Nouvelle-Calédonie – Pénurie de miel après une mauvaise année 2015

    mercredi 6 janvier 2016

    Soumises à l’une des sécheresses les plus virulentes de ces dix dernières années, les abeilles agonisent. En 2015, la filière apicole aurait atteint seulement 30 % de la production habituelle.

    «Les anciens disent qu’en plus de 40 ans, ils n’avaient jamais vu ça », souffle Patrick Leblay, contemplant avec inquiétude la plaine desséchée de Ouano. « Si vous trouvez une fleur dans ce désert, faites-moi signe », ironise l’apiculteur, contraint de déplacer une quinzaine de ses ruches au pied de la chaîne montagneuse. 2015 fut un bien mauvais cru pour lui, comme pour beaucoup d’autres éleveurs. La sécheresse, longue, intense et ponctuée de violents feux de brousse (9 700 hectares brûlés), a creusé les estomacs des butineuses. En particulier sur la côte Ouest, où les maigres pluies, accompagnées de vents puissants, s’évaporent en un battement de cil. « Y a même pas une flaque d’eau », soupire Patrick. Seuls 11 millimètres d’eau sont tombés en décembre, contre 94 l’année précédente. Racornis par un soleil de plomb, les tamariniers, faux poivriers et niaoulis de Ouano n’auront pas de suc mielleux à offrir.
     
    Forte consommation en local
     
    Dans ce désert de nectar et de pollen, les abeilles meurent littéralement de faim. Par rebond, les apiculteurs récoltent moins et les rayons des grands magasins se vident. « La pénurie est là réellement, confirme Aaron Magnin, directeur du Centre de promotion de l’apiculture (CPA). On estime à environ 70 % des capacités de production en moins par rapport à l’année précédente. » Entre la saison humide du début d’année qui leur rend la tâche difficile, et l’hiver où elles ont moins de temps pour butiner du fait des journées plus courtes, les abeilles de la Grande Terre n’ont eu qu’une courte fenêtre de tir. « A la base de la Chaîne, la production se maintient généralement toute l’année. Mais, en 2015, même ces zones ont été très déficitaires », poursuit le directeur.
    Pour autant, le Caillou présente un terrain favorable à la production de miel toute l’année, bien que les abeilles, introduites en 1848 par des pères maristes, ne soient pas endémiques (lire ci-dessous). Depuis, les Calédoniens sont devenus tellement accros que les apiculteurs ne rencontrent aucune difficulté à commercialiser leurs produits. « On a le sentiment que si on doublait la production, elle serait absorbée », glisse le directeur. Et la grande distribution, bien que soumise à un quota d’importation de 5 tonnes par an, n’atteint jamais ce maximum. « Mais si ça dure, ils peuvent jouer sur les marges et importer du miel à 400 francs le kilo, contre 1 000 à 1 400 francs ici », met en garde Aaron Magnin.
     
    Un produit de luxe
     
    Faute de régulation des prix du miel, considéré comme un produit de « luxe », les apiculteurs sont libres de fixer leurs tarifs. Et s’ils produisent moins, rien ne les empêche de lever les enchères pour rentrer dans leurs frais. Car si le nourrissage de survie (mélange d’eau et de sucre) permet d’alimenter les colonies en temps de famine, celui-ci a un coût, qui peut aussi conduire l’apiculteur à le répercuter sur le consommateur. Comme son cheptel ne rivalise pas avec celui des autres filières animales, celui-ci ne bénéficie pas d’incitation à la production.
    Structurer la filière pour approvisionner le marché en continu, quel que soit le climat, semble s’imposer comme la meilleure réponse aux pénuries, en attendant le retour de la pluie.
     
    LNC
     

    L’export sur des marchés de niche dans le viseur

    Faute d’observatoire de la filière apicole, il n’existe que peu de statistiques récentes. La dernière enquête menée par la Davar remonte à 2011. Elle fai-sait état d’un cheptel de 6 056 colonies, contre 5 530 en 2008.
    Soit une progression de 10 %. Selon le Centre de promotion de l’apiculture, jusqu’à 2014, la production était en constante progression. Aujourd’hui, il y aurait près de 8 000 ruches et entre 500 à 700 apiculteurs (détenteurs de ruches). Et si on estime à près de 100 tonnes par an la production de miel, le CPA pense que l’on peut désormais multiplier ce chiffre par deux pour se rapprocher du tonnage réel (produit et consommé, échangé). « Entre les gens qui font du miel pour les proches, ceux qui ne communiquent pas leurs résultats, ceux qui vendent sans déclarer, et ce qui n’est pas référencé, les 200 tonnes semblent plus réalistes », justifie Aaron Magnin, le directeur. Au regard du taux d’absorption des consommateurs et du potentiel de production toute l’année, le miel calédonien considère désormais l’export pour se développer. « La Calédonie présente un environnement sanitaire favorable, avec peu de maladies, à part la loque américaine (bactérie, NDLR), argumente Aaron Magnin. Et la flore est suffisamment atypique pour se dire qu’on pourra à l’export attaquer des marchés spécifiques. »
    Propriétés antibactériennes et cicatrisantes supérieures : à l’instar du très renommé miel de Manuka, élaboré par nos voisins kiwis, la Calédonie aimerait ouvrir l’export sur des marchés de niche pour les consommateurs étrangers. « On cherche à caractériser les miels avec des signes de qualité avec un cahier des charges pour permettre aux apiculteurs calédoniens de se démarquer », poursuit Aaron.
    La démarche est en route, notamment dans les îles. L’Association des apiculteurs des îles Loyauté (AAIL) avec le soutien technique du CPA, a envoyé treize prélèvements à un laboratoire spécialisé en Belgique. Les premiers résultats sont encourageants : dix échantillons sont classés riches en antioxydants.
     

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