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NUCLÉAIRE – Quatre demandes d’indemnisation acceptées par le Civen

lundi 2 juillet 2018

oldham mitema tapati

Roland Oldham (à dr.), président de l’association Moruroa e tatou, et Mitema Tapati (à g.), vice-président, lors de la conférence de presse, jeudi dernier. (© Marion Lecas)


Moruroa e tatou a tenu une conférence de presse jeudi dernier à l’occasion aujourd’hui de la commémoration du premier essai nucléaire au fenua. L’association aimerait que ce jour soit férié, car “c’est une date du peuple”. Elle déplore que le nombre de dossiers déposés en vue d’une indemnisation ne soit pas plus élevé, notamment parmi les civils.

C’est dans la quartier de Paofai, à Papeete, que s’est tenue la conférence de presse de Moruroa e tatou jeudi dernier. L’association, qui défend les droits des anciens travailleurs polynésiens du nucléaire, avait dans son viseur le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen). Sourcils froncés, poing serré, Roland Oldham, son président, a donné le ton d’entrée.

“Beaucoup de gens se félicitent de l’avancée des choses (…). Avant de s’applaudir, il faut régler le problème”, soit le fait que “seuls quatre dossiers locaux ont été acceptés cette année”. Ce que soulignent les chiffres du dernier rapport du Civen, paru le 30 mai, c’est d’abord le faible nombre de demandes d’indemnisation émanant des civils du fenua.

“Sur le total des demandes enregistrées, 12 % seulement viennent de Polynésiens”, constate Roland Oldham. En effet, sur un total de 1 245 dossiers reçus par le Civen entre 2010 et 2017, 923 provenaient de militaires, contre 145 de la population polynésienne. Si les demandes en provenance du fenua ont doublé entre 2016 et 2017, l’écart entre civils et militaires reste très élevé et s’explique par trois facteurs d’après Moruroa e tatou.

D’abord, l’obstacle de la langue. “Le Civen ne s’en rend pas compte, déplore Roland Oldham, mais beaucoup de Polynésiens dans les îles ne parlent pas le français, ni ne l’écrivent.” Ensuite, l’éloignement. La majorité des victimes du nucléaire qui habitent dans les îles n’ont pas les moyens de se déplacer jusqu’au siège de l’association, à Papeete, afin de remplir leur dossier. “On nous a accordé 8 millions de francs pour aller dans les îles, explique Roland Oldham, mais c’est insuffisant pour voir les dossiers de tout le monde ! Allez aux Marquises, vous verrez comme le billet d’avion est cher.”

À son vice-président Mitema Tapati de répondre : “L’État français a mis le budget pour amener les essais nucléaires ici, alors pourquoi n’installe-t-il pas le Civen ici ?”

Troisième barrière enfin, le nombre de pièces justificatives nécessaires . “On nous demande de justifier la présence sur les sites. Mais beaucoup de travailleurs polynésiens n’ont pas gardé leur document. Il faut alors faire des démarches auprès du ministère de la Défense, qui parfois refuse, ça prend des mois et des mois.”

 

 

“Le temps presse”

 

 

La question du temps qui s’écoule semble rendre les membres de Moruroa e tatou de plus en plus soucieux. “À la vitesse de quatre dossiers par an, dans vingt ans, on ne sera plus là”, s’est inquiété Roland Oldham dès le début de la conférence. “Le temps presse. Presque la moitié des anciens travailleurs de Moruroa e tatou sont décédés. On a encore plus de mal à travailler que lorsqu’ils étaient vivants”, a renchéri Mitema Tapati, avant d’ajouter : “On a l’impression que le Civen s’attarde pour qu’on laisse tomber”.

D’après l’association, un dossier pouvait mettre jusqu’alors douze ans à être traité. “Parfois, la victime meurt entretemps”, souligne Roland Oldham. Toutefois, la loi Égalité réelle outre-mer (Érom), votée en 2017, devrait changer la donne et accélérer les délais. Une commission chargée de proposer à l’État des mesures améliorant le système d’indemnisation s’est réunie fin mai et le Civen a revu sa méthodologie, indique son président Alain Christnacht.

Fin mai, il se réjouissait d’ailleurs, au micro de Radio 1 : “Le Civen répond plus vite et favorablement plus d’une fois sur deux”. Ce à quoi Roland Oldham a répondu, la mine sombre : “Le jour où ce nombre d’indemnisations sera multiplié par dix, je pourrai dire qu’il y a une avancée”.

 

M.L.

 

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