Nouvelle-Calédonie : Philippe Germain élu président du gouvernement

mercredi 1 avril 2015

Après plus de trois mois d’impasse, le gouvernement de Nouvelle-Calédonie va enfin pouvoir exercer pleinement ses compétences grâce à l’élection mercredi d’un président, mais dans un climat politique qui ne cesse de se détériorer.
En vertu de l’accord de Nouméa (1998), la Nouvelle-Calédonie suit un processus progressif de décolonisation, qui doit aboutir au plus tard en 2018 à l’organisation d’un référendum d’autodétermination. 
A l’approche de cette échéance, la classe politique se déchire, suscitant l’inquiétude croissante de la population, déjà confrontée à une économie en berne et à de fortes inégalités sociales.
Depuis mi-décembre, le gouvernement collégial était limité à l’expédition des affaires courantes, faute de consensus pour élire un président. 
Mercredi, contre toute attente, Philippe Germain (Calédonie ensemble, centre droit) a été élu à la tête de l’exécutif, qui compte onze membres, six anti-indépendantistes et cinq indépendantistes.
Seuls huit « ministres » ont participé au scrutin, qui a donné à M. Germain, 47 ans, six suffrages : trois de son parti et trois indépendantistes.
« Après plus de cent jours d’immobilisme, le gouvernement est désormais en ordre de marche. Il faut restaurer la confiance (…) et mettre en œuvre les réformes économiques et sociales », a-t-il déclaré, précisant que « dès vendredi » les portefeuilles seront répartis.
Le vote de certains indépendantistes en sa faveur « ne résulte pas d’un quelconque troc », a-t-il assuré, mais constitue « un acte citoyen ».
Jean-Louis d’Anglebermes, indépendantiste de l’Union Calédonienne (UC-FLNKS), a lui été élu à la vice-présidence du gouvernement.
Ce dénouement intervient grâce à un mouvement du FLNKS (Front de libération nationale kanak socialiste) mercredi matin. Constatant « l’incapacité des non-indépendantistes » à trouver une sortie de crise, la coalition indépendantiste a décidé « de mettre en place un gouvernement opérationnel » pour engager plusieurs dossiers « fondamentaux » tels que la « finalisation » des transferts de compétences, la stratégie minière et les réformes économiques et sociales.
Dans la foulée de cette annonce, le haut-commissaire de la République (préfet) a convoqué le gouvernement pour que soit élu un président.
« Ça fait trois mois qu’on tournait en rond, il était temps de se remettre au travail et de trouver des partenaires sur des sujets prioritaires », a déclaré Daniel Goa, président de l’UC.

« Trahison avec la complicité de l’État »
 
Cette entente a suscité un tollé chez les deux autres formations de droite, le Rassemblement-UMP et l’Union pour la Calédonie dans la France (UCF), qui ont trois « ministres ».
Ils ont accusé Calédonie Ensemble (CE) de « trahison avec la complicité de l’État socialiste » et « de magouilles politiciennes dans le dos des Calédoniens ». 
« L’indépendance est en marche. Nous sommes sortis de l’accord de Nouméa », a asséné Cynthia Ligeard (UMP), présidente sortante. Sonia Backes (UCF), membre du gouvernement, a stigmatisé le « marchandage » de CE, « qui fait peser un grand risque sur l’avenir » du Caillou.
Pourtant, entre 2011 et 2014, le R-UMP avait noué une entente avec l’UC et un autre parti indépendantiste. Et Calédonie Ensemble dénonçait à l’époque un rapprochement contre nature conclu « dans le dos des Calédoniens ».
« L’ensemble des forces calédoniennes demeurent des partenaires légitimes pour l’État », a assuré la ministre des Outre-mer George Pau-Langevin, pour qui cette élection est « positif pour le travail commun que nous avons à conduire et les dossiers importants que nous devons faire avancer ».
Dans les rangs indépendantistes, l’élection de Philippe Germain suscite également des tensions au sein de l’Union Calédonienne, un des deux poids lourds du FLNKS avec le Palika.
Un membre du gouvernement UC, Gilbert Tyuienon, n’a pas participé au scrutin, un autre n’a pas voté pour M. Germain, tandis que le troisième, M. D’Anglebermes, a été élu vice-président. « Les débats internes ont été très vifs et il n’y a pas eu d’accord entre nous mais le président de notre parti a tranché », a confié un cadre de l’UC.
Le 16 décembre dernier, le gouvernement calédonien avait chuté suite à un différend entre partis de droite sur des mesures fiscales, mettant un terme à un accord pour stabiliser les institutions, conclu au lendemain des provinciales de mai 2014.

AFP

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