Nouvelle Calédonie – Le pays pleure Naisseline

    mardi 9 juin 2015

    Le ruban rouge est épinglé au tricot ou à la veste. Côté gauche bien sûr, celui du cœur. Des femmes enchaînent couplets et refrains sans lassitude ni fatigue, un mouchoir à la main. « Pourquoi certains pleurent ? C’est le grand chef de maman ? » s’inquiète un petit garçon devant son frère plus âgé.
    Oui, les obsèques du grand chef du district de Guahma, décédé des suites d’une longue maladie il y a une semaine à Nouméa, se sont déroulées hier dans sa tribu de Nece, à Maré, au milieu d’une foule émue. Plus de 2 000 personnalités coutumières et institutionnelles, habitants de l’île ou des Loyauté, ont tenu à rendre un dernier hommage à Nidoïsh Naisseline, figure historique de la Nouvelle-Calédonie. « Merci d’être venus nous essuyer les larmes, comme on dit en langue », note, la gorge serrée, Emile Lakoredine, premier adjoint au maire et coutumier de Tadine, en accueillant le matin une délégation composée de membres du gouvernement, du président du Congrès, et d’autres représentants politiques.
     
    Cuisine. En ce jour de deuil, les étiquettes de partis, les kilomètres, et les détails du quotidien, ne comptent pas. Et les foulards rouges, noués autour du crâne, sont partout. A la chefferie, l’activité se mêle au recueillement, naturellement. Des clans sont chargés de la logistique, d’autres de la cuisine, des troisièmes sont nommés porte-parole, etc. « Chacun sait ce qu’il doit faire », remarque Corinne Sipa, l’élue provinciale du LKS, le mouvement fondé par Nidoïsh Naisseline en avril 1981.
    D’ailleurs, « ce qu’il faisait, c’était pour le peuple », ajoute la dame en robe mission. Sur la pelouse devant le beau bâtiment ancien où s’est installée l’intendance, se tiennent les coutumes de bienvenue. « J’espère que vous allez continuer ce qu’il a fait » lance un vieux Maréen au groupe de politiques de tout horizon. Un instant plus tard, quelques mots sont prononcés devant le cercueil à demi-ouvert. Des portraits de Nidoïsh Naisseline, à différentes époques, ont été glissés entre les gerbes de fleurs ou reposent sur un meuble. « C’était un personnage très très atypique », se souviennent des politiques discutant sous la varangue.
     
    Visages. « Dans les années 70, c’était une légende », un combattant absolu en faveur de l’identité et de la culture kanak. Une fois le repas du midi partagé, un champ humain s’est ouvert respectueusement pour laisser monter le cercueil vers le temple. Les visages sont graves, les minutes sont silencieuses. Le pasteur Wadrawane saluera avec force la mémoire du grand chef. Avant l’inhumation aux côtés des ancêtres, les personnalités sont invitées à formuler une dernière pensée. « Un humaniste attaché à ses terres », a souligné le représentant de l’Etat dans les îles Loyauté. « Un homme de dialogue et de paix », a indiqué le président du gouvernement. Un militant qui a « prôné la non-violence », a ajouté le patron du Congrès. Et maintenant, aux yeux d’un envoyé du Nord, « il faut assumer l’héritage ».
    La responsabilité repose sur les épaules de Dokucas-Henri Naisseline, le fils de Nidoïsh, intronisé grand chef coutumier de Guahma en 2007. Le message est aussi adressé à tous les habitants et à la classe politique.
     
    LNC

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