Une nuit avec les muto’i et les adjoints

    lundi 8 août 2016

    muto'i

    Fautaua Val, jeunes et moins jeunes boivent un coup sur la voie publique. Tout le monde est gentiment invité à rentrer chez soi. (Photo : Christophe Cozette)


    Reportage au sein de la police municipale de Pirae avec ses nouvelles recrues

     

    Toute première fois. Après avoir endossé leur uniforme de policier municipal lundi dernier, les cinq muto’i stagiaires de la commune de Pirae, dont Leila et Mihitua, encore en formation, ont effectué samedi soir dernier, auprès des anciens de la brigade, emmenée par Thierry Tuheiava, leur première ronde de leur peut-être longue carrière.

    La Dépêche de Tahiti a suivi ces anciens et nouveaux de la brigade, en binôme, tels des chevaliers Jedi et leurs apprentis, dans le côté obscur des quartiers chauds de la commune, ce week-end.

    Ils étaient 700 au départ, de tous bords. Des épreuves sportives les ont réduits à 200 puis, des épreuves écrites a divisé le nombre de candidats par dix pour, au final, n’en garder que 20 qui seront, ensuite, départagés par des entretiens individuels.

    “Pour être un excellent muto’i, il faut connaître parfaitement sa commune, avoir côtoyé aussi sa population, être respecté et savoir approcher les gens” comme l’a expliqué Abel Temarii, ancien muto’i, lui aussi, aujourd’hui “homme du président-maire” Édouard Fritch, au sein du conseil municipal.

    À peine sortie d’un briefing, la colonne de véhicules, banalisés et non, s’immobilise au niveau de la route de l’hippodrome, face à un attroupement de quadras, bière dans une main, ukulele dans l’autre.

    Tout le monde se connaît plus ou moins, on palabre longuement dans un bon esprit, avant que tout ce petit monde se disperse, certains étant même raccompagnés par un agent.

     

    700 au départ, cinq à l’arrivée

     

    Seize agents aujourd’hui composent la police municipale. Ces derniers ont effectué 727 interventions en 2015 et “coûtent” à la commune 89 millions de francs par an (Ia ora na Pirae, magazine d’information, n°12).

    Ces cinq nouveaux agents de police judiciaire adjoints (APJA) recrutés vont donc permettre de créer une 4e brigade.

    “Nous leur avons appris toutes les démarches administratives cette semaine, nécessaires à toute intervention”, a expliqué leur chef et ses 19 ans de métier.

    “Ce soir, nous avons eu un briefing d’une vingtaine de minutes avant notre ronde sur les points chauds et comment inviter les consommateurs à quitter les lieux et leur rappeler qu’il est interdit de consommer de l’alcool sur les lieux publics. On leur demande, à chaque intervention, de saluer, c’est important d’être poli, de rester courtois mais ferme surtout”, a expliqué Thierry Tuheiava, avant de mettre en pratique cela, à Fautaua Val et lors d’un banal contrôle de papiers, quelques minutes plus tard.

    “On apprend tous les jours, c’est un métier très intéressant, pour cela. Le maire a toujours souhaité que sa police soit une police de proximité, comme on dit, être policier municipal, c’est être les oreilles, les yeux et la bouche du maire, on se doit d’être exemplaire”, reconnaît le chef de la brigade.

    Pendant la fête foraine, la police municipale a décalé ses horaires de ronde pour rester au-delà de la fermeture des papio – et de leurs horaires habituels de fin de journée à 22 heures — afin de disperser le public et d’éviter les rassemblements de jeunes.

    Et c’est efficace, comme le reconnaît le patron des forains, Albert Porlier (lire ci-dessous). Après, aux alentours d’une heure du matin, seule la DSP effectue des rondes sur Pirae (et Papeete).

    Avec le recrutement de ces nouvelles recrues à la police municipale, une quatrième équipe va être constituée et, après la formation que ces dernières devront acquérir, la brigade de police va tourner 24h/24, le week-end, a assuré à La Dépêche le chef de la brigade, Thierry Tuheiava.

    D’ici peu, du 16 août jusqu’à décembre, les stagiaires vont passer une formation qui va leur donner toutes les ficelles du métier et surtout, leur confier l’habilitation à verbaliser, soit d’être assermentés même si “la police municipale manque de moyens juridiques”.

     

    “Être policier municipal, c’est être les oreilles, les yeux et la bouche du maire”

     

    “Quand il y a des échauffourées, par exemple, on calme les esprits mais, dès que la DSP arrive, on leur dit tout et nous les laissons faire, c’est eux qui reprennent l’affaire”, détaille l’adjoint au maire, tout en expliquant le manque d’efficacité de la police municipale contre les pollueurs.

    “L’environnement, c’est de compétence territoriale”, précise Abel Temarii, au volant de son véhicule, pendant la ronde.

    “On ne peut pas verbaliser, juste constater les infractions à la pollution (aux déchets), cela n’a pas d’effet. C’est au Pays de déléguer ce pouvoir de verbalisation pour que cela ait un effet, la plupart des gens le souhaitent”, n’hésite pas à dire l’“homme du tavana”.

    Second adjoint, ancien policier, chargé de la sécurité, de la jeunesse, des sports et qui ne compte pas ses heures pour le contrat de ville – il était au budget participatif le matin même -, Abel Temarii voit, clairement les résultats de cette police de proximité, d’une ville qu’il connaît comme sa poche comme ses administrés.

    “Le maire et son conseil municipal souhaitent que sa police soit une police de proximité, de façon à ce que les gens se sentent en sécurité à leur approche, et non d’être agressés. Notre métier, aujourd’hui, c’est de parlementer”, répète-t-il, à volonté, à chaque stop.

    Et cela marche. Comme La Dépêche a pu le constater, Abel Temarii, mais également l’ensemble de la brigade, ne passe pas un moment, à pied comme en voiture, à saluer un couple, des jeunes, tout au long de leur ronde, s’arrêtant même parfois, pour un mot gentil ou un “bonne soirée”, appuyé d’un signe de la main.

    Autre point positif, outre ce dialogue aujourd’hui bien installé, constaté par le second adjoint au maire, c’est le nécessaire besoin d’activité. “Quand on est arrivé, il y avait souvent du grabuge entre quartiers”, se souvient l’élu.

    “Nous avons créé des animations pour que les habitants puissent se rencontrer sur un terrain sportif et, à force de se rencontrer régulièrement, ils commencent à se connaître. Du coup, il y a eu une baisse notable de la délinquance, il y a moins d’interventions dures”, a lâché Abel Temarii.

    Quelques instants après, gyrophares et sirènes s’actionnent, un couple se déchire sur les hauteurs de la ville. Rapidement intervenus, ils se séparent avec l’aide des muto’i, tane comme vahine.

    Témoignage pour la femme, explications pour son conjoint, l’un et l’autre éméchés, les policiers municipaux écoutent puis ramènent l’homme à son domicile, plusieurs minutes plus tard.

    Une voisine s’amuse de la situation. “Quand ce n’est pas cette maison, c’est l’autre en face, chaque week-end. Ceux-là s’expliquent entre eux seulement quand l’alcool coule, le lendemain ou à jeun, c’est le silence, en général”, n’hésite-t-elle pas à dire à la brigade.

    “Les langues se délient”, dit-elle, avant de regagner son domicile. Après avoir écumé les quartiers sensibles de la commune, la brigade s’est ensuite dirigée vers le parking de la salle Aorai Tini Hau, jusqu’à la fermeture de la fête foraine.

    Sans quitter les yeux des alentours, anciens comme nouveaux agents de police municipaux ont pu là aussi, échanger quelques mots avec le public, venu le plus souvent en famille, le plus souvent ravi de voir ces hommes — et femmes — en uniforme.

    “Parlementer” mais aussi sécuriser, tel est le métier des policiers de Pirae.

     

    Christophe Cozette

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