Nouvelle-Calédonie : la menace du grand chef de Lössi

mercredi 1 octobre 2014

L’arrestation de Jonathan Boula, condamné à de la prison ferme, a suscité l’émoi à Lifou. Les versions divergent sur les circonstances de l’interpellation. Ce qui n’empêche pas son père, le grand chef de Lössi, d’exiger le départ d’un gendarme avant vendredi soir.

« Des comportements racistes de non-respect de la dignité humaine et de l’autorité coutumière qui rappellent les événements de Saint-Louis. » Les mots sont lâchés. Sans détour. Evanès Boula, grand chef du district de Lössi, vient de durcir le ton. Il demande, dans une lettre adressée mardi au commandant de la gendarmerie nationale en Nouvelle-Calédonie, le colonel Guérin, « le départ immédiat, avant le vendredi 3 octobre à minuit du chef de la brigade de Wé, responsable de l’intervention musclée ».  L’intervention en question est celle des gendarmes venus vendredi dernier interpeller Jonathan Boula, son fils, futur grand chef, pour le ramener à l’avion et le transférer au Camp-Est.
Le fils du grand chef a été condamné à dix-huit mois de prison dont douze ferme par le tribunal de Wé, à Lifou, pour violences volontaires. D’après les responsables coutumiers, l’intervention des militaires aurait été « digne d’arrestation d’éléments du grand banditisme ou de terroristes ». Toujours d’après eux, un arrangement aurait été trouvé avec le juge pour qu’il n’y ait pas arrestation le jour même. Cet accord prévoyait que le grand chef vienne en personne remettre le lendemain son fils aux gendarmes à Wanaham, avant son transfert sur Nouméa. Mais voilà que le vendredi (jour du transfert), quatre militaires à bord d’une voiture de la gendarmerie, passant devant le snack du port de Wé et voyant Jonathan, se seraient alors jetés sur lui, l’auraient plaqué à terre avant de l’amener de force dans leur véhicule. De quoi provoquer le courroux du père, témoin de la scène. D’autres témoins attestent pourtant avoir vu une tout autre scène. Celle d’un père giflant son fils devant les gendarmes, et une foule de sujets, avant d’aider les militaires à emmener son fils. Quoi qu’il en soit, le fait divers a alors eu de lourdes conséquences. Un simple ultimatum a été posé : « Le non-respect de cette exigence [soit le départ du chef des gendarmes à Wé avant vendredi soir à minuit, NDLR], vaudrait la fermeture de la brigade de Wé, par le district de Lössi, à partir du lundi matin 6 octobre. »
 
Une menace exprimée par le grand chef, une personnalité tout simplement incontournable en Nouvelle-Calédonie. Un pas de plus entre le fossé qui sépare les coutumiers des autorités de l’État, après la sortie médiatique cinglante de Roch Wamytan où le grand chef n’hésitait pas à exprimer son mécontentement. « Avant, les forces de l’ordre nous prévenaient avant d’agir. Maintenant, elles ne le font même plus. Ces intrusions permanentes développent le racisme chez les Kanak. » Le torchon brûle-t-il entre autorités coutumières et les autorités de l’État ? Le colonel Guérin, destinataire de la lettre, se refuse de commenter la missive. « Je ne souhaite pas répondre publiquement par média interposé, assure le commandant des forces de gendarmerie de Nouvelle-Calédonie. Nous cherchons en revanche à prendre contact avec les autorités auteurs de cette lettre. Afin d’en discuter en tête-à-tête et de clarifier rapidement la situation », a-t-il précisé.

Les Nouvelles calédoniennes

Evanès Boula, grand chef du district de Lössi : « Il devait être puni, pas humilié »

 Pouvez-vous nous expliquer les raisons de cette lettre ?
« J’avais eu l’accord du juge pour remettre mon fils aux gendarmes et ils ont débarqué pour l’interpeller. Que les choses soient claires, je souhaitais qu’il soit puni pour avoir commis des violences. Il a fait quelque chose de mal et je lui ai dit très clairement que taper des femmes était archaïque. Mais il n’a pas été respecté. Cet homme [son fils, NDLR] était en train de manger un sandwich. Il allait se présenter pour la prison. Il devait être puni, pas humilié. Il a été plaqué au sol, il était attaché quand il est monté dans l’avion. Devant ses sujets. Ils auraient au moins pu lui épargner ça. »

Vous pensez mettre vos menaces à exécution ?
« Il faut que ce gendarme parte. Sinon, je ne sais pas ce qui va arriver. Lorsque je me suis présenté devant le comité de soutien posté devant la gendarmerie, ils m’ont dit : ‘Grand chef, reste à l’écart de tout ça.’ Les autres districts viennent nous rejoindre. Je n’ai pas envie de vivre ce qu’il s’est passé en 1991 (en 1991, des événements ont entraîné de nombreux troubles à Lifou. Incendies de cases, tabassages et échanges de coups de feu ont rythmé la vie des habitants, NDLR). Pour l’instant, on reste respectueux et calmes. On maîtrise la situation. Mais il faut qu’ils nous entendent. Car j’ai tout de même peur que cela dérape. »

Mais vos relations étaient pourtant bonnes avec les gendarmes ?
« Bien évidemment. Je veux le calme. C’est un pays où tout le monde doit vivre ensemble. Mais on n’a pas besoin de ces comportements qui développent le racisme contre les blancs. Nous n’avions pas eu de problèmes depuis des années avec les gendarmes, qui travaillaient avec les coutumiers. Il faut nous respecter. »

nyiks 2016-02-02 06:54:00
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