Le papa violeur écope de 12 ans de prison

    vendredi 2 décembre 2016

    justice tribunal

    À la fin de l’audience, la victime a tenu à aller embrasser son père. (© archives LDT)

     

     

    Après avoir enfin fait éclater la vérité à l’issue d’une longue audience où le père avait longtemps nié et minimisé la vérité (lire notre édition d’hier), les jurés, réunis pour le procès d’un homme accusé de viols sur sa fille, se sont retrouvés hier pour les plaidoiries.

    Maître Toudji a pris la parole pour défendre Jennifer*, qui, quelques jours après ses 10 ans et durant trois années ensuite, a subi les viols de son père plusieurs fois par semaine.

    Je vais utiliser mes mots pour dire ses maux”, a entamé l’avocate avant d’assurer que sa cliente avait tous les motifs pour faire preuve de “fierté” après avoir enduré une épreuve de deux ans à répéter et revivre des scènes insoutenables. “Un courage et une dignité” d’autant plus admirables que la jeune enfant a dû faire face aux critiques de son entourage la traitant de menteuse, jusqu’à ce que son père, après deux ans de minimisation, finisse jeudi par “avoir un minimum de dignité et de courage pour dire la vérité”, tout en continuant de dire que les premiers viols n’avaient débuté que lorsque sa fille avait 12 ans.

    “Pour ne pas dire qu’une fille de 10 ans a des envies sexuelles, mais dans son esprit malade, à 12 ans, cela peut tenir la route”, s’est insurgée l’avocate avant de détailler la triple peine infligée à sa cliente : l’enfance fracassée vécue sous la menace et le chantage affectif, une vie familiale qui a volé en éclats avec l’absence de considération et d’empathie de son entourage – “pour eux, c’est elle la honteuse, c’est à cause d’elle, c’est elle qui aurait dû se taire.” Enfin, c’est désormais la victime qui est contrainte de vivre dans un foyer.

    Maître Toudji a ensuite renouvelé ses hommages à Jennifer, sur son avenir qui ne peut laisser de place qu’au “pessimisme”, son côté “dur, c’est ce qui l’a sauvée et ce qui lui donnera peut-être la force de continuer”.

     

     

    Pas l’étoffe d’une mère protectrice

     

     

    Comment peut-on violer la chair de sa chair, voler l’innocence de son enfant ?”, s’est interrogé l’avocat général pour débuter son propos, qui a tenu à déculpabiliser la jeune victime dans un message indirectement adressé à sa famille.

    Elle n’a aucune responsabilité dans ce qui s’est passé, elle n’est pas coupable, c’est elle la victime. C’est la justice qui décide et se charge de juger son père. Elle n’a aucun remord, ni regret à avoir, elle a fait ce qu’elle devait faire.”

    Le représentant du ministère public a fait part de ses inquiétudes sur les déclarations du père, évoquant la possibilité qu’il eut fait la même chose à ses deux autres filles s’il en avait eu envie. “Jennifer a eu raison de parler, sinon, nous aurions peut-être trois victimes aujourd’hui.”

    Balayant d’un revers de la main les témoignages louant le courage et la jovialité du père, il a surtout évoqué un homme habitué à tout avoir, sous peine de faire “une crise comme un bébé lala”.

    Enfin la maman n’a pas été oubliée. “Elle n’avait pas l’étoffe de la mère protectrice et, au lieu de défendre sa fille, l’a écartée.”

    Soulignant les tendances pédophiles de l’accusé auquel le tabou de l’inceste n’a pas été inculqué, le représentant du ministère public a insisté sur la nécessité de le soigner ajoutant aux 12 années de prison requises, trois ans de suivi sociojudiciaire sous peine de voir sa peine alourdie de deux années supplémentaires.

     

     

    Psychiatrie inexistante à Nuutania

     

     

    Ma tâche n’est pas aisée”, a entamé Maître Huguet, l’avocat de l’accusé, qu’il n’a pas voulu uniquement présenter comme cela mais aussi comme une personne inconnue de la justice jusque-là, un homme travailleur, sportif et modèle en matière d’alcool et de paka, mais qui a vécu un dysfonctionnement dans la relation œdipienne, faute d’avoir fait des études, ou au sein de la cellule familiale – seul garçon avec six sœurs – où le père n’a mis la limite, la norme et où l’accusé a dormi jusqu’à ses 14 ans avec sa mère.

    Un terreau incestueux qui s’est accentué avec la promiscuité. L’accusé partageait une maison avec 27 personnes et le même lit avec femme et enfant.

    Il a ensuite rappelé que la peine poursuivait trois objectifs : réprimer, dissuader – “une nuit à Nuutania suffit à dissuader, mon client craint la prison” – et réinsérer. Sur ce dernier point, il a rappelé ce que les experts disaient, à savoir qu’un suivi psychologique serait insuffisant et qu’il fallait entamer au plus vite des soins psychiatriques. “À Nuutania, la psychiatrie est inexistante.”

    Appelé à s’exprimer une dernière fois, l’accusé a une nouvelle fois demandé pardon à sa fille, mais aussi à la société. “Je ne suis pas digne d’être un père”, a-t-il conclu avant de fondre en larmes, les premières de ce procès. Il écope finalement de 12 ans de prison et cinq ans de suivi socio-judiciaire sous peine de prendre trois ans de prison supplémentaires. Il devra en outre verser 3 millions de francs à sa fille et a été déchu de l’autorité parentale sur ses trois enfants.

    Malgré tout, avant qu’il ne parte pour Nuutania, sa fille a tenu à aller embrasser son père et lui remettre une lettre pour lui indiquer son amour, sa demande de pardon pour ce qu’il endure et lui accorder son pardon pour ces années de cauchemar, et cette entrée gâchée vers l’âge adulte.

     

     

    F.C.

    *Le prénom a été changé afin de préserver l’anonymat de la victime.

     

     

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