Habillage fond de site

Papenoo (Nivee) – Un stockage de 300 tonnes de gaz qui inquiète

samedi 27 avril 2019

C’est sur le domaine de Nivee, sur une plateforme non loin de l’incinérateur, que devrait être réalisé un projet de stockage de 300 tonnes de gaz liquéfié et d’une station de remplissage de bouteilles. JL Massinon /DR

C’est sur le domaine de Nivee, sur une plateforme non loin de l’incinérateur, que devrait être réalisé un projet de stockage de 300 tonnes de gaz liquéfié et d’une station de remplissage de bouteilles. (JL Massinon /DR)


Le projet de stockage de 300 tonnes de gaz sur le site de Nivee fait débat dans la commune. Beaucoup contestent le fait que l’enquête publique se soit déroulée à Tiarei, alors que le projet est envisagé à Papenoo. Les associations de l’environnement s’opposent à la réalisation d’un tel projet.

On aurait voulu que personne ne s’exprime sur le sujet qu’on ne s’y serait pas mieux pris ! Deux mois après la fin de la consultation commodo-incommodo portant sur l’implantation d’un dépôt de gaz sur le site de Nivee, beaucoup se demandent encore pourquoi la mairie de Tiarei a été désignée comme siège de l’enquête publique ? Car le projet concerne la commune de Papenoo ! En allant déposer le cahier de doléances à la mairie principale de Hitia’a o te ra, là-bas au Pk 28,5, on savait pertinemment que les résidents de Papenoo, qui vont subir les nuisances, renonceraient à aller jusqu’à Tiarei pour se prononcer sur ce sujet, pourtant explosif.

Les riverains de la vallée de Faaromai (Trois cascades à Tiarei) ont-ils même été prévenus qu’ils n’étaient qu’à 750 mètres, à vol d’oiseau, d’un futur stockage de plus de 300 tonnes de gaz liquéfié et d’une chaîne de remplissage de bonbonnes ?

 

Deux ou trois doléances seulement

 

Les mauvaises langues racontent que la commune de Hitia’a o te ra aurait soutenu le projet dans l’espoir que le siège social soit inscrit… à Tiarei. Ce n’est pas le cas. Aussi le conseil municipal aurait envoyé un courrier au président Fritch pour voir si le projet était conforme au Plan d’aménagement et de développement durables (PADD). Mais loin des manœuvres de politique politiciennes, certains élus n’ont pas caché leurs craintes.

Résultat, en un mois de consultation, il n’y aurait eu que deux ou trois doléances écrites. Il ne nous a pas été permis de les lire. Mais on dit que l’une d’elles émane d’un propriétaire qui s’était vu exproprier. Si l’opération était à l’amiable, l’ex-propriétaire dénonce aujourd’hui le détournement de l’usage qui n’a plus rien à voir avec l’objet de l’expropriation. Il était question de la création d’un CET à l’époque, et il n’a jamais été question d’y mettre un stockage de gaz. Interrogés ces derniers jours, des éleveurs de la commune, qui n’étaient pas plus au courant de ce projet que les riverains, espéraient que le gouvernement réponde d’abord à leurs demandes de réalisation d’élevages de porcs. Loin de toutes habitations, la zone se prêterait à cette activité.

Il y a plusieurs mois, lors d’une visite du président Fritch sur le site, on voyait effectivement apparaître, sur un plan, trois emplacements possibles de porcheries. Il y avait même été répertorié le projet de crématorium en amont du domaine.

 

Les associations s’emballent

 

Si le gaz est naturellement inodore, ce projet de dépôt chatouille malgré tout les narines des associations deprotection de l’environnement. Remontées contre cette méthode de consultation, elles dénoncent un camouflet : “Le projet est dans la commune de Papenoo alors la consultation aurait dû être organisée à Papenoo, comme cela se fait traditionnellement.” Beaucoup comprennent que c’est avant tout une affaire commerciale.

Les associations que nous avons rencontrées sont globalement contre le projet. Elles craignent vraiment les dangers que pourrait générer un tel projet. Alors que par le passé, elles avaient fini par accepter un projet de centre d’enfouissement, les associations sont inquiètes de la quantité de gaz qui pourrait être stockée aux portes du village. Elles sollicitent la tenue d’une réunion publique par le promoteur pour que la population soit clairement mise au courant du projet et afin que les riverains se prononcent en toute connaissance de cause. Elles envisagent d’écrit au président pour s’opposer à ce stockage et stopper la procédure de demande d’autorisation.

Contacté par téléphone, un responsable de Pacific Gaz n’a pas souhaité répondre à nos questions.

 

LDT

 

Les associations vent debout contre le projet

(© Jean-Luc Massinon)

(© Jean-Luc Massinon)

Contre !” Après un tour de table, les membres des associations présentes (l’association Tou fenua tou ora no te ao maohi, Mara ara te haa fenua no Papenoo, Toa Tupuai no Papenoo et association des héritiers Titohi Arue) ont réagi unanimement au projet. Ils ne veulent pas de ce stockage de gaz. Vincent Maono, leur porte-parole explique que les associations ne sont pas d’accord, ni sur la forme ni sur le fond.

 

Pourquoi les associations ne se sont pas mobilisées lors de l’enquête ?

“Nous ne sommes pas allés à Tiarei, car nous avions la certitude que le maire de Papenoo pouvait faire venir le cahier de doléances à la mairie de Papenoo. Ensuite, nous avons été pris de court. Nous ne comprenons pas que le dossier ait été envoyé dans une zone qui n’est pas concernée. Nous n’avons pas compris également que le commissaire enquêteur persiste à ce que ce cahier de doléance reste à Tiarei. Je pense que c’est là une erreur de présentation. Comment voulez-vous que la population soit réellement au courant ? Quatre-vingt dix pour cent de la population se déplace en bus ici.  C’est déjà dur d’aller en ville, alors, les gens ne vont pas aller à Tiarei. Chaque projet qui concerne Papenoo était présenté à Papenoo, alors pourquoi avoir fait ça ? C’est pour berner la population et les associations ? Cette enquête a été bâclée pour que le projet puisse passer. Nous voulons que le projet soit présenté ici à Papenoo. Car c’est un projet dangereux ; jamais on ne va accepter un tel projet ici chez nous !”

 

On a fait tout et n’importe quoi à Nivee, c’est son isolement qui laisse croire qu’on peut tout y faire ?

“Non, certains projets sont faisables à Nivee. Mais là, on a un projet motivé par l’intérêt. Ce n’est qu’un commencement. Si on ne réagit pas, il y aura d’autres choses. Ce terrain n’était pas prévu pour ça. On aurait pu y faire un projet agricole. Nous étions aussi d’accord pour la réalisation d’un Centre d’enfouissement technique, mais pas comme ce qui a été fait à Paihoro. Et là, on se retrouve avec un projet pyrotechnique. On sait que le gouvernement a d’autres projets, mais avant de lancer quoi que ce soit, nous voulons que la population soit correctement informée.”

 

Quelle est votre position ?

“Concernant ce projet, il n’y a pas d’alternative, nous y sommes tous opposés, au regard des dangers potentiels. D’après nos connaissances, le risque est inimaginable. Il semble qu’il faudrait être au moins à 7 kilomètres pour être en sécurité.”

 

Ce qu’il faut savoir

Pour Nivee, le gouvernement a en réserve des projets de porcheries, et celui du crématorium. Photo JL Massinon

Pour Nivee, le gouvernement a en réserve des projets de porcheries, et celui du crématorium. (Photo JL Massinon)

 Le projet

C’est la société Pacific Gaz qui est à l’origine de ce projet de dépôt de gaz et de mise en bouteille. En 2016, elle avait obtenu du gouvernement une autorisation d’occuper 18 mois une partie du domaine de Nivee afin d’y mener des études de faisabilité.

 

 L’implantation

Le projet de dépôt de gaz serait implanté au Pk 21 à Papenoo. Il s’agit du domaine de Nivee (Nivee iti et Nivee rahi). Le plateau concerné est situé à la cote 65, identifié par les parcelles AT 10 et 11 (sur le site Otia du cadastre, alors que le dossier fait état des parcelles AT 16 et 17). Il s’agit d’un ancien terrassement qui a permis d’entreposer la terre, les boues et les végétaux suite aux intempéries de 2016 et 2017. Le remblai comble un talweg ; les eaux pluviales s’écoulaient au centre, mais un caniveau a été réalisé bordure Est. Seul l’incinérateur de Nivee se trouve dans rayon de 100 mètres. Il existe une porcherie à 300 mètres. C’est l’isolement du site qui a retenu l’attention des promoteurs.

 

Le dépôt

Le site est principalement destiné à accueillir des containers mobiles. Les zones de stockage comprendront 5 conteneurs propane, 20 conteneurs de butane, des racks de stockage de bouteilles (vides/pleines). Il est indiqué qu’il n’est pas prévu de sphère de gaz (comme à Motu uta). Les zones de travail sont constituées d’un poste de chargement “vrac” pour les camions-citernes, un poste emplissage bouteilles propane (50 par jour) et un poste emplissage bouteilles butane (850 par jour). Le reste sera occupé par un local pompe incendie, un bureau avec vestiaire, et des locaux techniques. Quatre personnes travailleraient sur place.

 

La catégorie

La réglementation établit qu’un dépôt est en catégorie 1 lorsque celui-ci entrepose une quantité supérieure ou égale à 50 tonnes. Le projet est présenté pour une capacité de 320 tonnes. Chaque conteneur contient entre 10 à 12 tonnes de produits. Les installations de remplissage et de chargement de gaz de pétrole liquéfié sont également de catégorie 1.

 

L’état des lieux

Dans le dossier, on peut lire que le site est déjà terrassé. Les études géotechniques réalisées assurent que la portance du site est adaptée stockage et circulation engins. Le site est en aléa moyen à fort pour les mouvements de terrain. Un entretien des talus est conseillé pour assurer
stabilité dans le temps. Si l’inondation du canal n’est pas à exclure, il n’y a pas de risque de submersion marine. Côté faune et flore, il n’y aurait que des espèces envahissantes, des falcata, et une colonie de petites fourmis de feu à 1 km. Le projet ne sera pas visible de la route et les effets sonores de l’activité sont liés aux chargements des camions.

 

 Les dangers

Le dossier technique ne cache pas les dangers de l’activité de stockage et de remplissage d’un produit extrêmement inflammable, en plus, proche d’un incinérateur. Des scénarios d’accidents sont explicités, avec des effets (projection, thermique ou surpression) qui iraient au-delà des limites du site, pouvant atteindre l’incinérateur, la route de ceinture et même la zone d’habitations (Trois cascades). Le rapport détaille les types d’accidents : explosion de bouteille, “feu torche” d’un conteneur, explosion ou “Bleve” (Boiling liquid expanding vapor explosion) avec des fragments projetés dans un rayon de 300 m, ou explosion UVCE (Unconfined vapour cloud explosion) dont la déflagration produit des effets thermiques et de surpression jusqu’à plus de 600m. On peut imaginer l’enfer en cas d’effet domino sur l’ensemble du site, et l’incendie qui va suivre dans la zone. Toutefois, pour rassurer, il est écrit que la probabilité du cas le plus grave est estimée à 1 fois sur 10 000 ans.

Bien entendu, le dossier détaille largement le système de défense incendie, composé de 6 canons à eau pour couvrir les zones, mais aussi des détecteurs de fuite et de flammes. L’alimentation en eau est assurée par un réservoir 400 m3.

 

 L’impact routier

En dehors des scénarios d’accidents, le projet aura un impact sur la circulation, notamment à l’embranchement du domaine de Nivee, mais également sur la route de ceinture. Dans le rapport, on peut lire que l’approvisionnement des conteneurs est lié aux rotations depuis la Nouvelle-Zélande, soit le transport depuis le port de 24 conteneurs tous les 17 à 18 jours. À cela, il faut ajouter 2 à 3 camions par jour pour la distribution des bouteilles, et un camion-citerne de propane en vrac par jour.

 

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