Papeno’o- Une semaine avant Matari’i i raro, Haururu célèbre Rurumira’a

    mardi 17 mai 2016

    Haururu est bien connue, notamment, pour avoir redonné leurs lettres de noblesse aux cérémonies liées aux changements de saison : Matari’i i ni’a, au mois de novembre, et Matari’i i raro en mai.

    Dans le prolongement de la renaissance culturelle des années 1970/80, cette association écoculturelle mène une quête identitaire “pour renouer avec les racines” de la culture traditionnelle. Non dans une perspective nostalgique, mais par conviction que la réappropriation du savoir des anciens, notamment dans leur rapport à la nature, permettrait d’avoir une attitude moins destructrice de l’environnement.

    Depuis 2000, l’association a ainsi créé un “village” dans la haute vallée de Papeno’o, où elle organise stages et animations diverses liés à la connaissance et à la protection de la plus grande vallée de Tahiti.
    Plus de 3 000 enfants des écoles s’y rendent ainsi chaque année. C’est dans cette perspective qu’elle a organisé, samedi dernier, le déroulé d’un “rituel” qui précède traditionnellement la cérémonie de Matari’i i raro, à la veille de rentrer dans une saison plus sèche et plus froide, aux alentours du 20 mai, en relation avec le déplacement dans le ciel de la constellation des Pleïades (Matari’i).

    Symboles “totémiques” des gardiens des anciennes lignées

    Les unu, sortes de totems de bois sculptés qui ont été érigés en novembre sur les marae dont l’association a la charge, sont alors enlevés et couchés, avant d’être mis à l’abri pendant une période de six mois.
    Alors que Matari’i i ni’a, fin novembre, est signe d’entrée dans une période d’abondance saisonnière, avec plus de fruits de la terre et de la mer, Matari’i i raro introduit à une période de restriction, qui pouvait même, autrefois, être une période de disette, tau o’e.

    Lors de l’entrée dans cette saison, explique Yves Doudoute, ancien président et membre de l’association, “les ancêtres et les dieux qui avaient été invités à partager et favoriser l’abondance passée étaient priés de retourner dans le monde du Po, qui n’était pas le monde des hommes”.

    Depuis 22 ans, l’association Haururu a en charge la gestion, l’entretien et l’animation de sites de marae dans la haute vallée de Papeno’o. Samedi dernier, dans l’intimité, elle a organisé la cérémonie Rurumira’a, une semaine avant celle de Matari’i i raro, ouverte au public et qui marquera l’entrée dans une nouvelle saison. L’association poursuit ainsi, dans la durée, son entreprise de réappropriation du patrimoine polynésien et de préservation de l’environnement.

    Dans les temps anciens, chaque famille polynésienne était en relation avec des “gardiens”, représentés sous formes symboliques par des animaux (requins, chenilles, scolopendre…) ou des éléments naturels. Les unu, qui en sont une représentation matérielle, et qui avaient été placés sur les marae, étaient alors rentrés dans l’obscurité d’une maison sans ouverture à la lumière, le Fare Ia Manaha.

    Cette opération était réalisée lors d’une cérémonie spéciale qui a été perpétuée samedi dernier par une trentaine de membres de l’association. Restée le week-end dernier relativement intime – il faut dire que celle-ci s’est paradoxalement déroulée en grande partie sous la pluie – elle sera prolongée samedi par celle de Matari’i i raro, à laquelle sont conviées plusieurs associations et qui est ouverte au public.

    De notre correspondant C.J.

    La cérémonie filmée par une caméra de France O

    Une équipe de la chaîne de TV France O est actuellement en fin de tournage pour la réalisation d’un documentaire de 110 minutes consacré au patrimoine culturel et naturel de la Polynésie. “On met en lumière les associations qui œuvrent à la préservation et à la mise en valeur des marae et de la culture polynésienne”, explique le réalisateur, Raynald Merienne. “Après avoir visité d’autres associations, notamment à Raiatea, on voulait voir le travail qui est mené par Haururu pour cette réappropriation.”
    Le film sera diffusé en septembre.

     

    Des rituels symboliques pour une réappropriation de la culture traditionnelle

    Ces événements ne veulent pas être considérés par l’association comme des spectacles. Ils n’ont donc pas non plus de vocation touristique, même si les touristes peuvent y être acceptés. Ce qui, d’ailleurs, est une opportunité pour eux de mieux apprécier la magie et l’authenticité du lieu. “Il ne s’agit pas non plus d’une reconstitution”, explique Yves Doudoute, et l’association se défend de vouloir en faire une pratique religieuse dans la continuité des croyances polythéistes. “On met en place notre ressenti par rapport, dans ce cas, aux ancêtres, donc aux origines, et de fil en aiguille aux voyages qui ont amené nos ancêtres ici. C’est cette recherche qui est importante. C’est une manière d’aller, au-delà des rituels, vers une réflexion plus approfondie sur le sens de notre existence. La période initiée par Matari’i i raro était d’ailleurs une période où les anciens approfondissaient leurs enseignements”.
    Et celui-ci de préciser, non sans humour : “Si on a réussi à maintenir propres les sites dont nous avons la responsabilité, c’est parce que ces unu nous obligeaient à y venir pour cette célébration, au moins deux fois dans l’année, et donc à les nettoyer. En même temps, ils nous obligent à essayer de rechercher l’origine de nos lignées “totémiques”, en rapport avec notre généalogie… Et je pense que, quand on sait d’où l’on vient, on sait où l’on est et on peut mieux savoir où l‘on va”.
    Dans cette perspective, l’association Haururu travaille actuellement à l’élaboration d’un “centre d’immersion” dans la culture traditionnelle qui permettra une initiation aux savoirs traditionnels dans toutes sortes de disciplines : chant, sculpture, légendes, généalogies, connaissance des plantes, etc. “Pas une vitrine de figuration artificielle, folklorique ou anecdotique…”, précise-t-on encore au sein de Haururu.

        Edition abonnés
        Le vote

        Allez-vous voir Vaiana ?

        Loading ... Loading ...
        www.my-meteo.fr
        Météo Tahiti Papeete