Ono’u – Encore deux jours de fête

    vendredi 7 octobre 2016

    marko93

    Marko93 avec sa team du collège de Tipaerui, mercredi. (Photo : Christophe Cozette)

     

    Encore deux jours de fête pour Ono’u à Tahiti avant son déplacement dimanche à Raiatea. Toutes les fresques seront terminées demain, au même titre que le musée qui sera inauguré le lendemain, rue Jeanne-d’Arc. Aujourd’hui, le choc visuel des photos et le poids des mots, avec Marko93.

     

     

    Date et lieu de naissance ?

    15 juin 1973 au Mans, le pays des rillettes. Mon second prénom, c’est Marco mais avec un C. Je l’ai changé pour un K, car le K était une lettre à la mode au début des années 90. C’était très graphique. On en mettait un peu partout. Ça claquait mieux. Le 93, c’est parce que j’ai grandi à Saint-Denis (93 est le numéro du département de la Seine-Saint-Denis, NDLR).

     

    Première bombe en main et premier dessin ?

    C’était fin 88, avec des markers, pour imiter “les grands”. Ma ville était déjà recouverte de graffs. Les grands avaient fait le boulot. NTM nous a aussi beaucoup influencés.

     

    Quelle était ta première fresque ?

    C’était sur un petit mur à Pierrefitte-sur-Seine, non loin de chez moi. Puis j’ai graffé dans un collège, à la MJC (maison des jeunes et de la culture, NDLR) de Saint-Denis et sur les terrains vagues.

     

    Où avez-vous graffé ?

    Au Japon, en Corée du sud, en Chine, en Mongolie, en Birmanie, au Cambodge, au Kazakhstan, en Inde, en Afrique, en Europe. J’aimerais peindre en Australie, en Nouvelle-Zélande ou en Russie.

     

    Combien de murs, en litres de peinture, en mètres carrés, avez-vous réalisé à aujourd’hui ?

    Je ne sais pas exactement. Mais c’est énorme.

     

    Quelle est votre plus grande fresque ?

    À Aulnay, j’ai réalisé une fresque sur le mur de 46 mètres de haut d’un immeuble d’une cité. En mètres carrés, ça fait pas mal.

     

    Préférez-vous travailler seul ou à plusieurs?

    Je travaille avec d’autres de temps en temps. C’est un exercice de style. Quand tu es avec quelqu’un d’autre, il faut que la communication passe bien. C’est important aussi d’apprécier le travail de l’autre. Ici avec Kalouf (à Tipaerui, NDLR), nous avons un bon échange. Personne ne tire la couverture à soi.

     

    Vous mélangez différentes techniques…

    Oui, c’est ce que l’on retrouve à Ono’u. Il y a le graffiti, c’est notre base. On évolue avec la technologie. Je peins sur du support photo, une technique qui existe depuis un siècle et qui vient d’être remise au goût du jour. Je fais aussi de la vidéo, du mapping, des projections, de la peinture réfléchissante. Je n’ai pas peur d’aller vers l’inconnu, d’aller de l’avant.

     

    Quand vous teniez votre premier marker, imaginiez-vous être là aujourd’hui ?

    Jamais, jamais. Au début, je me faisais verbaliser. Et puis un jour, en 1991, je me suis dit que quelque chose avait changé. Un commerçant de Saint-Denis, qui vendait des vêtements dans la principale rue piétonne, voulait décorer son store. Il nous a acheté des bombes. Une fois le travail terminé, il nous a offert un jean. C’était incroyable à l’époque. Maintenant, cela fait 18 ans que je vis de ce que je fais. Il y a des hauts et des bas. C’est ce que j’explique aux jeunes comme à Tipaerui. Ce n’est pas facile d’en vivre, il faut faire des compromis. Mais faire ce qu’on aime dans la vie, c’est un vrai luxe.

     

    Ici, vous êtes très “félins”…

    Oui. Depuis un an et demi environ. C’est venu d’un délire à Miami avec la photo d’un chat prise avec un flash. Son regard brillait à cause des “tapis” réfléchissant dans ses yeux et qui permettent aux chats de voir la nuit. J’ai trouvé de la bande réfléchissante et l’ai mise sur un chat et un crocodile que j’ai graffés. J’ai peint un jaguar sur le ministère de la culture à Paris aussi. Cela a plu. Ce jaguar m’a donné de la force. Depuis ce temps-là, il me parle. Il me tarde d’en voir en vrai pour les peindre après les avoir pris en photo.

     

    Vous ne peignez que des murs, ou êtes-vous passé sur des supports plus traditionnels ?

    Je suis passé à la toile mais mon truc, c’est vraiment le mur. On peint avec son corps. Passer du mur à la toile, c’est un exercice. Sur un mètre carré, ce n’est plus le même geste, les mêmes outils. Il m’a fallu quatre ans pour être à l’aise sur une toile. Et maintenant, je m’éclate et c’est complémentaire.

     

    Quel mur aimeriez-vous peindre ?

    Je ne me vois pas peindre avec de la bombe de peinture sur un monument. Je me faisais enfermer la nuit dans les temples d’Angkor pour peindre en light painting, avec la lumière. J’ai du respect pour la pierre millénaire. Dans tous mes voyages, je travaille sur des édifices. Mais ce que je préfère, c’est la connexion avec les gens. Les plus beaux monuments, sans échanges avec les autres, ne sont au final que des cartes postales.

     

    Gauguin, qui se tourne en ce moment à Tahiti avec Vincent Cassel dans le rôle principal, vous inspire ?

    Oui, il s’est imprégné comme d’autres, des couleurs qui l’entouraient. Il est venu les chercher où elles se trouvaient. Mais j’ai surtout été influencé par Georges Mathieu, un artiste peintre français, un des pères de l’abstraction lyrique. Il a fait le logo d’Antenne 2 et de la pièce de dix francs, dans les années 70. Je suis allé à une expo de lui quand j’étais jeune. Ça m’a vraiment perturbé.

     

    Vous êtes fan de Dark Vador. L’avez-vous peint ?

    Je l’ai peint dans le 19e arrondissement, le casque découpé et le cerveau plein de couleurs pour montrer son côté positif. C’est un superhéros. Il a une part négative mais il ne se résume pas à ça. J’adore ce mec.

     

    Propos recueillis par

    Christophe Cozette

     

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