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NOUVELLE-CALÉDONIE – Au centre Tjibaou, une exposition s’intéresse à la révolte kanak

lundi 14 août 2017

nc expo

Photographies et objets d’époque captent tout de suite l’attention des visiteurs, qui peuvent ensuite approfondir avec les cartels, assez denses, ou encore les vidéos détaillant les objets présentés. (Photo : LNC)

Des enfants cachés dans des fours à pain, des tribus entières en fuite dans la Chaîne, une famille réfugiée sur un îlot, des lieux de vie réduits en cendres. Et des victimes très difficiles à quantifier : entre douze et seize chez les non-Kanak (Européens, mais aussi Indonésien, Tahitien…), entre 200 et 300 côté Kanak. L’histoire de la révolte de 1917 et de sa répression est presque absente des manuels scolaires. Elle est pourtant gravée au fer rouge dans certaines mémoires.

Cent ans plus tard, le centre culturel Tjibaou accueille, en partenariat avec le Musée de la Nouvelle-Calédonie (MNC), Da Men Bwat 1917, première exposition exhaustive sur le sujet. Da Men Bwat, en langue vamalé, est une expression désignant la sagaie et le casse-tête et, par métonymie, l’acte de guerre. Car si la révolte de 1917 a tant surpris – et traumatisé – les colons, c’est parce qu’elle a vu ressurgir un esprit guerrier et des pratiques qu’on pensait disparus grâce à “la civilisation”.

 

Récits familiaux

 

“Partout où l’ADCK est sollicitée, le retour des autres communautés c’est : “c’est super ce que vous faites, mais nous, on est où, dedans ?””, souligne Emmanuel Tjibaou, directeur de l’établissement public. Le centenaire offrait l’opportunité idéale de se pencher sur 1917 pour contribuer à une histoire commune.

Avec une particularité, à côté des objets du musée ou appartenant à des particuliers, des documents tirés d’archives : de nouveaux récits recueillis spécialement par les équipes du MNC auprès de familles calédoniennes dont un ou plusieurs aïeux ont connu des attaques ou des affrontements.

L’espoir d’Emmanuel Tjibaou ? “Que ces mémoires qui sont le rameau d’un même arbre, dans cent ans, aient donné un nouvel arbre et non plus des rameaux dispersés.”

L’exposition est divisée en quatre séquences qui permettent d’abord d’appréhender les prémices de cette guerre. Ensuite, un espace s’intéresse à la guerre telle que la concevaient alors les Kanak : un acte social violent mais très ritualisé. En 1917, les Kanak redécouvrent des pratiques, certaines faisant l’objet de fantasmes, comme l’anthropophagie ou la sorcellerie.

De l’autre côté, autour du costume du gouverneur Repiquet, ce sont les moyens d’une guerre moderne, s’appuyant sur des armes à feu automatiques et les communications télégraphiques codées, que l’on découvre.

Paroles kanak et non kanak se côtoient et se répondent, sans affrontement. Histoires transmises au sein de familles, comptines ou poèmes ayant voyagé jusqu’à nous grâce à la culture orale kanak. “Moi, j’ai appris des choses, et les familles calédoniennes et les familles kanak vont apprendre des choses, parce qu’il y a eu très peu d’interpénétration des récits”, avance, enthousiaste, Emmanuel Tjibaou.

Une dernière partie s’attache aux conséquences des événements de 1917 : bilan immédiat mais aussi répercussions actuelles. En 2009, lors de la commémoration du décès de Jean-Marie Tjibaou, à Tiendanite, des participants venus de Canala et de Houaïlou ont exprimé leur malaise d’être là alors que leurs aïeux auxiliaires avaient mis à sac la tribu et massacré ses habitants – dont la grand-mère de Jean-Marie Tjibaou.

Depuis, leur parole suit le chemin coutumier et pourrait bien, un jour, aboutir à une coutume de pardon.

 

LNC

 

 

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