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NOUVELLE-CALÉDONIE – “On nous a envoyés dans la vallée de la mort”

mercredi 2 novembre 2016

Menacés et victimes d’un vol de camion-grue, les ouvriers rebroussent chemin après avoir  commencé à déblayer, côté Thabor. Ils n’ont pu avancer que sur 200 mètres. Au contraire  de La Coulée où un kilomètre de route a pu être nettoyé. (© LNC)

Menacés et victimes d’un vol de camion-grue, les ouvriers rebroussent chemin après avoir commencé à déblayer, côté Thabor. Ils n’ont pu avancer que sur 200 mètres. Au contraire de La Coulée où un kilomètre de route a pu être nettoyé. (© LNC)

 

 

Tétanisés, ils racontent avec stupéfaction ce qu’ils ont vu. Une scène de chaos dans laquelle les tôles carbonisées des carcasses de voitures se mélangent aux blocs de pierres, troncs d’arbre et autres talus de terre, formant d’impressionnantes barricades. “Ici et Bagdad, c’est pareil. Vous n’imaginez même pas le bordel que c’est…”, n’en revient pas Bernard, chauffeur d’engin dont la société privée a été mandatée par la municipalité du Mont-Dore pour déblayer la RP1 bloquée depuis samedi dernier après-midi. Des situations extrêmes dans lesquelles il faut agir dans l’urgence pour dégager une route, ils en ont connu des dizaines. Ce qui leur est arrivé hier après-midi est en revanche inédit.

Au volant de son camion, un ouvrier est paralysé. Ce grand gaillard revient de Saint-Louis, là où même les forces de gendarmerie ne se sont pas risquées à aller, hier. “C’était vraiment dangereux. On s’est fait insulter par des petits jeunes cagoulés et surexcités”, raconte celui-ci. Puis vient l’énervement d’avoir été “envoyés au casse-pipe dans la vallée de la mort”.
S’il revient “de Bagdad”, ce n’est pas parce qu’il doit vider son camion. Mais bien parce que la zone semble hors contrôle. Deux collègues, Thomas et Sosefo, viennent d’être pris en grippe par des jeunes.

“Ils nous ont dit : sortez du camion ou vous prenez une balle”, lâche Sosefo. Conscients que la situation peut déraper à tout instant, ces derniers sont descendus du camion-grue. L’engin est alors volé. Face aux menaces, les ouvriers quittent les lieux. Ils n’en reviennent pas, “on croyait qu’on allait travailler sous l’escorte des gendarmes”, confient-ils. Mais il n’en est rien. Les militaires sont positionnés aux points de contrôle et observent de loin la situation.  

 

Journée capitale

 

 

Car les négociations, depuis dimanche dernier au soir, entre les coutumiers, la famille de William Decoiré – tué samedi dernier par un gendarme, “en état de légitime défense”, selon le parquet – et le maire du Mont-Dore vont bon train. Le deal est simple : les coutumiers assurent qu’il n’y aura ni débordement ni violence contre les ouvriers, à la condition qu’aucun militaire ne s’approche et n’encadre les chauffeurs d’engin. 

Le contrat est donc rompu. Vers 18 heures, la situation se tend à mesure que la nuit arrive. Un groupe d’une dizaine de jeunes fait face aux gendarmes, à environ 800 mètres de Thabor. Les autorités, avec en première ligne le maire Éric Gay, sont suspendues à leur téléphone. La sortie de crise était si près…

Au loin, un pick-up apparaît au milieu de la fumée que dégagent les feux de pneus. Il s’agit de Narcisse Decoiré, membre influent de la tribu. La situation lui échappe. “Avec la nuit, ça va être trop compliqué. Mais demain, on emmène du monde pour sécuriser la zone et laisser les ouvriers travailler”, assure-t-il à Éric Gay, Emmanuel Houzé, patron de la compagnie de gendarmerie de Nouméa, et Philippe Laycuras, commissaire délégué de la République pour la province Sud.

À la baguette des négociations, privilégiant la médiation depuis trois jours, Éric Gay tombe de haut. Les opérations de déblaiement doivent nécessairement être reportées au lendemain (aujourd’hui, NDLR), dès 5 heures. “Ces jeunes ont mis en doute la parole et l’engagement des coutumiers”, relève-t-il.

Sa position est désormais claire. Le blocage de la RP1 a assez duré. D’autant que les conséquences sur la vie des habitants de la tribu et, plus largement, sur celles de tous ceux qui vivent sur le secteur sont très lourdes. “S’ils perturbent à nouveau les opérations de demain (aujourd’hui, NDLR), je considérerai que les négociations sont rompues. Je laisserai alors le haussaire faire son boulot”, prévient Éric Gay. Cette journée s’annonce d’autant plus capitale que le corps de William Decoiré doit être remis à sa famille.   

 

LNC

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