Nouvelle-Calédonie – Le bagne sort de l’ombre

vendredi 17 juillet 2015

Durant toute la journée, l’association Témoignage d’un passé accueille sur le site du Camp central de l’île Nou les descendants de cette page de l’histoire calédonienne restée longtemps taboue, y compris au sein des familles elles-mêmes.
Une journée pour réunir les descendants de « Ceux du bagne » : c’est le pari fait aujourd’hui par Témoignage d’un passé au sein même du cœur historique du Camp central de l’île Nou. L’association, qui vient de fêter ses 40 ans, a réalisé un travail de fourmi en recensant et contactant quelque 525 familles dont l’un des aïeuls a été « condamné transporté, relégué, déporté, surveillant militaire» ou «fonctionnaire de l’administration pénitentiaire », explique Yves Mermoud, son président. Car il le martèle, « le bagne, ce ne sont pas seulement des condamnés. Un millier de personnes vivaient sur le site. Il y avait des enfants, donc des écoles et des instituteurs, bref toute une communauté ». Un quotidien que l’association veut faire découvrir. Une démarche qui n’avait rien d’évident il y a encore quelques années. « On a mis une chape de plomb sur l’ensemble de la période du bagne, » confirme Yves Mermoud.
 
Carrefour. Une omerta qu’Évelyne Henriot, qui participe aujourd’hui à ce grand rassemblement, a mis tren-te ans à briser : « Chez nous, personne ne savait rien. Et pourtant, mon père était descendant d’un condamné et d’un colon libre et ma mère issue de deux surveillants militaires. Il ne me manque qu’un communard dans mon arbre généalogique ! », plaisante-t-elle. Yves Mermoud a connu ce même silence, mais il estime aujourd’hui que « nous sommes à un carrefour entre les anciens qui disparaissent et des jeunes avides de connaître cette partie de l’histoire. Il devient plus facile de parler sans blesser nos parents ou grands-parents pour lesquels le sujet restait tabou ». Pour Evelyne Henriot, cette libération de la parole est nécessaire : « Il faut arrêter de se voiler la face avec cette histoire de bagne. En faisant cette dé-marche personnelle, j’ai pu transmettre notre histoire à toute la famille. Y compris à l’une de mes tantes qui a appris à 97 ans que son père était un bagnard. Cela a permis à chacun de remplir des zones d’ombre ». Autant de destins personnels qui ont écrit l’histoire du pays : « Les bagnards ont participé à la construction de la cathédrale, à celle des routes, des ou-vrages d’art, des adductions d’eau. Ils ont travaillé dans les mines, les con-serveries. Bref, ils ont œuvré pour le développement du pays », détaille Yves Mermoud.
 
Lien. Pour lui, le bagne est aussi un lien entre les Calédoniens. « Ce n’est pas que l’histoire des Blancs. Des Kanak ont été condamnés, notamment à la suite de la révolte de 1917, d’autres étaient employés comme agents civils, commis ou policiers indigènes. Nous devons assumer ce passé et assurer un devoir de mémoire vis-à-vis de nos enfants et petits-enfants ». Cette dé-marche s’est concrétisée dès 1996 avec la mise à disposition des locaux de la boulangerie du Camp central par la province Sud et sa rénovation à hauteur de 112 millions. Elle accueille d’ores et déjà des expositions et des ateliers pédagogiques. Mais l’association voudrait aller plus loin avec la création d’un véritable musée du Bagne : « Le projet existe depuis 2007 avec le soutien de la province Sud. Mais le contexte économique difficile que nous traversons lui a fait prendre du retard. Il devrait voir le jour dans trois ans ». D’ici là, l’association se fait fort de continuer à fédérer les familles qui sont issues de cette histoire.
 
LNC

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