Nouvelle-Calédonie – Le spectre de l’abus d’alcool plane sur les urgences

    mardi 22 décembre 2015

    Après le sucre, l’intersyndicale du CHT part en croisade contre l’abus d’alcool à la veille des fêtes. Les médecins invitent les Calédoniens à la prudence, car l’hôpital, déjà saturé, ne pourra pas absorber plus de patients.

    13 h 15 le 22 décembre. Déjà huit lits s’entassent dans les couloirs des urgences. Les médecins du CHT Gaston-Bourret, en état de « saturation permanente », appréhendent avec « lassitude » les « beuveries » des fêtes de fin d’année. Le message de l’intersyndicale du CHT (USTKE, FO, CFE-CGC, SMPH NC) est clair : « Stop aux violences liées à l’abus d’alcool, et aux vies brisées », affichent les banderoles à l’entrée des urgences. Le débrayage, hier, a mobilisé une trentaine de personnels en blouse blanche ou bleu ciel, excédés d’assister avec impuissance aux dégâts causés par la boisson. Après celle du sucre, la guerre est ainsi déclarée contre l’abus d’alcool.
     
    « Les réponses sont possibles »
     
    Accidents de la route, comas éthyliques, rixes, règlements de comptes, violences conjugales ou en réunion : l’alcool est trop étroitement lié aux admissions à l’hôpital. « C’est d’autant plus tragique que ce sont les forces vives de la Calédonie qui se tuent : les jeunes, pas les vieux, alerte Gérald Pochard, chef du service des urgences. On ne mesure pas la gravité de la chose, les réponses sont possibles, les politiques le savent. » Tous les week-ends, cinq ou six polytraumatisés sont hospitalisés en urgence. « Les mesures de restriction des débits de boisson n’ont pas eu d’effet sur l’alcoolisation massive et isolée des jeunes », constate Cécile Etevenard. Pour cette urgentiste depuis vingt ans à Gaston-Bourret, la consommation d’alcool, notamment au volant, est profondément « ancrée dans les mœurs ». En témoigne la prise en charge des comas éthyliques qui touchent désormais les moins de 15 ans.
    « Tous ces jeunes qui abrègent leur vie, ou qui deviennent handicapés sont à la charge de la société, alors que c’est parfaitement évitable », déplore Jacques Robert, cardiologue et membre du Syndicat des médecins et des pharmaciens (SMPH).
     
    Le Médipôle saturé aussi ?
     
    « On doit se battre contre les géants de l’alcool. Si on ne fait rien on aura la même surpopulation demain au Médipôle de Koutio, met en garde André-François Elocie, représentant USTKE. Sauf que ce sera un peu plus luxueux. » Avec une augmentation de capacité de 25 %, la superstructure offrira 650 lits, contre 479 aujourd’hui. Mais pour contenir l’évolution des coûts, seuls 520 lits seront ouverts à l’accueil du premier patient, fin 2016. A cela, s’ajoute le CSSR (Centre de soins de suite et de réadaptation). Soit une centaine de chambres supplémentaires. Au regard des taux d’occupation actuels, les médecins craignent d’être bien vite rattrapés par le flux de patients. « Un hôpital est censé avoir une moyenne d’occupation de 80 % pour absorber les pics d’activité, développe Jacques Robert. Or, ce taux est déjà souvent à 100 % le reste du temps. »
    Comme chaque année pour les 24, 25, 31 décembre et 1er janvier, le service des urgences renforce ses équipes. Ce qui ne suffira pas à absorber l’afflux de patients, si la population ne joue pas le jeu de la modération.
     
    LNC
     

    Le Nord, « terrain de bataille prioritaire »

    47 morts, dont trois ce week-end. C’est moins qu’en 2014 (66 victimes). Et rien ne préjuge d’une baisse l’année prochaine, à en croire le bilan des années précédentes : 36 en 2013, 54 en 2012, et 61 en 2011. Pas étonnant selon l’Association pour la prévention routière (APRNC). « La bataille n’est pas menée sur le terrain prioritaire, à savoir le Nord, qui commence à Tontouta », claque Gilles Félix, son président, manifestement remonté. « Le résultat de cette année 2015 est juste scandaleux ! », assène-t-il, pointant du doigt l’absence de plan média de sensibilisation, notamment sur le port de la ceinture.
    Parmi les 47 personnes qui ont perdu la vie, 83 % n’étaient pas attachés. Quant à la vitesse excessive, elle concerne un accident mortel sur deux, selon la DITTT. « L’essentiel reste à faire. Les élus du Congrès doivent prendre leur part sur ce sujet, comme de voter le plan ISA, qui doit être amendé très rapidement ! » Le président de l’APRNC dénonce encore « les comportements anormalement à risques des individus au quotidien » et reproche à « certaines personnes » de « ne pas avoir pris la mesure de leurs responsabilités ».
    Certes l’association salue, notamment, le travail de la DITTT, de la gendarmerie, et de la Denc (direction de l’enseignement de la Nouvelle-Calédonie) pour son futur dispositif de formation des enfants.
    Reste « une pierre angulaire ». Celle-là même qui doit permettre de « meilleures harmonisation et coordination » des acteurs pour être « à la hauteur du problème ». Si Pascal Jolly, directeur de la DITTT, le rejoint sur ce point-là, il rappelle que la mise en réseau prend nécessairement du temps. Et que des plans d’action de terrain devraient voir le jour l’année prochaine.
    Interrogée sur la mise en œuvre du plan quinquennal, Heidi Hénin, « Madame sécurité routière » n’a pas répondu à nos sollicitations.

    61%

    C’est la part des accidents de la route qui impliquent directement l’alcool ou des stupéfiants, en 2015, selon la direction des infrastructures, de la topographie et des transports terrestres.

    Repères

    • Les accidents pèsent 10 milliards
    En 2013 les accidents corporels de la circulation routière ont coûté 10 milliards de francs à la société, selon une étude de la Dass (direction des affaires sanitaires et sociales). Dont 4,7 milliards pour les tués et 4,6 milliards pour les blessés hospitalisés, selon la Sécurité routière. C’est 7 milliards de moins qu’en 2011, mais cela reste colossal.
     
    • Un goût immodéré pour l’alcool
    « Une grande partie des consommateurs pensent que la consommation raisonnable d’alcool avoisine les 7 verres dans la journée.» Les idées reçues des Calédoniens sur la consommation d’alcool font froid dans le dos, selon un sondage réalisé par l’ASS (Agence sanitaire et sociale). Lancée début décembre, une campagne de sensibilisation entend « débanaliser » l’alcool et « déconstruire » les idées reçues.
     
    • L’exécutif appelle à la « responsabilité »
    Dans sa lettre de vœux aux Calédoniens, le gouvernement a appelé les Calédoniens « au sens des responsabilités » et à éviter les accidents de la route qui « marquent à vie ou endeuillent les familles ».
    « Ces moments de joie, de convivialité et de partage ne doivent en aucun cas être, synonymes d’excès, de violences et de drames.»

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