre que le succès est aussi une question de personnalité.” Et de la personnalité, Mélinda Bodin en a à revendre. La présidente de l’association Hôtels de famille de Tahiti et ses îles (HFTI) travaille depuis six ans à la labellisation (le label “Ia Ora” qui décerne jusqu’à quatre “fare”) et la professionnalisation de son réseau. Pourtant, la petite hôtellerie familiale en Polynésie est à la peine, avec un taux de remplissage de 27 % selon les derniers chiffres de l’Institut de la statistique de la Polynésie française (ISPF). “Nous avons rencontré Fred aux Samoa en avril, et suite à une discussion sur l’industrie du tourisme et sa vision des forces macroéconomiques à l’œuvre, sur ce qui se passe dans le reste du Pacifique et du monde, nous lui avons proposé de s’impliquer”, raconte Mélinda Bodin.

    Fred Grey est donc le premier “membre bienfaiteur” du ré- seau des pensions, qui entend booster sa communication. Il devrait être rejoint par d’autres personnalités d’ici le mois de décembre. “J’ai dit à Mélinda (Bodin, NDLR) que le problème, à mon sens, est que le marché tahitien est trop orienté vers le tourisme nuptial. Et je pense qu’il est temps que les acteurs du secteur, particulièrement les autorités et les compagnies aériennes, se soucient vraiment des autres niches qui pourraient bénéficier à la Polynésie”, expliquait hier Fred Grey. “Il faut faire attention à ce que Bora Bora ne devienne pas une destination en soi. Il faut se tourner vers le marché des familles, et aussi vers celui des “incentives”, les conférences, ainsi que l’écotourisme, au lieu de tout miser sur les jeunes mariés. Je ne vois aucune grande conférence se tenir ici. Si vous regardez Fidji, il y a conférence sur conférence, chaque semaine. Et pas seulement une trentaine de personnes, je parle de 300 à 400 personnes, en provenance d’Australie, des États-Unis, du Japon… Tahiti ne cible pas ce type de marché, et pourtant, quand on a une basse saison, on devrait faire venir ces gens par avions entiers ! Si on met tous ses œufs dans le même panier, en cas de crise économique, tout s’effondre.”

     

    Un bureau de l’association à San Francisco

     

    En 2012, quand il avait racheté Le Méridien Tahiti, Fred Grey avait indiqué qu’il souhaitait rendre Tahiti abordable aux visiteurs australiens et néo-zélandais, une clientèle qu’il connaît bien grâce non seulement à ses activités hôtelières, mais aussi à son agence de voyages Samoa Experience. “C’est le grand marché le plus proche, et la perception des gens en Australie et en Nouvelle-Zélande, c’est que Tahiti est trop chère, et ils ne se renseignent même pas”, confie-t-il. “S’ils regardent les brochures, ils voient Bora Bora, ils regardent les tarifs et disent “bon, ce n’est que pour les lunes de miel”. C’est le type de marché qui pourrait s’intéresser à la petite hôtellerie familiale. À Samoa, nous avons des petits fare de plage et ils sont tous pleins, de jeunes touristes non seulement australiens et néo-zélandais, mais aussi d’Européens.”

    À Tahiti, le Samoan attend le visa de l’autorité polynésienne de la concurrence pour finaliser le rachat de Tahiti Nui Travel, premier pourvoyeur de clients aux pensions de famille, ce qui lui permettrait d’accentuer son soutien. “Je pense qu’il faut d’abord travailler sur la sensibilisation, faire connaître ce label à l’étranger, expliquer que Tahiti propose toute une gamme d’hébergements abordables. Les autorités polynésiennes doivent aussi soutenir le marketing de ces structures familiales, qui doivent être promues comme des expériences tahitiennes authentiques. Il y a aussi des clients fortunés qui recherchent ça, qui sont partants pour aller au St-Régis et dans une pension lors d’un même séjour. C’est une définition différente du luxe.” C’est d’ailleurs la logique qui a présidé à la décision de Mélinda Bodin d’ouvrir un bureau à San Francisco, épicentre de la tech economy (lire ci-dessous). “Les pensions de famille, c’est tout un écosystème, 1 500 chambres sur 32 îles, c’est un tiers du total en Polynésie, conclut Fred Grey. Je serais très heureux de pouvoir leur apporter mes conseils.”

     

    C.P.

     

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