Habillage fond de site

“Notre objectif est d’atteindre 600 000 touristes”

mardi 17 avril 2018

15 moetai brotherson

Quatri

ème entretien de notre série, Moetai Brotherson, député, de la liste Tavini huiraatira, conduite par Oscar Temaru. Il a répondu à nos questions dans le cadre des territoriales à venir. Emploi, tourisme, économie, mais aussi probité sont évoqués avec lui.

 

Dimanche dernier, le Tavini faisait une marche contre la corruption. Mais être contre la corruption fait-il pour autant un programme électoral ?

Non, bien sûr. Ce serait un peu dommage. Pour nous, la politique, c’est l’honnêteté, la probité. () Nous avons eu de tous les bords, dans notre marche. Des gens de la société civile, des jeunes, des anciens.”

 

Vous dites avoir deux thèmes fondamentaux dans cette campagne : le tourisme et le secteur primaire. Commençons par le tourisme. Vous insistez, contrairement à d’autres partis qui proposent des projets pharaoniques, sur les pensions de famille et les chambres d’hôtes.

Cela se f

era avec les nouvelles compagnies, ainsi que celles existantes, avec notre grand projet d’aéroport des Marquises. Nous avons un tourisme hypertrophié sur une destination, Bora Bora.

Notre objectif est d’atteindre 600 000 touristes, pas du jour au lendemain, mais pour l’atteindre, il vaut mieux desservir les archipels. On peut faire le choix de faire des grandes structures, avec le Village marquisien, ou le Village paumotu, le Village australien… Cela nous paraît déraisonnable d’un point de vue écologique, et par rapport à ce que l’on voit de l’évolution du tourisme. Ils ne viennent pas chercher ici l’équivalent de Macao ou Dubaï, mais quelque chose de différent, d’authentique. Le contact avec le Polynésien, sa culture.”

 

Pourquoi les Marquises plutôt que les Tuhaa pae ou les Gambier ?

La proximité avec Hawaï. Hawaï, l’an dernier, c’est plus de 8 millions de touristes. On ne vise pas ces chiffres pour ne pas dénaturer notre société. Six cent mille, c’est une bonne limite parce que cela correspond aux montants des transferts de l’État. Pour un parti qui prône l’indépendance, dont l’indépendance économique, c’est un premier élément de réponse.”

 

La vie aux Marquises sera bouleversée. L’aéroport, certes, mais il faudra aussi toutes les structures qui l’entourent.

Oui, ma

is les Marquisiens attendent ça. Il faut, malgré tout, que cela reste à échelle humaine. D’où les pensions de famille. L’accueil, c’est quelque chose qu’on aime faire et qu’on sait faire.

Et puis, on aurait notre aéroport de dégagement, au lieu de Rarotonga. On est obligé d’embarquer 16,5 tonnes de fuel en plus à chaque voyage si l’aéroport de Tahiti ne peut accueillir les avions pour aller aux Cook. Là, ce sera une économie réelle pour les lignes aériennes. Et puis, si on a cet aéroport des Marquises, on va avoir une deuxième base logistique pour nos lignes intérieures, et cela va permettre de faire baisser les coûts.”

L’autre point fort de votre programme, c’est le développement du secteur primaire. Vous le souhaitez à échelle humaine, familial et plus respectueux de l’environnement. Comment pensez-vous mettre ça en place ?

Prenons l’aquaculture. Mais pas le projet de Hao avec ses 2 400 cages qui vont détruire le lagon. Ce qu’on préconise, c’est de faire de Hao, un hub international pour le fret. Le poisson viendrait des Marquises.

L’idée est aussi de répartir la charge écologique sur l’ensemble des atolls avoisinants. Des petites exploitations, à échelle familiale, selon la spécificité des lagons. Le produit sera acheminé vers Hao et expédié à l’international.”

 

Le secteur primaire, c’est la noix de coco, la vanille aussi. Vous avez un plan de relance ?

Oui, un projet que nous avions déjà en 2013. Nous étions passés de 600 millions à 6 milliards de crédits de paiement pour le secteur primaire. Il y avait 2 milliards pour la régénération de la cocoteraie, mais aussi pour installer sur place des unités de transformation polyvalentes.

Avec la coco, on fait principalement du coprah. C’est une hérésie. C’est une activité subventionnée et plus on en fait, plus la caisse se vide. Il y a d’autres choses à faire.”

 

Mais économiquement, nous ne sommes pas concurrentiels à l’international.

On sera déjà moins déficitaire qu’avec le coprah. Ensuite, il faut adapter la fiscalité, mais aussi les modes de fonctionnement. Cela ne sert à rien de régénérer la cocoteraie, sans réintroduire ces nouveaux usages. À côté, il y a la vanille : 12 tonnes l’an dernier, 330 tonnes en 1950. Il y a un vrai problème. À Saint-Hilaire, il y a un concept génial qui est né : sur un même espace, vous avez votre maison, votre exploitation agricole, avec une technologie moderne qui permet une meilleure rentabilité.”

 

Il faut pouvoir se le permettre. Il faut pouvoir loger tout le monde, avec chacun un lopin de terre à cultiver.

Il faut r

envoyer les gens des archipels chez eux. On a eu une vision centrée sur Tahiti. Il ne faut pas faire plus de routes sur Tahiti. Il faut juste renvoyer les gens dans leurs archipels. La plupart des gens dans les fonds de vallées, entassés dans des cages à poules qu’on appelle lotissements sociaux, sont propriétaires dans leurs archipels.”

 

Vous avez aussi habitué ces gens à avoir Internet, le téléphone mobile, le magasin Carrefour à côté. Vous voulez les priver du confort moderne dans lequel ils se sont installés ?

Ce n’est pas un retour en arrière mais une avancée sociale. C’est le seul moyen de développer nos infrastructures de manière rentable, dans nos archipels éloignés. Tant qu’on ne ramène pas les gens, il n’y aura pas d’activité économique. Il y a trois fois plus de Marquisiens à Hamuta qu’aux Marquises ; c’est un peu triste. Ces projets seront financés par la banque de développement dont le Pays est actionnaire (Socredo), qui ne remplit plus son rôle depuis très longtemps.”

 

Le dossier nucléaire est évidemment un dossier important pour vous. Comment discuter de cela avec l’État ?

Nous pensons qu’il faut un dispositif général qui encadre ce dossier. Il faut que l’État prenne en charge le passif auprès de la CPS et les dossiers futurs. Le dossier qui nous préoccupe aussi, c’est l’environnement. On n’en parle pas assez. Il y a des risques d’effondrement sur Moruroa.”

 

Vous cra

ignez un Fukushima polynésien ?

Quand ça arrivera, ce sera terrible.”

 

Revenons sur un point plus politique : alliance ou pas, après le premier tour ?

On a mal saisi ce qu’Oscar Temaru expliquait depuis le début. Oscar Temaru est ouvert à ce que les petits partis qui n’auront pas accès au second tour nous rejoignent.”

 

C’est déjà un appel du pied à Tauhiti Nena

Pas seulement. Dans le programme de l’UPR, il y a des choses très intéressantes. Là où la porte est fermée, c’est avec les gens condamnés. Pas besoin de citer de noms. Il n’y a pas de discussions, ni entre les deux tours, ni dans l’hémicycle.”

 

Pas de discussions, pas d’alliance à l’assemblée. Vous ne participerez pas non plus à la chute de l’assemblée en 2019 pour remettre en selle le leader du Tahoera’a quand il aura purgé sa peine d’inéligibilité ?

Sûrement pas. En 2013, Oscar Temaru disait déjà que ce pays avait assez souffert de l’instabilité, et qu’il ne participerait pas à une quelconque nouvelle déstabilisation. Il l’a dit, il l’a fait.”

Propos recueillis par Bertrand Prévost

0
0
0

Pavé PI

Edition abonnés
Le vote

Selon vous, quelle troupe remportera le Heiva i Tahiti cette année en Hura Tau :

Loading ... Loading ...
www.my-meteo.fr
Météo Tahiti Papeete