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Nukutepipi – Guy Laliberté raconte « sa vision »

mardi 23 juillet 2019

“En 2007, j’ai acheté l’endroit que je n’ai pas touché pendant deux ans. Puis on a fait les études environnementales pendant trois ans.” Photo : Bertrand Prévost

“En 2007, j’ai acheté l’endroit que je n’ai pas touché pendant deux ans. Puis on a fait les études environnementales pendant trois ans.” Photo : Bertrand Prévost


Dans nos colonnes, hier, nous vous emmenions à la découverte du projet pharaonique de Guy Laliberté sur l’atoll de Nukutepipi, perdu au fond des Tuamotu. Aujourd’hui, le richissime homme d’affaires, fondateur du Cirque du soleil, explique ce projet qui a mis des années à murir, puis à voir le jour.

Dans une précédente interview, vous disiez que cet atoll et tous les aménagements que vous y faites sont faits pour mettre vos proches à l’abri en cas de fin du monde. C’est exact ?

“C’est une ligne de communication qui a été prise lors d’une longue entrevue et on en a fait quelque chose de gonflé.

Mon idée était de trouver un lieu magique dans le monde et d’y faire une création, au même titre que les spectacles que j’ai pu faire pendant des années avec le Cirque du soleil.

Je suis un créateur. J’ai été inspiré lorsque j’ai mis les pieds pour la première fois ici. Je tombé amoureux de ce site.

On a décidé d’en faire un lieu qui, j’espère, va permettre aux gens de vivre une expérience unique dans cette place au milieu de nulle part.

La première fois que je suis venu ici, j’ai vu un coucher de soleil, et je me suis dit que cette île m’attendait depuis longtemps.

Après toutes ces années, je continue à découvrir les caractéristiques de l’île. C’est une île qui est pure. Pas de moustiques, pas de rats, pas de nono. Il y a une plage unique au monde.

Cela joue sur l’humain et le ramène à l’humilité. On voit que l’on est un grain de sable dans l’univers. On est au milieu de la mer. À la merci des vagues, qui peuvent tout raser. Si dame nature décide de tout nettoyer, comme elle l’a déjà fait deux fois, elle le fera. Il y a quelque chose qui vous connecte.

On a mis le temps pour connaître cette île. On a fait des études environnementales, des études d’espèces. On a découvert que les oiseaux nichaient à terre puisqu’ils n’ont pas de prédateurs. Tous ceux que j’ai fait venir ici ont les yeux écarquillés.

Le projet que j’ai fait monter se fait en respect avec la culture tahitienne. Il y a de nombreux projets en cours. Ce sera un laboratoire, un lieu de contact avec la nature pure, et, on l’espère, un lieu d’expérience.”

 

Préserver l’environnement est essentiel dans ce projet ?

“C’est fondamental. Ici, les ressources sont précieuses. On est chanceux parce qu’il y a une lentille d’eau douce sous l’atoll.

Mais on ne s’en sert que très peu puisque nous récupérons l’eau de pluie que nous traitons et injectons dans les réseaux.

On a calculé que l’île peut supporter jusqu’à 200 personnes. On a bâti tout le système électrique sur des panneaux solaires. On est en train de préparer une certaine autonomie alimentaire.

Tout ce qui reste, c’est le fuel pour les avions, et mon système de sono car, quand on met le son à fond, cela nécessite de générer une puissance supérieure en électricité.”

 

Cela reste malgré tout un projet personnel avant d’être un projet hôtelier ?

“Mais ce n’est pas un hôtel. Ce n’est pas une maison privée non plus. On est dans un no man’s land assez exceptionnel qui fait la beauté de l’endroit. Il n’y a aucun autre endroit comme ça en Polynésie.

Cela a été construit dans le respect de l’environnement. Ce n’est pas non plus un projet personnel. C’est plus une création.

Pour moi, tout environnement est prétexte à création. J’ai traité ce projet de la même façon que je traite la création d’un spectacle. C’est une série de petits détails. On propose une expérience émotionnelle, artistique, culinaire, environnementale.

On aimerait faire de cette île un lieu où les tiki tahitiens reprennent leurs droits. Avec des experts de Papeete, on a identifié des techniques de création des tiki.

J’aimerais faire un sanctuaire du tiki. Tous les ans, des artistes locaux pourraient venir s’imprégner des lieux et sculpter des tiki.

On a aussi les abeilles qui participent à la pollinisation de l’île. Elles sont pures, sans maladies ni pollution.

Peut-être pourrions-nous participer à la préservation des abeilles dans le monde ? Je suis sensible à la situation environnementale dans le monde et il est important pour moi de traiter cette île de façon respectueuse.”

 

Vous auriez pu investir partout ailleurs dans le monde. Pourquoi ici ?

“J’ai cherché pendant dix ans un endroit pour faire un projet comme ça. Je savais que ce serait dans le Pacifique. Il y a une vibration, un état d’âme.

Je suis allé aux Fidji, aux Îles Cook, Hawaï. Et puis je suis venu à Tahiti, en 1992, pour faire de la plongée sous-marine. Il y a eu un déclic. Une affinité. On partage la même langue. Au fil des années, je me sentais connecté à la mentalité d’ici. Je me sens bien, je me sens à l’aise.

En 2004, j’avais déterminé deux endroits. Fidji et Tahiti. Il y a eu un motu Bora Bora à vendre, et cela ne s’est pas fait.

Un ami m’a dit. ‘Il y a peut-être une autre île, mais elle est loin, très loin’. J’ai regardé sur une carte… C’est nulle part ! Et puis je suis quand même venu, et voilà.

Cette île m’attendait. En 2007, j’ai acheté l’endroit que je n’ai pas touché pendant deux ans.

Puis on a fait les études environnementales pendant trois ans. On a nettoyé l’île. On a fait un premier projet et, juste avant de commencer la première phase de construction, une houle est arrivée, a traversé l’île et on a vu où ne pas construire. La nature m’envoyait un signe.

Alors, on a tout refait sur la base de cet événement. On a commencé les travaux il y a six ans et, aujourd’hui, c’est presque fini.”

 

Vous ne craignez pas de détériorer l’île par votre intervention ?

“On a utilisé le temps pour nous. Respecter la nature ne veut pas dire qu’il ne faut pas y construire, mais il faut le faire avec rigueur, en choisissant ses matériaux, en imposant une quarantaine pour tous les produits de construction qui arrivent. Des protocoles très stricts ont été mis en place, respectés par l’ensemble des gens. Cela a permis de préserver l’île.”

 

Et au niveau des gens qui vont y venir ?

“Cela ne sera jamais massif. L’île a la capacité de subvenir à 200 personnes. Dans son eau, dans son énergie, dans son alimentation.

C’est énormément des produits de la mer à l’extérieur du lagon, l’intérieur étant interdit à la pêche.”

 

Vous avez fait une étude de marché pour connaître le seuil de rentabilité ?

“C’est-à-dire que l’on veut développer un produit qui n’est pas un produit de compétition. On va essayer de créer des programmes faits sur mesure pour la clientèle. L’endroit est loin, pas facile d’accès.
C’est une aventure de venir ici. C’est d’abord une vision.”

 

Vous êtes un Robinson ?

“J’ai toujours été un Robinson. J’ai toujours voyagé. C’est ce que je voulais faire dès l’âge de 8 ans. Ce lieu, c’est pour satisfaire ce désir de voyager.

Mais c’est aussi un outil de travail. J’ai un studio de son. On peut y faire de la création. Il y a des gens qui font des affaires en jouant au golf.

Moi, je pense qu’ici, on peut se faire de vraies séances de travail d’affaires, de bonnes séances de création.

Avec ma société Lune Rouge, on a déjà emmené des créateurs ici. C’est un lieu très inspirant. Après, comme je ne peux pas passer douze mois par an ici, j’ai proposé que l’on puisse partager ces trésors.”

 

Propos recueillis par Bertrand Prévost

 

Paroles d’entrepreneurs

Nombreux sont les entrepreneurs locaux à avoir travaillé sur ce long chantier de Nukutepipi. Contrairement à d’autres structures hôtelières qui se sont montées à grand coup de défiscalisation et qui faisaient livrer leurs meubles par containers d’Indonésie, le projet de Guy Laliberté s’est tourné au maximum vers les forces vives du fenua pour donner un cachet réellement polynésien, mais aussi pour s’économiser un bilan carbone négatif.

Du coup, gros oeuvre, second oeuvre et même mobilier sont de fabrication locale. La parole à quelques-uns de ces entrepreneurs qui ont pu participer, la semaine dernière, à l’ouverture officielle du projet fou de l’homme de spectacle canadien.

 

Bruno Dreuilh, directeur de la Société Tradibois : “Beaucoup de chantier longs, mais super intéressants”

Bruno Dreuilh
“Cela fait maintenant six ans que je travaille ici. Je travaille en partenariat avec une entreprise de métropole que connaissaient les Canadiens. Ici, nous nous sommes occupés de tout ce qui est charpente et couverture ainsi que de quelques structures en bois. Il y a eu énormément de travail. Beaucoup de chantier longs, mais super intéressants, avec beaucoup de techniques différentes.

C’était aussi fabuleux pour les employés de par ce qu’ils ont pu apprendre ici. En plus, ils ont eu des conditions d’hébergements géniales. Il y a eu un respect humain énorme.

En tout, nous avons eu 15 employés qui sont venus ici pendant cinq ans. C’était toujours les mêmes qui venaient pour des sessions d’un mois et demi. Parfois, ils sont rentrés au bout d’un mois… Parfois au bout de deux, parce qu’ils ne voulaient pas rentrer, parce qu’ils étaient bien ici.

Tout a été facilité par le client qui a pris à sa charge la logistique. Il y avait un directeur de travaux sur place qui chapeautait toutes les entreprises, qui les portait pour aller de l’avant. Ils étaient là pour trouver des solutions tout le temps et faire avancer le projet. C’est ce qui a rendu le projet facile. Un projet aussi long, c’est assez rare.”

 

Jean-Louis Radici, directeur de la société Multipose : “C’est très rare d’avoir des clients comme ça”

Radici

“Nous sommes sur ce chantier depuis 2013. On a démantelé quelques fare existant, remis certains au goût du jour et préparé la base vie pour intervenir dans les phases plus nobles.

On a mis en place les premiers fare pour que les entreprises puissent venir travailler. On a fait une vingtaine de chambres, au départ, afin de loger une soixantaine de personnes. On a fait même quelques tentes modernes, dans des styles africains qui étaient très sympas. J’ai connu d’autres bases vie qui étaient des prisons avec des employés qui n’avaient pas envie d’y aller ou que ne voulaient plus y retourner.

Ici, on a eu de la considération de la part du patron. Ils étaient donc très contents de venir ici. Il y avait même l’internet. C’est très rare d’avoir des clients comme ça. Depuis trente ans que je fais des hôtels, j’avais rarement eu des conditions d’accueil et de travail aussi bonnes. On avait une trentaine de personnes qui sont venues. La gestion de chantier n’a pas non plus été compliquée. On est habitué à construire dans les îles.”

 

Frédéric Dock, directeur de Cégélec : “Tout est venu par bateau”

dock

“On est intervenu ici quasiment depuis les origines du projet. L’aventure a commencé en 2012. En 2013, on a commencé les premiers travaux. On a réalisé à peu près tous les lots techniques, c’est-à-dire tout ce qui est distribution d’électricité, de l’eau, des courants faibles, la sécurité incendie…

En fait, tout ce qui ne se voit pas dans ce genre d’endroit (rires). C’est une opération très importante pour nous puisque, en travaux, tout cumulé, on est bien au-delà du milliard de francs. C’est-à-dire autant que ce que l’on a pu faire dans les grands hôtels de Bora Bora comme le Four Season, le Saint-Régis, l’InterContinental.

On a fait autant de prestations pour ce projet de maximum une poignée de constructions et une cinquantaine de clients que pour une structure de plus d’une centaine de bungalows. Tout est venu par bateau.

La complexité au lancement des opérations, était de préserver l’environnement de l’île, de ne pas apponter avant extermination des potentiels nuisibles sur un bateau, comme les rongeurs, mais aussi les moustiques ou encore les fourmis.”

 

David Courajoud, conducteur de travaux chez JLPolynésie : “On a commencé par la darse”

Courajoud

“Nous sommes intervenus dans tout ce qui est travaux de gros oeuvre. On était les premiers à arriver, à beacher nos engins sur le récif puisque, au début, il n’y avait pas de darse, ni d’accès. Il y avait une vieille piste à peine praticable.

On a commencé par faire les installations techniques et la darse, creusée dans le récif pour pouvoir plus facilement faire arriver nos engins et avoir l’approvisionnement de l’atoll en continu pendant toutes ces années de travaux.”

 

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Le lit immense dans la maison du maître des lieux.

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Un salon pour prendre un verre le soir et observer le coucher du soleil.

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L’art est installé partout sur l’atoll.

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Un lieu de détente.

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Les bungalows alternent entre luxe et sobriété.

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Les bungalows sont nichés dans la nature au point de disparaître pratiquement.

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Une des plus belles plages de Polynésie.

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Les oiseaux sont protégés sur un atoll ou il est interdit de pêcher dans le lagon.

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Un jeune kaveka niche sous un bungalow.

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Les tiki sont omniprésents sur l’atoll.

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Les tiki sont omniprésents sur l’atoll.

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Les activités nautiques ne manquent pas.

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Les pirogues en bois attendent les visiteurs.

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La salle de jeux.

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La magnifique piscine centrale qui fait face à l’océan.

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Un lagon unique.

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La jumelles, braquées sur l’océan, permettent de voir les baleines, les dauphins, mais aussi de regarder le ballet des oiseaux.

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Le cinéma.

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Une plantation d’ananas, à deux pas du restaurant.

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Le fare hamacs.

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Une salle de réunion et de travail.

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Le bureau de travail de Guy Laliberté.

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La piscine à débordement de la plus grande villa de l’atoll.

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Le mini golf, perdu dans la forêt.

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Coucher du soleil sur Nukutepipi.

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Fin de journée, Guy Laliberté passe aux platines pour le son de la soirée.

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L’observatoire permet une vue imprenable sur les étoiles.

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L’observatoire permet une vue imprenable sur les étoiles.

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Les batteries de stockage de l’énergie solaire dégagée.

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Un studio d’enregistrement, perdu au milieu du Pacifique.

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La sculpture massive de Wym Delevoye.

La sculpture massive de Wym Delevoye.

La sculpture de Wym Delevoye illuminée le soir.

La sculpture de Wym Delevoye illuminée le soir.

 

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