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Nouvelle-Calédonie – Un requin tue un pêcheur au large de Bélep

vendredi 31 mai 2019

Le corps de Boris Teamboueon a été inhumé hier après-midi, à Bélep. Tous les clans étaient réunis pour lui rendre hommage. Photos : Les Nouvelles calédoniennes/Yann Mainguet et DR

Le corps de Boris Teamboueon a été inhumé hier après-midi, à Bélep. Tous les clans étaient réunis pour lui rendre hommage. (Photos : Les Nouvelles calédoniennes/Yann Mainguet et DR)

“Les gens sont en état de choc. Ici, on est tous famille. Tous les clans de l’île sont réunis autour des proches”, lâche Jean-Baptiste Moilou, maire de Bélep, commune qui a été le théâtre d’un nouveau drame de l’océan. Mercredi, quatre pêcheurs partent en mer sur le grand récif Cook, situé à une quarantaine de kilomètres à l’est de cet archipel. En début d’après-midi, probablement aux alentours de 15 heures, l’un d’entre eux, Boris Teamboueon, 43 ans, est attaqué par un requin alors qu’il pêche des holothuries.

Le squale lui inflige une morsure du mollet au genou, sur la jambe droite. Un coup fatal survenu sans que ses trois collègues, également dans l’eau, ne s’en rendent compte. “Il s’était éloigné du groupe. Ce n’est que lorsque les autres pêcheurs se sont rendu compte qu’ils ne le voyaient plus qu’ils se sont mis à sa recherche. C’était trop tard. Il perdait énormément de sang. Il est décédé très rapidement”, raconte le maire, qui a rencontré hier matin les trois témoins de ce drame, parmi lesquels figurait le frère de la victime, Rony Bouanaoue, et un cousin, Grégory Thale.

“On n’était pas tellement loin de lui pourtant, mais on n’a rien entendu. Comme il y avait du courant et de la houle, c’était difficile de se voir, décrivent ces deux pêcheurs. Quand on est tombés sur lui. On a d’abord vu tout le sang. On a pensé à une blessure au couteau. Quand on a remonté Boris sur le bateau, c’était fini, il était inconscient et s’était déjà vidé de tout son sang. On a essayé de le réanimer. En vain.”

Les proches de la victime n’ont pas vu le requin tueur, mais sont persuadés que l’animal a attaqué par surprise, dans son dos. “Il a été mordu à l’arrière du mollet. Le médecin légiste nous a dit que la morsure mesurait 30 centimètres de long.”

Une scène aussi brutale qu’effroyable qui hante les pensées de ces deux pêcheurs de 38 et 42 ans. “On n’a pas bien dormi. On repasse l’image en boucle dans notre tête, confient ces habitués de la mer. On sait qu’il existe un risque requin. C’est jamais bon de plonger seul. Il aurait mieux valu qu’il reste près de nous. Ça fait un peu peur, mais ici on vit de la pêche. C’est un accident. On espère que ça ne se reproduira pas.”

 

Un requin-tigre ou bouledogue ?

 

Et c’est la raison pour laquelle le maire de Bélep entend tirer des leçons de ce drame afin de “limiter au maximum” le danger en mer. “Les requins-tigres et bouledogues, ça pullule sur le récif est, mais les accidents sont vraiment rares. Pour autant, il va falloir de nouveau alerter les populations de pêcheurs sur les bons comportements à adopter en mer, notamment ne pas s’éloigner ou partir seul, rappelle Jean-Baptiste Moilou. Il faudra aussi renouveler l’apprentissage des premiers secours car la dernière session organisée à Bélep date de 2002. La jeune génération n’est pas assez formée. Et les bateaux ne sont pas suffisamment équipés : le plus souvent, ils ne disposent pas de fusée de détresse, de bouées de sauvetage, etc. C’est dangereux.”

Hier matin, une équipe médicale a accompagné sur place la gendarmerie en vue de constater les blessures et de déterminer l’espèce, ou du moins, le type de squale en cause.

Hier soir, les autorités n’avaient pas communiqué sur une espèce en particulier. Mais les experts des squales ont déjà leur analyse : “Compte tenu de la taille de la blessure, c’est une grosse bête. Cela ne peut donc pas être un requin de récif, explique Philippe Tirard, auteur de l’ouvrage Requins du Caillou. Il reste le requin tigre, bouledogue ou le grand blanc. Dans ce contexte, l’agresseur le plus probable reste le tigre. Mais il y a déjà eu également une attaque de bouledogue mortelle dans la passe de Poum, alors que l’eau était claire”.

Sauf que la configuration du récif Cook ouvre la voie à d’autres hypothèses. “Cela pourrait cependant être une autre espèce. Avec la passe de Yandé grande ouverte sur le large, de nombreux requins sont de passage.”

De son côté, Claude Maillaud tente de relativiser la proximité des drames de Bélep et de la baie de l’Orphelinat. “C’est la loi des séries. On a déjà vu des attaques rapprochées en Calédonie, assure l’auteur du Guide de la faune marine dangereuse d’Océanie. Un apnéiste attaqué par un requin capable d’infliger une blessure fatale, cela correspond au tigre ou au bouledogue. C’est quand même beaucoup moins probable pour un grand requin blanc, dont on a répertorié une seule attaque à Bourail. Ce cas n’est pas sans rappeler celui de pêcheurs de trocas en apnée attaqués par des tigres en prédation, entre les années 1960 et 1980. Toujours est-il que cette attaque reste beaucoup plus imprévisible que la précédente à Nouméa.”

Le spécialiste aimerait d’ailleurs pouvoir visionner les clichés des blessures : “On est tout à fait capables d’identifier l’espèce. Si après examen des empreintes dentaires, il s’agissait d’un bouledogue, cela paraîtrait assez inquiétant sur ce que deviennent les populations de cette espèce dans nos eaux”.

 

Les Nouvelles calédoniennes

 

 

 

 

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