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Nucléaire – Le directeur de l’Inserm dénonce une campagne alarmiste

vendredi 2 février 2018

Florent De vathaire

Christian Sueur porte « des accusations particulièrement graves et choquantes » selon le directeur de recherche de l’INSERM. (© archives LDT)


Les déclarations de Christian Sueur sur les conséquences générationnelles des essais nucléaires continuent de faire réagir. Le directeur de recherche de l’INSERM en France s’est invité dans le débat. Dans un long courrier, il critique l’absence de méthode scientifique et présente de son côté des études déjà réalisées pour clore le débat.

Les propos du docteur Christian Sueur dans le Parisien du 20 janvier 2018 ont fait couler beaucoup d’encre, et continuent d’en faire couler. Localement, un emballement s’est mis en place, avec les réactions de la ministre des Outre mer, Annick Girardin, celle d’Édouard Fritch, celle de Moruroa e tatou il y a deux jours et celle de Yolande Vernaudon, déléguée au suivi des conséquences des essais nucléaires, un courrier nous est parvenu de Florent de Vathaire, Directeur de Recherche INSERM, Institut national de la santé et de la recherche médicale.

Pour ce dernier, Christian Sueur porte « des accusations particulièrement graves et choquantes ». « Ses affirmations, jouant sur la peur, sont d’autant plus choquantes que le Dr Christian Sueur, s’il a consulté la littérature scientifique récente, doit savoir qu’elles vont à l’encontre de toutes les connaissances actuelles et ne peuvent pas être vraies. »

Aussi, Florent de Vathaire poursuit dans son courrier : « Il est essentiel que les Polynésiens sachent que de nombreuses études épidémiologiques sur les effets transgénérationnels de l’exposition aux rayonnements ionisants chez l’homme ont déjà été réalisées, et qu’aucune de ces études n’a jamais mis en évidence d’augmentation des malformations, pathologies congénitales, cancers ou autres pathologies chroniques chez les enfants des parents exposés aux rayonnements ionisants. Ces études ont été menées sur les enfants des survivants de Hiroshima et Nagasaki, les enfants des travailleurs et des habitants du complexe nucléaire russe de Mayak et des bords de la rivière Techa, hautement contaminée par ce site, ainsi que sur les enfants des travailleurs de l’industrie nucléaire. »

Joint par téléphone en métropole hier matin, Florent de Vathaire, explique que les publications qu’il, égraine dans ses explications ne sont pas des publications choisies, mais que ce sont les seules à avoir été réalisées.

Elles font donc autorité dans le domaine scientifique. « Récemment, une étude menée par la Radiation Effects Research Fundation (une fondation scientifique américano-japonaise ouverte à tous les chercheurs du monde) et portant sur 75 327 enfants nés de survivants des bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki, n’a montré aucune augmentation du risque de cancer ou d’autres pathologies non cancéreuses chez ces enfants (Tatsukawa et al, Journal of Radiological Protection 2013) ni de décès par ces pathologies (Grant et al., The Lancet 2015). Cette étude a confirmé les conclusions d’une étude précédente sur les cancers chez ces enfants (Izumi et al., British Journal of Cancer, 2003).

De même, en 2016 et 2017, les études publiées par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) et des chercheurs russes, ont montré qu’il n’y avait pas d’augmentation des cancers (Tsareva et al., Radiation and Environmental Biophysics, 2016) ou des leucémies (Shuz et al ., British Journal of Cancer 2016) chez les enfants des femmes qui ont travaillé dans le complexe nucléaire de Mayak ou qui ont vécu sur les bords de la rivière Techa, dans l’Oural, en Russie. Or ce complexe et cette rivière ont été tellement contaminés par plusieurs accidents graves, qu’ils ont dû être évacués. »

 

 

 

L’obésité toujours en cause

 

 

« Les études sur les descendants des travailleurs des centrales nucléaires et des sites de retraitement des déchets nucléaires sont toutes, elles aussi, arrivé à la même conclusion d’absence de risque. Parmi elles, une étude a porté en particulier sur les malformations congénitales chez les 27 251 enfants de ces travailleurs (Doyle et al., The Lancet, 2000), » poursuit Florent de Vathaire. « Enfin, les études sur les enfants des patients traités par radiothérapie, dont certains ont reçu des doses élevées d’irradiation au niveau des testicules ou ovaires, ont, elles aussi, conclu à une absence de risque trans-générationnel (Little et al., Mutation Research, 2013). »

« Concernant les éventuelles mutations induites par l’instabilité génomique radio induite, la seule étude de séquençage de l’ADN réalisée à ce jour sur des descendants de sujets irradiés, et comparant l’ADN constitutionnel de trio père, mère enfant, n’a pas montré d’augmentation du nombre de variantes génétiques chez les trios dont les parents avaient été irradiés, par rapport à ce nombre chez les trios dont les parents n’avaient pas été exposés (Horai et al, Journal of Human Genetics, 2017). »

Sur la multiplication des cancers de la thyroïde évoqués par le docteur Christian Sueur, Florent de Vathaire apporte aussi une nouvelle réponse dans le débat.

« L’honnêteté scientifique aurait dû obliger le Dr Christian Sueur à ajouter que, s’il est vrai que, durant les années 2000, l’incidence des cancers de la thyroïde en Polynésie Française était parmi les plus élevées du monde (ce qui n’est plus le cas actuellement), nos travaux ont aussi montré que seule une faible proportion de ces cancers, probablement environ 10 % étaient dus aux retombées des essais nucléaires réalisés par la France.

Les principales causes des cancers de la thyroïde en Polynésie Française sont en réalité l’obésité et le nombre élevé d’enfants jusqu’à la fin du siècle dernier (contrairement à ce qui se passe pour le cancer du sein, la fréquence du cancer de la thyroïde augmente avec le nombre d’enfants). (…) Les affirmations totalement infondées du Dr Christian Sueur participent à l’instauration depuis quelques années d’un climat délétère qui s’auto entretien, dans une surenchère de plus en plus déconnectée de toutes les connaissances scientifiques actuelles. »

 

 

Clore le débat

 

 

« Cette surenchère nuit, en réalité, à la possibilité de réaliser une étude épidémiologique de grande ampleur, permettant de clore, enfin, le débat sur les conséquences de ces essais. » Une étude que le directeur de recherche de l’INSERM juge « souhaitable » et « tout à fait réalisable » mais dans un cadre scientifique bien défini.

« Elle devra porter sur un nombre important de sujets, (…) demandera probablement la réalisation, par le LESE de l’IRSN, de nouvelles mesures dans les sols (…) devra inclure des études de dosimétrie biologique(…) devra, de manière impérative, comprendre une quantification aussi détaillée que possible (mesures environnementales et bio marqueurs sanguins d’exposition…) de l’ensemble des autres polluants auxquels la population polynésienne est soumise : arsenic, plomb, mercure, pesticides, etc. »

D’autres préconisations sont évoquées comme inclure des populations non proches des sites pour pouvoir étayer la comparaison, se procurer les relevés de l’armée ou encore faire cette étude en collaboration avec les anciens travailleurs.

Le sujet du nucléaire, surtout en temps de campagne électorale importante, reste et restera pour longtemps, un thème de préoccupation pour le Pays.

 

Bertrand Prévost

 

 

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