Papeete – Les quartiers prioritaires initiés à la mécanique

    samedi 23 janvier 2016

    K Six jeunes de Temauri Village, à Titioro, ont été initiés cette semaine à la mécanique, dans le cadre d’une action de la mairie de Papeete, financée par le contrat de ville.
     Prévention routière, réparation de leur scooter… L’objectif est aussi d’offrir de nouveaux horizons aux jeunes déscolarisés et sans emploi de Titioro, mais aussi de La Mission, de Vainiore et d’Estall. Si les premiers contacts ne sont pas toujours évidents entre
    ces quartiers prioritaires et les autorités, certains jeunes font preuve d’une profonde motivation qui a bluffé, hier, le tavana Michel Buillard.

    “On prend notre pied !” Hier, six jeunes de Temauri Village ont profité à fond de leur dernier jour d’initiation à la mécanique à l’école Auto formation polynésienne. De lundi à vendredi, ils se sont pressés dans le petit local de Taunoa, plongeant leur nez dans les schémas de moteurs et leurs mains dans les boulons, les cylindres et les culasses entreposés dans l’arrière-cour du centre.
    Ces 30 heures, validées par la délivrance d’une attestation, ont suffi à rendre “jaloux” leurs copains du quartier. “Mais c’est dommage que ça n’ait pas été plus long…”, lâchent-ils en chœur (lire ci-dessous).
    C’est Martin, l’un des référents de Titioro, qui leur avait fait passer le mot au sujet de cet atelier initié par la ville de Papeete. Financée à 100 % par le contrat de ville (1,2 million de francs), l’action intitulée “la mécanique comme outil de prévention” est destinée aux jeunes de 16 ans et plus, issus des quartiers prioritaires de la capitale, actuellement déscolarisés et sans emploi.
    Les objectifs sont multiples. “La mécanique, c’est un peu le prétexte pour faire passer de manière ludique tous les messages de prévention sur le port du casque, l’alcool et la drogue au volant, etc.”, explique d’abord Jean-Baptiste Raynal, chargé de développement territorial à la mairie de Papeete, connu sous l’acronyme JB dans les quartiers.
    Au-delà, “on vise de préférence ceux qui sont motorisés, pour qu’ils apprennent à entretenir eux-mêmes leur moyen de locomotion et qu’ils gagnent en mobilité”, ajoute-t-il. “Ils arrivent avec leur scooter ou leur voiture : les pneus sont lisses, il faut changer les freins…”, raconte le formateur Yves Jaeger. “Alors on leur explique tout, le pourquoi du comment.”
    Tommy, 20 ans, a ainsi pu réparer une Audi 80, qu’il a essayé, en vain, de revendre hier au tavana ! “Ces jeunes m’ont agréablement surpris”, a réagi Michel Buillard, qui était venu leur rendre visite. “Moi, je ne suis pas mécanicien, donc ils ont voulu me bluffer !”
    Le maire s’est félicité de l’image positive dégagée par des garçons et des filles décomplexés et malins, qui “contraste avec celle de la violence et des bagarres de rues que l’on a vues ces derniers temps”.

    Un premier contact avec Estall

    Au total, entre janvier et février, cinq petits groupes issus des quartiers prioritaires auront bénéficié de cette initiation. La Mission, Puatehu, Vainiore… et même Estall, qui a ouvert le bal avant Temauri Village.
    “Ça a été difficile, les jeunes d’Estall ne voyaient pas vraiment l’intérêt. Mais quatre sont quand même venus, c’est déjà bien”, raconte le tavana. “C’est une première occasion pour discuter avec vous et voir ce que l’on pourra faire ensuite ensemble”, leur a lancé Jean-Baptiste Raynal, conscient qu’à défaut de maison de quartier ou de plateau sportif pour leurs enfants, les familles d’Estall se sentent délaissées.

    L’initiation à la mécanique aura déjà permis de les sortir de leur quartier. “Renforcer le lien social, c’est un objectif qu’il ne faut jamais perdre de vue”, souligne Michel Buillard, qui souhaite, à terme, une véritable réinsertion socioprofessionnelle.
    Les éléments “susceptibles d’aller plus loin”, parce qu’ils ont la volonté et la compétence, seront accompagnés, promet la mairie, vers une formation qualifiante ou vers les entreprises. À défaut d’être devenus mécaniciens en une semaine, ils pourront faire de la petite réparation, sur les engins des parcs et jardins par exemple.

    Marie Guitton

    “Ça motive, on fait attention à nous”

    Martine Mauahiti, 28 ans, a suivi une formation cuisine au centre de formation pour adultes. Tommy Lai Koun Sing, 20 ans, a obtenu un BTS d’assistant de gestion. Niua Tiatoa, 20 ans également, s’est orienté vers la comptabilité à sa sortie du régiment du service militaire adapté. Mais comme beaucoup de jeunes de leur quartier Temauri Village, à Titioro, ils n’ont toujours pas trouvé de travail…
    “Dans la société en ce moment, si t’as que le bac, on dit que t’es pas compétent, et si t’es trop diplômé, on dit que tu coûtes trop cher…”, s’agacent-ils. Alors, pour éviter de zoner toute la journée, et “pour avoir des connaissances en mécanique, utiles au quotidien”, ils ont accepté sans hésiter de suivre pendant une semaine une initiation proposée par la mairie de Papeete à l’école Auto formation polynésienne de Taunoa.
    Moteur 4-temps, 2-temps, outillage, gestes de sécurité routière… “Le formateur explique bien, on est très motivés”, s’enthousiasme Niua. Dans le quartier où ils ont grandi, les copains sont “jaloux”. “Il y a d’autres jeunes qui veulent venir. À la fin, tu as l’attestation, ça peut toujours aider à créer ton entreprise à défaut de trouver du boulot.”
    À ce stade toutefois, l’initiation théorique et manuelle d’une semaine qu’ils ont suivie ne leur permettra que de faire de la “petite réparation”. “Aujourd’hui, si t’as pas un ordinateur pour dialoguer avec le calculateur, tu peux rien faire”, explique Yves Jaeger, leur formateur. “Mécanicien est un métier qui demande des compétences beaucoup plus pointues, axées sur l’informatique et l’automatisme. Il faut au moins un CAP si tu veux te mettre à ton compte.”
    Hier, la visite du tavana en personne a donné du courage aux jeunes. “Ça motive, on fait attention à nous”, se réjouit Martine, qui regrette que son quartier souffre d’une mauvaise image à cause de “trois ou quatre jeunes”. “S’il faut aller plus loin en passant par une formation qualifiante pour faire de la mécanique, on prend !”, conclut Niua.

     

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