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NOUVELLE-CALÉDONIE – Le tribunal a estimé qu’Harold Martin avait acheté des voix en 2014

mercredi 26 juin 2019

Willy Gatuhau a dénoncé “un dossier vide” et clamé son innocence. Il a fait appel, tout comme Harold Martin, absent à l’énoncé du délibéré, hier. Photo : archives LDT

Willy Gatuhau a dénoncé “un dossier vide” et clamé son innocence. Il a fait appel, tout comme Harold Martin, absent à l’énoncé du délibéré, hier. (Photo : archives LDT)

À la clôture du procès d’Harold Martin et de Willy Gatuhau, le 7 juin devant le tribunal correctionnel, accusés d’avoir acheté des voix dans l’entre-deux tours du scrutin municipal de Païta, en 2014, le dossier avait pu paraître fragile à certains égards. Pas ou peu de preuves matérielles, des accusateurs aux déclarations parfois contradictoires…

Hier matin, la juridiction a, au contraire, signifié qu’elle n’avait pas de doute sur la culpabilité de ces responsables politiques. En condamnant Harold Martin, le maire sortant de l’époque, à deux ans de prison, dont la moitié ferme, assortis d’une amende de 1,6 million de francs et de cinq ans d’inéligibilité, les magistrats ont ainsi considéré que le second tour avait été faussé par la distribution d’enveloppes d’argent liquide, de promesses de postes et du financement d’une cloche d’une église d’un village de Wallis.

Un second tour qui s’était joué à 286 voix d’écart entre la liste de Martin et de son adversaire, Frédéric De Greslan. Harold Martin absent Les juges sont allés au-delà des réquisitions d’Alexis Bouroz qui avait requis un an de prison dont six mois avec sursis. Lors de l’audience, le procureur de la République avait assuré que “les achats de voix […], c’est ce qu’il y a de pire pour la démocratie”.

S’adressant à Harold Martin, il avait lancé : “L’action que vous avez menée, et notamment avec les Accords, est
un étendard mais pas un bouclier, pas un permis de corrompre, pas une amnistie”.

Ce dernier avait clamé son innocence et affirmé que “les enveloppes n’ont jamais été démontrées”. Harold Martin, 65 ans, ne s’est pas rendu au palais de justice, hier. Son avocat, Me Philippe Reuter, a annoncé sa décision d’interjeter appel du jugement, ouvrant la voie à un deuxième procès.

La justice a, en revanche, eu la main plus légère pour ceux qui accusaient Harold Martin et son directeur de cabinet d’alors, Willy Gatuhau, de leur avoir donné de l’argent pour inciter les membres de la communauté wallisienne à voter en leur faveur : un mois avec sursis. “Harold Martin m’a donné 500 000 et 200 000 francs. Il fallait que j’aille voir les gens pour leur dire de voter pour lui. Je savais que c’était mal, que c’était de l’argent sale”, avait raconté un des accusateurs. Avant qu’un autre ne rappelle que le maire “sait que quand on fait une coutume chez les gens, on ne vient pas les mains vides, il faut de l’argent”.

 

Willy Gatuhau reste maire

 

C’est la singularité de ce procès. En révélant cette affaire au grand jour, ceux qui ont entraîné la chute de l’ancien premier édile se sont retrouvés pris, eux aussi, dans la vague judiciaire. Harold Martin, qui n’a plus de mandat électif, n’est pas le seul à chuter. Le nouvel homme fort de Païta n’a pas non plus été épargné. Willy Gatuhau, maire depuis février après la démission de son mentor, écope d’un an de prison avec sursis et de 700 000 francs d’amende.

La peine est accompagnée d’une inéligibilité de trois ans. À neuf mois des prochaines élections municipales, cette décision tombe au plus mal pour le secrétaire général des Républicains calédoniens (RC).

“Le mauvais polar continue. Je le redis, je n’ai rien à me reprocher. J’ai ma conscience pour moi”, a-t-il déclaré dans la salle des pas perdus du palais de justice. Ajoutant que “le dossier est vide”, il s’est insurgé contre “la leçon de moral au dernier procès” et critiqué le fait que “les auteurs de ce polar, à savoir notre adversaire Frédéric De Greslan, ne soient pas inquiétés”.

L’avocat de Willy Gatuhau a aussitôt fait appel. Me Fabien Marie a évoqué un “dossier monté de toutes pièces”, des “faits purement imaginaires et totalement orchestrés. C’est une machination politique. Une véritable mise à mort”. Reste que cette condamnation risque de provoquer colère et incompréhension chez les administrés.

Willy Gatuhau a déjà prévu “de s’expliquer devant les habitants dans le cadre des réunions de proximité prévues dans deux semaines”. De son côté, Frédéric De Greslan, victime “de la fraude” (partie civile), a indiqué : “C’est à cause de comportements comme celui qu’ils ont eu que les citoyens perdent confiance en la politique. C’est grâce à des décisions comme celle-là que les citoyens retrouvent confiance en la justice”. Il a demandé aux “membres de la liste d’Harold Martin de démissionner car ils sont receleurs d’un délit, l’élection ayant été jugée illégale”.

Il y aura donc un match retour devant la cour d’appel. Et sûrement un troisième rendez-vous devant la Cour de cassation, plus tard. C’est ainsi dans les feuilletons politico-judiciaires. Dans ce genre d’affaires, les protagonistes reconnus coupables ont tendance à épuiser toutes les voies de recours, étirant ainsi dans le temps les procédures.

 

Les Nouvelles calédoniennes

 

 

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