Outumaoro, côté montagne : un quartier à sauver

    lundi 28 décembre 2015

    La commune de Punaauia a pour projet de rénover le quartier de Outumaoro, qui souffre d’une importante insalubrité, mais avec l’arrivée du futur complexe Mahana Beach, cela devient une priorité. La commune a commencé à entamer des démarches pour rénover le quartier, mais elle compte aussi sur l’aide du Pays, de l’État et des investisseurs pour soutenir son projet de “renaissance urbaine”. En mars 2015, les experts de l’Agence nationale de renouvellement urbain (Anru) ont visité le quartier de Outumaoro pour constater l’insalubrité du secteur. La commune espère qu’elle pourra obtenir le label Anru, ce qui l’aidera à obtenir des financements nationaux et européens.

    Trois mille chambres d’hôtel de 3 à 5 étoiles, des boutiques de luxe, une galerie d’art, un aquaparc, une marina…
    Le 19 décembre, le président Édouard Fritch signait un protocole d’accord pour le financement, la construction et l’exploitation du futur complexe touristique Tahiti Mahana Beach, avec le représentant du Groupement Recas Global Ltd/ China Railway International / R&F Properties, Ivan Ko, et le directeur de Tahiti Nui aménagement et développement, Claude Drago.
    Tandis que le projet Mahana Beach avance à petits pas, la commune de Punaauia s’interroge, elle, sur le devenir du quartier de Outumaoro, côté montagne, qui jouxtera le futur complexe.
    Depuis quelques années déjà, la commune a pour projet de rénover ce quartier qui souffre d’une importante insalubrité, mais avec l’arrivée du futur complexe, cela devient une priorité. “Le fait qu’il y ait un projet de développement touristique juste en face du quartier va forcément augmenter la fracture sociale. Ça devient une priorité d’intervenir sur ce tissu urbain assez dégradé”, explique Mano-Ura Tirao, directeur du développement urbain, à Punaauia.
    En effet, que verront les touristes venus découvrir les paysages “cartes postales” de Tahiti au sortir du complexe touristique ? Un quartier délabré ou règnent la misère et le chômage. Est-ce vraiment l’image que veulent véhiculer le gouvernement et les investisseurs du futur complexe ?
    Pour le maire, c’est une évidence : “On ne peut pas construire un développement touristique côté mer, sans rénover le côté montagne. Ça va dans le bon sens. Ça fait partie du principe du développement durable”, explique-t-il.

    “Une priorité communale”

    La commune a commencé à entamer des démarches pour rénover le quartier, mais elle compte aussi sur l’aide du Pays, de l’État et des investisseurs pour soutenir son projet de “renaissance urbaine”, comme elle l’a appelé.
    Le Pays assure, de son côté, qu’il “dégagera un budget tout spécialement pour l’aménagement de ces quartiers”.
    En fin d’année 2014, le contrat de ville avait contacté les communes de l’agglomération de Papeete pour les avertir que l’Agence nationale de renouvellement urbain (Anru) allait venir en mission en Polynésie française et que chaque commune pouvait soumettre à l’étude de l’agence un quartier prioritaire.
    Punaauia avait alors sauté sur l’occasion en présentant le quartier Outumaoro, coté montagne, sur un périmètre bien déterminé concernant les servitudes Fuller 3, Leeteg et Ganahoa, où vivent plus de 700 habitants, soit 180 familles.
    En mars 2015, les experts de l’Anru sont venus en Polynésie française durant une dizaine de jours pour constater l’insalubrité des différents quartiers présentés par les communes de Papeete, Mahina, Pirae, Faa’a et Punaauia.
    “Le fait que l’Anru soit venue en Polynésie, ça nous permet de braquer les projecteurs sur le quartier de Outumaoro, côté montagne. Projecteurs qui, jusqu’à maintenant, étaient braqués sur le côté mer avec le projet Mahana Beach. Nous voulons profiter de l’émulation de Mahana Beach pour montrer que côté montagne, il y a des gens, il y a un quartier, et que l’on se doit d’investir non seulement sur le côté mer mais aussi sur le côté montagne”, explique Mano-Ura Tirao.
    Au cours de l’année 2016, l’Anru devrait désigner le projet qu’elle traitera en priorité et la commune de Punaauia espère bien que le dossier de Outumaoro sera retenu.
    “L’Anru, c’est surtout une assistance technique, puisqu’elle étudie un projet et donne un label. Si on obtient le label Anru, on est éligible pour obtenir un financement au niveau de l’État, voire même au niveau européen”, explique Mano-Ura Tirao.
    Si elle n’obtient pas le label, la commune assure qu’elle maintiendra son projet. “C’est une priorité communale. On va faire renaître cette zone-là avec l’aide du Pays ou d’autres bailleurs de fonds”, affirme le maire.
    La commune s’interroge également sur la répartition des compétences environnementales liées à l’exploitation du futur complexe touristique et affirme qu’elle sera vigilante sur ce sujet. “On veut bien être une commune accueillante, solidaire, mais on ne veut pas se retrouver dans la même situation que dans la zone industrielle, au niveau de la fiscalité, des nuisances… car aujourd’hui, le développement économique de la zone industrielle ne rapporte rien à la commune. C’est la population de Punaauia qui va subir en premier, alors il faut qu’il y ait un vrai partenariat honnête qui se fasse entre la commune, le Pays et l’État.”

    É.P.

    Plus d’informations dans notre édition du jour ou au feuilletage numérique

    Perspectives de “renaissance urbaine” pour le quartier Outumaoro, côté montagne

    Dans son projet de “renaissance urbaine”, qu’elle est en train d’établir avec l’aide du bureau d’études, la commune prévoit de rénover trois servitudes.
    “On souhaiterait agrandir ces servitudes, pour qu’elles soient accessibles aux camions de sécurité et à ceux de collecte des déchets”, explique le maire.
    Elle compte également mettre en place un réseau d’alimentation en eau potable “digne de ce nom”, un réseau d’assainissement des eaux usées et un réseau d’éclairage public dans le quartier. À l’heure actuelle, le quartier ne possède pas de réel espace public : “L’espace public est sur la voirie, les jeunes se mettent au niveau des abris de bus et traînent. Notre objectif, c’est de récupérer de l’espace pour créer un espace public à l’intérieur du quartier, et ainsi permettre à la population d’avoir un espace de rencontres”, explique Mano-Ura Tirao. Il serait aussi question de refaire une façade commerciale, pour recréer une dynamique et faire un front de protection à la zone d’habitation, plus en retrait.
    “Nous voulons créer de la dynamique économique sur le front routier et redynamiser cet espace en le pacifiant, en lui donnant de l’éclairage et en le sécurisant”, ajoute Mano-Ura Tirao. La commune souhaiterait également récupérer le bâtiment de Géant Casino pour créer un centre d’animation pour les jeunes du
    quartier.

    Des riverains méfiants face au projet ambitieux de la mairie

    “Dans ce quartier, l’habitat n’est pas juste insalubre, il est indigne”, souligne le maire de Punaauia. La commune a fait appel à un bureau d’études spécialisé en urbanisme, Pae Tai – Pae Uta, pour faire un diagnostic très précis de la situation sociale des ménages et de la structure du bâti. “Cela a permis de nous rendre compte que sur 180 habitations, on en a une centaine dans un état de vétusté très avancé. On a aussi un taux de chômage très élevé, notamment chez les jeunes de 15 à 25 ans, qui avoisine les 20 %”, explique Mano-Ura Tirao. De nombreux problèmes de politique urbaine et sociale ont également été identifiés dans ce secteur : il n’y a pas de raccordement au réseau d’eaux usées, le réseau d’eau potable est vétuste, les routes sont trop étroites, difficiles d’accès et parfois organisées en impasses. “C’est pourquoi nous avons aménagé un point de regroupement en face de la police municipale, car nos camions ne peuvent pas accéder au quartier”, explique le maire.
    Des réunions d’information publiques ont également été menées auprès de la population concernée. Si le maire et son équipe municipale assurent que les riverains, qu’ils soient propriétaires ou locataires, sont “très motivés” par le projet, la réalité semble un peu plus mitigée lorsque l’on questionne les gens sur le sujet.
    Si certains s’enthousiasment d’un tel projet, ils sont nombreux à montrer de la méfiance : “S’ils nous reconstruisent une maison toute neuve, il faudra la payer, c’est sûr. Et comment va-t-on faire pour payer, vu qu’on ne travaille pas ?”, s’interroge la famille Porutu, qui habite le quartier.
    “Ils nous ont dit que le jour où ils vont venir reconstruire notre maison, il va falloir quitter les lieux. Ils veulent nous reloger ailleurs le temps des travaux, mais moi, je ne suis pas d’accord, je ne quitterai pas ma maison. Je suis propriétaire, j’ai toujours vécu ici. Ma maison est en bois, c’est moi-même qui l’ai construite. Le problème, c’est que l’on ne peut pas être sûr qu’une fois la maison reconstruite, on va pouvoir revenir vivre là. D’après ce qu’ils ont dit, tout est gratuit, mais ça m’étonne. Un projet comme ça n’est jamais gratuit. Je suis très méfiante. Ils n’ont qu’à construire sur mon terrain, juste à côté de ma maison, avant de la détruire”, propose une habitante de la servitude Fuller 3.

    TETUANUI Monil 2015-12-28 14:56:00
    La passerelle a été construite pour la sécurité. 18 morts parmi lesquels nos enfants qui habitaient c/mer.L'éducation doit aider nos enfants par les leçons de morale... "dire bonjour, se laver les mains, couper les ongles, peigner les cheveux, bien se tenir à table, faire la prière avant de manger et de dormir, respecter les dames et les vieux,, fumer, c'est pas bien, pas de boisson sucré, ni gazeux, faire du sport, avoir une maison propre et une cour propre, ne pas faire du boumboum, donner un futur propre pour nos enfants à commencer par les formateurs, les parents, les tavana, les conseillers" quant aux adultes, c'est à leur risque et péril.... on prête plus facilement pour une voiture que pour une maison... de grâce, ne nous mettez surtout pas dans le même sac... Il n'y a pas de pauvres dans notre pays.... Pardon, il ne devrait pas y en avoir.... C'est le mauvais partage et la mauvaise répartition du budget territorial qui rend les gens pauvres.... Nos gouvernants ne veulent pas soutenir le secteur primaire... 45 millions seulement pour le miel au lieu de 450 millions minimum.. de besoin??? et y en a à dire....
    bass ass 2015-12-28 09:47:00
    Il faut cacher les pauvres des touristes, c'est pas pai jolie les pauvres
    Kaili 2015-12-28 09:26:00
    C''est comme le pont qui a coûté des millions pour qu''ils puissent traverser en sécurité, mais non toujours les mêmes qui traversent par le bas. Mais n''empêche ils ont de belle voitures ses "pauvres", le quartier est à l''image de ses habitants.
        Edition abonnés
        Le vote

        Allez-vous voir Vaiana ?

        Loading ... Loading ...
        www.my-meteo.fr
        Météo Tahiti Papeete