Nucléaire : l’EPM envisage de poursuivre l’État pour “crime contre l’humanité”

    lundi 8 août 2016

    nucléaire

    Au premier rang, plusieurs représentants de la classe politique. Membres du gouvernement ou de l’opposition. Les prises de position de l’Église feront sans doute l’objet de commentaires ultérieurement, à froid. (Photo : Claude Jacques/LDT)


    Clôture du 132e synode à Papeno’o

     

    Après une semaine de réflexions, organisée dans la salle paroissiale Te mata o te u’i ‘api, à Papeno’o, le 132e synode de l’Église protestante ma’ohi (EPM) s’est terminé, hier, dans la salle omnisports Pito Hiti, par un culte de clôture auquel ont assisté de nombreux fidèles.

    La thématique de ce synode, Libéré pour la justice et la dignité, a été l’occasion pour les participants à ce moment de partage et de débat de réfléchir aussi sur des sujets de société qui mènent l’Église à s’engager publiquement.

    C’est en tout cas ce que démontrent les décisions du conseil supérieur qui ont été lues pour clore ce moment cultuel autant que culturel et sociétal.

    En effet, après qu’aient été rappelés les grands moments de la pastorale 2016 ainsi que les informations concernant la vie de l’Église, lecture a été faite de cinq décisions qui manifestent une prise de position très nette concernant des sujets à l’origine de polémiques depuis de nombreuses années.

    Mais ces prises de position se veulent néanmoins inspirées par “l’amour et la compassion”.

    Si le peuple ma’ohi “est le peuple originaire de cette terre” avec ses coutumes, son identité et ses croyances, le conseil supérieur “est heureux de reconnaître comme sa confession de foi que le peuple ma’ohi d’aujourd’hui est l’ensemble des enfants que notre fenua ma’ohi accueille”, indique la première de ces décisions, concernant “la libération du peuple ma’ohi”.

    Ce qui n’empêche pas les fidèles et leur Église d’être “sentinelle vigilante”. Et à ce titre, la deuxième décision exprime à nouveau le refus du conseil supérieur “face au projet hôtelier des grands investisseurs dans la vallée de Haapaiano (autre nom de la vallée de Papeno’o)”.

    Une position qui vient à point, et pas du bout des lèvres, soutenir les associations qui ont programmé une deu­xième marche samedi pour manifester contre ce projet : “L’Église encourage la communauté chrétienne et le peuple tout entier à se lever, à exprimer librement son attachement à préservation de sa terre…”.

     

    “Contamination atomique”

     

    La troisième décision concerne le sujet de “la contamination atomique”. Un sujet à propos duquel l’Église a toujours affirmé son point de vue, depuis plusieurs décennies.

    Les termes de sa contestation, appuyés par des chiffres, ont été, cette fois-ci encore, martelés avec force, alors que seules deux personnes ont été indemnisées.

    “Selon la CPS, 7 400 ressortissants ma’ohi seraient atteints de cancers imputables aux essais nucléaires (…) Aujourd’hui, les nourrissons souffrent de leucémie et d’affection de la thyroïde, et il semble que les désordres médicaux consécutifs à l’exposition interne ou externe aux rayonnements ionisants soient génétiquement transmissibles”.

    Mais dans sa décision, le conseil supérieur franchit une marche de plus dans son positionnement “face à l’attitude de l’État français qui ne prête aucune attention aux malheurs du peuple”.

    Et, considérant “l’ensemble de ces actes graves et fautifs (…) qui pourraient être qualifiés de crime contre l’humanité, le conseil supérieur envisage de poursuivre l’État français devant l’Organisation des Nations Unies (ONU)”.

    Dans sa quatrième décision, le conseil supérieur prend position en ce qui concerne la préservation des richesses patrimoniales et naturelles.

    Il se réjouit de “la décision de l’ONU “visant à ce que le patrimoine ancestral soit restitué au peuple ma’ohi, afin qu’il puisse en être le gardien et le gestionnaire conformément aux principes de la Charte des peuples autochtones, et qu’il soit protégé de l’avidité des sociétés étrangères qui arrivent en incessantes vagues chez nous, sans ouvrir leur capital aux intérêts locaux ou sans passer par des sociétés locales”.

    Enfin, dans une cinquième décision, le conseil supérieur de l’Église protestante ma’ohi veut rappeler l’unité familiale des peuples du Pacifique, Moana Nui a Hiva, “un lieu de rencontres et d’activités pour nos ancêtres, et que nous essayons à nouveau de retrouver”.

    Une unité symbolisée par le va’a, la pirogue, “qui vogue sur l’océan relié par les branches d’une même tresse”.

     

    De notre correspondant C.J.

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