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Obésité-diabète : Le gouvernement pédale dans le sucre

mercredi 5 juin 2019

Chaque Polynésien consomme en moyenne plus de 90 litres de soda par an, soit 80 % de plus que dans l’Hexagone. (© archives LDT)

Chaque Polynésien consomme en moyenne plus de 90 litres de soda par an, soit 80 % de plus que dans l’Hexagone. (© archives LDT)


Le ministère de l’Économie a retoqué et édulcoré son projet de loi sur la taxe pour la consommation et la prévention. Politiciens, consommateurs, personnels de santé et entrepreneurs dénoncent ce rétropédalage. Depuis 2016, le gouvernement tente de mettre en place une fiscalité comportementale, sans succès.

Le rétropédalage du gouvernement, ou plus précisément du ministère de l’Économie, concernant le projet de loi du Pays visant à taxer les boissons et produits trop sucrés, donc mauvais pour la santé, ne cesse de faire polémique.

Il y a quelques jours, c’est Jacky Bryant, du parti Heiura – Les Verts, qui dénonçait ce retour en arrière, lors d’une conférence de presse : “Nous ne pouvions que nous satisfaire que les mauvais comportements alimentaires ou addictifs soient progressivement recadrés par une démarche fiscale, mais le lobbying des sociétés de production de sodas a visiblement de très beaux jours devant lui.”

Depuis la présentation, par Teva Rothfritch, de la nouvelle mouture du projet de loi sur la taxe pour la consommation et la prévention, le 22 mai, de nombreux personnels de santé de la direction de la santé et des entreprises locales sont sortis du silence.

En effet, pour les professionnels de santé, cette nouvelle mouture est à l’opposé même de l’esprit de cette loi.

“Quand on annonce un abattement de la taxe à hauteur de 50 % sur des jus de fruits contenant plus de 30 % de sucre, quel message fait-on passer à la population ? Eh bien ! que les jus de fruits contenant beaucoup de sucres ajoutés sont bons pour la santé ! Cette loi n’a plus aucun intérêt si ce n’est de, peut-être même, faire un cadeau aux entreprises locales qui sont les plus concernés par la production de ces jus de fruits. Car en supplantant la taxe de 60 F le litre qui s’applique à toutes les boissons sucrées, il n’est pas exclu que certaines entreprises se retrouvent, grâce à cet abattement, avec une fiscalité moindre qu’aujourd’hui. En gros, on nous prend pour des c…”

Même son de cloche chez Kim Fa, qui publie, sur sa page Facebook, tout le “bien” qu’il pense de ce recul gouvernemental : “Alors que la Polynésie devrait être considérée en état d”alerte rouge en matière de diabète, obésité, troubles cardiaques causés par une addiction maladive aux boissons hyper-sucrées, le gouvernement cède aux influences du lobby des toxi-sodas.

 

“Que les autorités ouvrent les yeux !”

 

Une imposture car la raison invoquée est la protection de la ‘compétitivité des entreprises implantées localement’ et la préservation de leurs emplois ! Comme si les entreprises ‘implantées n’étaient que les quelques industriels hyper-protégés contre la liberté du commerce et de l’économie, comme si les seuls emplois valablement créés n’étaient que ceux des principautés clientélistes !

Un mépris insultant pour les sociétés commerciales non protégées, et qui créent en réalité plus d’emplois que les princes du toxi-cola abusivement protégés.

De plus, combien y a-t-il d’emplois dans ces entreprises ultra-protégées, en comparaison des milliers de victimes de l’addiction maladive aux sodas toxiques, droguées sous l’influence d’une propagande envahissante ? Que les autorités ouvrent les yeux ! Que la CPS, plombée à milliards par les conséquences de la consommation excessive de boissons hyper-sucrées, s’exprime fermement, que nos médecins s’expriment clairement, que les entreprises ‘implantées localement’ mais non protégées par le ‘système’ protectionniste-clientéliste s’expriment… Et que notre assemblée territoriale se fasse l’honneur de refuser et repousser les ‘influences’ des lobbies toxiques. (…)”

Mais le recul du gouvernement ne date pas d’hier. En effet, en 2016, le Pays faisait de l’obésité et du surpoids une priorité sanitaire. Le président du Pays annonçait alors des mesures fortes : la mise en place d’une fiscalité comportementale à travers la taxation du sucre.

À l’époque déjà, certains lobbies avaient réussi à imposer leurs intérêts. Pourtant, le 9 février 2017, la responsable du département des programmes de prévention à la direction de la Santé, Yolande Mou, expliquait, dans nos colonnes, que le dossier passerait cette même année car il s’agissait d’une vraie volonté politique. Quelques semaines après, la responsable était finalement affectée ailleurs…

Mais qu’à cela ne tienne, en 2018, la direction de la santé décidait à nouveau de renforcer sa politique de prévention, pour lutter contre le surpoids et le diabète, en instaurant une taxation forte sur les produits sucrés et gras.

Une proposition dans ce sens était alors transmise au ministère de l’Économie, seul compétent en termes de fiscalité.

“En novembre 2018, on a pensé qu’on était sur la bonne voie en proposant de taxer les produits en fonction de leur teneur en sucre, et d’étendre la liste des produits taxables, qui impliquait que plus un produit serait sucré, plus il serait taxé. Mais il aura suffi de quelques courriers de l’entreprise locale de jus de fruits et d’autres vendant et produisant des sodas localement, à la vice-présidence, pour que tout se dégonfle en quelques mois”, ironise un élu de l’assemblée de la Polynésie française.

Alors quel message final fera passer le gouvernement à la population ? Réponse dans les prochains mois…

 

Jen.Lo

 

COMMUNAUTÉ du pacifique sud taxe sucre

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