Nouvelle-Calédonie – Politique : le désamour

mercredi 7 janvier 2015

Les chaises ont été réparties dans la salle, pour une ouverture à 18 heures. Le Rassemblement a convié, hier soir, ses militants et sympathisants à une réunion publique à la permanence de Nouméa. D’ordinaire, cette rencontre mensuelle n’est pas programmée en janvier, vacances obligent. « Sauf que là, il y a une urgence, l’actualité politique », explique un cadre du parti. Vu le sac de nœuds sur l’échiquier, les adhérents ont besoin d’être éclairés. « Même moi qui suis dedans, parfois, je ne comprends pas tout, reconnaît un collaborateur loyaliste au gouvernement. Alors, les Calédoniens… » Voilà bien l’écueil.
UCF, FPU, IRVM, CGS… Déjà, l’électeur se perd facilement dans la forêt de sigles qui s’est dressée ces derniers temps. Puis, les récentes péripéties l’ont complètement chamboulé.
En clair, les autorités, y-compris l’Etat, ont signé, en août, tout un lot de promesses lors de la Conférence économique et sociale. Quelques-unes, des réformes fiscales, ont passé le filtre du gouvernement et ont ensuite été adoptées au Congrès en fin d’année. L’exécutif est néanmoins tombé. Si les mêmes membres ont été réélus, un président ne peut être désigné, les bras de fer s’intensifient, et les rouages du pouvoir sont bloqués. Presque kafkaïen. « C’est incompréhensible, soupire un observateur averti, se mettant dans la peau du grand public. A quoi on joue ? »
 
Factures. La période tourmentée est propice aux attaques faciles. Mais au-delà des sarcasmes, une conviction semble avoir émergé. « Il y a aujourd’hui une rupture complète entre le pays réel et les politiques, regrette Guy Agniel, professeur des universités en droit public. Par « pays réel », il faut comprendre le Calédonien qui travaille ou cherche un emploi, va faire ses courses, redoute les factures, etc. Autrement dit, le citoyen qui attend des réponses sur son quotidien ne se reconnaît plus dans ses représentants. Cette coupure remonterait à deux ou trois ans. D’ailleurs, à la lecture des résultats des élections provinciales de 2009 et de 2014, le taux d’abstention a grimpé dans les trois zones, et particulièrement dans le Sud de plus de six points, de 25,7 % à 32,1 %.
 
Spectateur. Pourquoi une telle défection, voire un rejet ? La crise de 2011, avec les chutes à répétition du gouvernement collégial, a lassé l’électorat, totalement spectateur de la rixe. Les guerres intestines à droite, ou plus globalement, la politique politicienne à la place des débats de fond, ont aussi désintéressé la population des affaires publiques. Enfin, l’habitant des tribus, villes ou villages ne trouve peut-être pas dans les rangs des partis les figures politiques espérées en ces années capitales. Des personnalités qui apporteraient de la visibilité à leurs idées.
Le mot est entendu ici et là, « un désenchantement » traverse les foyers. « Si le sentiment d’appartenance à une sensibilité politique demeure, le divorce d’avec le politique est réel », analyse le sociologue Jone Passa. Quel est le risque ? Une percée des slogans extrémistes, à l’image de l’Europe ? Non. En revanche, l’échéance du référendum arrive à grands pas, et comme l’évoque un universitaire, une participation de 55 à 60 % à cette consultation constituerait un échec énorme.
Reste à savoir si cette désunion entre la population et la sphère politique est irréversible. Le pessimisme gagne des observateurs. Quoi qu’il en soit, des efforts colossaux doivent être déployés pour renseigner sereinement le Calédonien sur l’avenir de son pays. Aux élus alors de réorienter leur communication.
 
LNC

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