Nuihau Laurey : l’interview anti-sinistrose

mercredi 5 août 2015

Vous avez signé (hier) deux conventions d’emprunt de 1,5 et 2 milliards de francs avec la Banque de Polynésie. Quelle est l’importance de la signature de ces emprunts ?
C’est l’ensemble des financements qui doivent couvrir l’investissement public. La Banque de Polynésie revient au financement du Pays, c’est un bon signe, au travers de cet emprunt qui nous permet de mieux gérer les pics de trésorerie. Cet emprunt avait été anticipé dans le cadre du financement de l’ensemble des investissements pour l’exercice 2015. C’est l’emprunt qui clôture tous les financements prévus. C’est la première fois qu’avant la moitié de l’année, l’ensemble des financements sont susceptibles d’être mobilisés. Il y a eu un certain nombre d’années, où, même au mois de novembre, l’ensemble des financements n’étaient pas encore mis en place. En 2012, il a fallu que l’État vienne au secours de la Polynésie parce les financements bancaires étaient insuffisants pour couvrir le remboursement de la dette. Donc, nous sommes loin de tout cela, maintenant, nous n’avons plus d’impasse de trésorerie, les fonctionnaires sont payés en temps et en heure et nous avons une gestion beaucoup plus saine du budget du Pays.

Est-ce le résultat du travail accompli par le gouvernement ou simplement le signe que la crise touche à sa fin ?
C’est le programme qui est mis en œuvre depuis 2013. La première partie concernait le redressement des finances publiques. Il se poursuit. Nous avons passé un certain nombre de textes concernant les modalités d’amortissement du Pays. Nous continuons à apurer les comptes pour avoir une plus grande sincérité budgétaire. D’un peu plus de 14 milliards d’emprunts mobilisés en 2014, nous sommes passés à 8 milliards en 2015, c’est quand même non négligeable. Il y a aussi la poursuite du désendettement de la Polynésie. Nous avons effectivement une situation budgétaire qui s’est améliorée du fait de ces mesures et l’amélioration de la situation économique.

Vous parvenez à emprunter plus facilement…
(Il coupe.) Nous avons même trop de propositions, aujourd’hui.

Par contre, arrivez-vous à dépenser ? Quel est le taux de liquidation des investissements pour 2015 ?
Le taux de liquidation était ultra-faible en 2012. Il est remonté légèrement en 2013 aux alentours de 42 %. En 2014, nous avons atteint 50 %. L’objectif visé pour l’exercice 2015 se situe entre 60 et 65 % pour la meilleure hypothèse. Cela fait quand même un saut très important. Il y a une amélioration de la gestion des liquidations, c’est une réalité, et surtout sur les grands chantiers d’investissements publics et notamment le logement social, nous avons une meilleure utilisation de ces fonds. Je vais juste donner un chiffre. En 2014, en habitat groupé, le Pays a délivré 25 nouveaux logements. En 2015, nous devrions avoisiner les 125 à 130. Les fonds sont effectivement mieux dépensés, et surtout en matière d’infrastructures, le ministère de l’Équipement, depuis plusieurs mois déjà, affine tout son programme et sa planification. Donc, on devrait, et c’est notre souhait, atteindre, voire dépasser les 60 % de taux d’exécution.

Toujours dans le domaine de l’assainissement des finances, est-ce que la Polynésie est débarrassée des emprunts toxiques ?
Oui, totalement. Les derniers ont été liquidés sur l’exercice 2015. Il faut quand même rappeler qu’à la grande époque des emprunts toxiques, nous avons atteint 30 % de part d’emprunts toxiques dans l’ensemble de l’endettement du Pays. Cela a été un travail qui a été accentué en 2013 et 2014 et finalisé cette année.

L’évolution du taux d’endettement incite-t-elle à l’optimisme ?
Oui. En 2014, nous avons été obligés de mobiliser de manière importante pour relancer la machine publique. C’est grâce à l’investissement public que l’économie a redémarré, de manière quand même non négligeable, en 2014. Nous avons dû emprunter quasiment 14 milliards, sur l’année 2015, nous avons enclenché les premières mesures de réduction de l’endettement, nous passons à 8 milliards. Donc notre niveau d’endettement, rapporté au PIB (produit intérieur brut, NDLR), reste très acceptable. Nous sommes sous la barre des 20 %. En métropole, cela avoisine les 90 %, aujourd’hui. Le problème que la Polynésie avait, était l’insuffisance de recettes pour rembourser les 9 milliards de remboursements en capital chaque année, et les 4,5 milliards d’intérêts. 
Là, compte tenu de l’amélioration de la situation budgétaire, nous avons une capacité de remboursement qui s’est aussi améliorée.

Tout ne va donc pas si mal ?
Il y a un décalage entre un certain nombre de messages que l’on entend de part et d’autre, une forme de sinistrose, que l’on commence aussi à remarquer. Certains, manifestement, se complaisent dans une forme de morosité alors que sur le plan économique – et le Cérom (Comptes économiques rapides pour l’outre-mer, NDLR), l’AFD (Agence française de développement, NDLR), l’IEOM (Institut d’émission d’outre-mer, NDLR) et l’ISPF (Institut de la statistique de la Polynésie française, NDLR) le disent – pour la première fois depuis 2007, la Polynésie a enregistré, en 2014, une croissance de son PIB de 1,8 %. On peut dire que ce n’est pas suffisant. Certes, ce n’est jamais suffisant. Cette croissance du PIB est essentiellement due à l’investissement public. Il est passé de 19 milliards en 2013 à 26 milliards en 2014.

Est-ce que cela va diminuer en 2015 ?
Non, nous poursuivons avec une meilleure mobilisation des fonds et allons passer de 50 % de taux de liquidation à 60 %, tout en limitant l’accès à l’emprunt extérieur. Mais, parallèlement à cet effort qui a été fait en matière d’investissement public, malheureusement, l’investissement privé n’a pas suivi, c’est ce que dit l’ISPF. Nous souhaitons qu’en 2015 et 2016, l’investissement privé vienne compléter le public. L’économie polynésienne ne peut pas fonctionner uniquement grâce aux efforts faits par la collectivité en matière d’investissement. Il faut aussi que le privé fasse sa part du travail et lorsque l’on regarde la part de l’investissement privé, on voit que les ménages poursuivent leur investissement, essentiellement dans le logement. Sur ce point, on voit que le système de prime à la construction, mis en place en septembre dernier, commence à atteindre son régime de croisière, puisque l’on signe à peu près une dizaine de contrats chaque mois qui permettent à dix ménages d’accéder à la propriété. Donc, en matière de construction de logements individuels, il y a une progression raisonnable. Par contre, sur l’investissement privé des entreprises, nous avons un cycle qui est complètement atone.

Propos recueillis par Florent Collet

Lire l’intégralité de l’article dans notre édition du jour ou au feuilletage numérique. Demain, retrouvez dans votre quotidien, la suite de cet entretien.

Punu 2015-08-06 07:48:00
Monsieur le Ministre,

Contrairement à ce que vous affirmez, le privé participe tout les jours à l'effort budgétaire en payant de plus en plus de taxes et impôts qui servent, entre autre, à payer les salaires et primes de la pléthorique fonction publique.

Sans emplois, pas de relance de la consommation.
teivatane 2015-08-06 05:26:00
Il est vrai que l'on voit l'avenir en rose les poches bien remplies....Pour les autres, les cailloux ont toujours le même goût même peints en orange hihihi....
Sinon bonnes nouvelles mes enfants ne rembourseront pas l'emprunt !!!!!
mata 2015-08-05 23:51:00
Moins bien que prévu...carriériste!
TEKI TOA 2015-08-05 19:46:00
Monsieur le Ministre, la confiance, ça se mérite, ça ne se décrète pas!
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