Obésité : la rançon du développement économique

    jeudi 9 février 2017

    obésité développement économique

    L’Organisation mondiale de la santé demande à tous les Pays de prendre des mesures fortes pour lutter contre la malbouffe. (© DR)


    La lutte contre la malbouffe dans la région du Pacifique fait la une de la presse métropolitaine. Le dernier rapport de l’Organisation mondiale de la santé sur la prévalence mondiale de l’obésité est passé d’inquiétant à alarmant. La Polynésie française a prévu une hausse des taxes sur les boissons et produits sucrés, ainsi que la publicité sur la malbouffe.

    “Ces îles du Pacifique qui veulent bannir la malbouffe.” Tel est l’intitulé d’un article paru la semaine dernière dans Courrier international.
    La province de Torba, située dans le nord du Vanuatu, y est prise en exemple car elle aurait décidé d’interdire l’importation de “junkfood” (malbouffe) dès ce mois de février. Une première étape avant d’adopter une loi interdisant l’importation de toute nourriture étrangère d’ici deux ans avec, pour objectif en 2020, de devenir la première province entièrement bio du Vanuatu.

    Selon Solène Bertrand, en charge du département des maladies liées au mode de vie pour la Communauté du Pacifique, “l’idée est bonne, mais elle émane d’une personne tenant un hôtel dans cette province et qui, malheureusement, ne fait pas partie du gouvernement”… “Et pour interdire, il faut des lois.”
    Si l’initiative est donc intéressante, difficile de savoir si les politiques locaux l’approuvent.
    Quant à savoir si une telle initiative pourrait voir le jour dans l’une des îles de Polynésie, Yolande Mou, responsable du département des programmes de prévention à la direction de la santé, n’y croit pas.
    “Cela créerait de l’inégalité et la plupart des produits que les gens des atolls consomment sont déjà des produits locaux car les produits importés sont chers.”

     

    Les gouvernements sommés de réagir

     

    Toutefois, les gouvernements de la région du Pacifique et du monde entier sont conscients de la prévalence inquiétante du surpoids et de l’obésité au sein de leurs populations.
    Le dernier rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la situation mondiale de la prévalence de l’obésité et sur l’expansion des maladies non transmissibles est alarmant.

    La directrice générale de l’organisation a même parlé de l’obésité comme étant la rançon du développement économique.
    L’OMS a donc exigé de tous les gouvernements la prise de mesures d’urgence. De nombreux Pays ont déjà pris des engagements forts.

    Dans la région du Pacifique, Nauru a récemment adopté une loi visant à interdire la vente de cafés très sucrés (distribués par une célèbre chaîne américaine) et de glaces à l’eau.
    Le gouvernement a fait passer cette mesure sous la forme d’un arrêté sanitaire, prétextant que l’eau utilisée pour la préparation n’était pas potable. Le territoire de Tokelau a, quant à lui, mis en place une interdiction d’importation de boissons sucrées. La législation est en place, de ce fait, aucun commerçant ne peut importer de boissons sucrées sur l’archipel.
    Cependant rien n’interdit aux habitants d’en ramener avec eux lorsqu’ils quittent leur île.

     

    Les boissons sucrées 30 % plus chères

     

    Au Mexique, une taxation de 30 % sur les boissons non alcoolisées sucrées a été décidée en 2014 par le gouvernement.
    Une décision prise suite aux résultats de l’enquête réalisée par l’Organisation mondiale de la santé, cette même année, qui plaçait le Mexique comme premier pays au monde de l’obésité, devant les États-Unis.

    Cette mesure a permis de faire diminuer les ventes de ces produits de 12 % en moyenne, un an après. Les foyers aux revenus les plus faibles ont même diminué leur consommation de boissons sucrées de 17 %.

    En contrepartie, le gouvernement a enregistré une hausse des ventes de près de 4 % sur les boissons non sucrées et en particulier sur l’eau.
    En deux ans, cette taxe a permis au Mexique de récolter 2,6 milliards de dollars. Cet argent va être utilisé cette année pour l’installation de fontaines à eau dans l’ensemble des écoles du Pays.

    Et du côté de la Polynésie française, alors ? Un grand pas serait sur le point d’être franchi car le Pays est en train de réviser sa législation dans le domaine.
    Le président du Pays avait annoncé des mesures fortes, l’année dernière, avec notamment la taxation sur le sucre, mais du lobbying avait dégonflé ce dossier de fiscalité comportementaliste.
    Pour 2017, le dossier passera car c’est une volonté politique. Selon Yolande Mou, la publicité sur la malbouffe ainsi que les boissons et produits sucrés seront taxés bien davantage.
    Mais la direction de la santé ne s’arrête pas là en matière de lutte contre l’obésité. D’autres projets sont en cours (lire ci-dessous).

     

    Jennifer Rofes

     

     

    L’obésité en Polynésie commence dès le plus jeune âge

    Le surpoids et l’obésité infantiles constituent un problème majeur de santé publique à l’échelle mondiale car ces pathologies ont des conséquences physiques et psychologiques à court terme, mais également un retentissement sur la santé à l’âge adulte.
    La dernière enquête réalisée sur l’ensemble de la Polynésie française par la direction de la santé sur la prévalence du surpoids et de l’obésité chez les enfants âgés de 7 à 9 ans date de 2014. Cette enquête a été réalisée en milieu scolaire sur un échantillon de 1 768 enfants. Elle a montré que 36 % des petits Polynésiens étaient en surpoids (soit 636 enfants) et que sur ces 36 %, 16 % étaient déjà au stade de l’obésité (soit 283 enfants). Des chiffres qui ne cessent d’augmenter depuis 20 ans. En 1996, à Tahiti uniquement, la prévalence du surpoids chez les jeunes âgés de 9 à 14 ans était de 27 % et celle de l’obésité de 12 %.
    Au stade de jeunes adultes (de 18 à 24 ans), le taux d’obésité grimpe à 31 %.
    À l’heure actuelle, 70 % de la population adulte polynésienne (7 personnes sur 10) sont en surpoids, dont 40 % au stade de l’obésité.

     

     

    Un pacte alimentaire avec les industries locales

    La direction de la santé souhaite favoriser le progrès nutritionnel. Pour cela, elle s’inscrit dans une démarche d’accompagnement des industries, des distributeurs et des producteurs locaux. “On surfe sur la tendance ‘manger bon, bio, sain et équilibré’”, explique Yolande Mou, responsable du département des programmes de prévention à la direction de la santé. Il est question de réduire la quantité de sel dans certains produits, notamment dans la charcuterie locale. Pour Yolande Mou, “dans l’environnement alimentaire, cela aura un vrai impact”, mais elle admet que cela se négocie. Et pour inciter les producteurs locaux à entrer dans ce pacte alimentaire, la direction de la santé a décidé de les accompagner en valorisant leurs produits améliorés.

    Mesures pédagogiques à venir :
    Relance, grâce au budget de prévention de la caisse de prévoyance sociale (CPS), de la promotion des fa’a’apu dans les écoles avec un déploiement quasiment géographique des jardins potagers dans les établissements de la Polynésie française.  

     

     

    Habitudes alimentaires et mode de vie des enfants de 7 à 9 ans

    Lors de l’enquête sur la prévalence de l’obésité chez les enfants, leurs habitudes alimentaires ont été épluchées. Les enfants ont été interrogés sur ce qu’ils mangeaient au petit déjeuner et lors des goûters (9, 14 et 16 heures).

    Au petit déjeuner :
    20 % des élèves interrogés n’avaient pas pris de petit déjeuner le jour de l’enquête, (soit plus de 350 enfants). Les raisons invoquées étaient soit le manque de temps, soit le manque d’appétit.
    22 % consomment des produits gras et sucrés ; 10 % les restes du repas de la veille ; 10,8 % du thé ou du café ; 9 % des boissons sucrées.
    Selon les résultats de l’enquête, sur 1 768 enfants interrogés, seuls 853 consomment uniquement des produits favorables à la santé pour le petit déjeuner.

    Et pour le goûter :
    80 % des enfants mangent un goûter lors de la récréation du matin (9 heures) ;
    56,7 % des enfants en mangent aussi un à la sortie de l’école.
    Et un quart environ consomme un goûter lors de la récréation de 14 heures.
    Les goûters pris à l’école sont le plus souvent fournis par les parents. En second lieu, ils sont achetés dans l’école.
    Quel que soit le goûter, les produits gras et sucrés ainsi que les boissons sucrées arrivent dans le trio de tête des produits les plus consommés, accompagnés des produits de snacking (chips, barre chocolatée) ou de féculents.
    Les fruits et les produits laitiers ne sont cités qu’après ces premiers groupes d’aliments.
    L’enquête a montré que, globalement, les aliments consommés lors des goûters ne sont pas favorables à la santé.

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