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Le paraha peue : un poisson local tourné vers l’avenir

lundi 9 octobre 2017

paraha peue

Aussitôt pêchés, aussitôt mis au frais ! (© Anne-Charlotte Bouleau)


Il y a quelques années, Tahiti Fish aquaculture s’est lancé dans l’élevage et la commercialisation de paraha peue, poisson plat apprécié des gourmets. Le mois dernier, Sylvain Dupieux et son équipe ont procédé au transfert de deux cages immergées dans le lagon de Vairao. La mortalité à la mise en cage reste le principal enjeu pour la filière, bien que les derniers chiffres de l’entreprise soient encourageants.

Ce matin-là, à la ferme Tahiti Fish aquaculture d’Eddy Laille, une manœuvre importante se prépare. À la faveur du retour du beau temps, Sylvain Dupieux, responsable de production, et son équipe se préparent à procéder au transfert de deux cages immergées dans le lagon de Vairao ; une démarche pour le moins impressionnante, qui s’inscrit dans le cadre du cycle de production du paraha peue, aussi connu sous le nom de poisson lune, ou Platax orbicularis, dans sa version scientifique.  

 

Balade en mer

 

Tout a commencé quelques semaines plus tôt, dans l’écloserie voisine, en charge de la production d’alevins. En deux mois, ces derniers atteignent un poids de forme de 10 grammes, préalable à la mise en cage en pleine mer.

“Ils restent sur le site de pré- grossissement, deux mois et demi, où ils atteignent 100 grammes, puis on les pousse à 700 grammes de moyenne sur le site de grossissement pendant encore quatre à cinq mois, avant de faire les premières récoltes. À la fin de la cage, les plus gros font un peu plus d’un kilo, ce qui constitue une belle croissance”, précise Sylvain Dupieux, passionné par le sujet.

C’est avec une infinie concentration qu’il a supervisé l’opération, laquelle aura nécessité une bonne demi-journée de travail.

À l’aide d’un bonitier et de quelques sangles et cordages, les structures, composées d’une rampe d’accès flottante circulaire de douze mètres de diamètre et d’un filet ajustable de huit mètres de long, sont déplacées en douceur, à une vitesse – quasi imperceptible – de quatre à cinq nœuds.

Plusieurs centaines d’individus entament ainsi un trajet d’un peu plus d’un kilomètre, avec un minimum de stress.

Cette distance entre les deux sites illustre l’enjeu majeur de la filière : diminuer le taux de mortalité.

“Ils sont séparés par la passe Teavarahi qui fait office de barrière naturelle en limitant les échanges. Pour réduire les risques de maladie, on a aussi tendance à espacer les cycles. Idéalement, il faudrait en lancer un tous les trois mois, mais on s’est rendu compte que cette approche faisait augmenter la mortalité des alevins à la mise en cage de façon exponentielle ! Donc, au-delà de deux cycles d’affilée, on met la zone en repos, comme une jachère”, explique Sylvain Dupieux, qui jongle entre continuité de production et limitation des facteurs de risque.

À ce sujet, plusieurs paramètres entrent en compte.

Les recherches se poursuivent, car tous n’ont pas encore été clairement identifiés.

Pour ce faire, Tahiti Fish aquaculture est accompagné par l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) et la direction des ressources marines et minières qui organisent des prélèvements réguliers, notamment lors de la phase de pré-grossissement au cours de laquelle les poissons semblent les plus vulnérables, tout en assurant un suivi de la qualité de l’eau à l’aide d’une sonde.

Avec un taux de mortalité de 15 %, la cage transférée ce jour-là vers le site de grossissement affiche un très bon résultat.

 

Un mode d’élevage sain

 

Peu de temps après le début de la commercialisation, 2012 aura été une année noire, avec 80 à 90 % de mortalité par cycle.

Si la situation est aujourd’hui davantage maîtrisée, l’équipe sait que rien n’est gagné d’avance. Pour autant, le mode d’élevage sain, sans hormones, ni antibiotiques, prôné par la société reste d’actualité.

“C’est une idée préconçue, d’autant que les recherches en ce sens ne sont pas concluantes. Pour l’alimentation aussi, on mise sur la qualité. Elle est importée de métropole, composée de poisson et de céréales, garantie sans produits chimiques”, assure Sylvain Dupieux.

Si ce dernier a connu la distribution manuelle du temps des premières cages, sur l’autre versant de la Presqu’île, au Fenua ‘aihere, côté Tautira, aujourd’hui, chaque structure est équipée d’un distributeur automatique fonctionnant à l’énergie solaire et garantissant une diffusion homogène au cours de la journée.

Pendant quelques secondes, le calme ambiant se trouve ainsi légèrement troublé par la chute des granulés, accordée comme un bâton de pluie.

Deux fois par semaine, et jusqu’à une fois par jour à l’approche des fêtes de fin d’année, la pêche rythme la production selon une technique bien rodée.

Un filet est posé à l’intérieur du parc pour rabattre les poissons d’un côté, en vue de la capture dans une plus petite structure effectuée à l’aide d’une grosse épuisette.

 

Du lagon à l’assiette

 

Aussitôt pêchés, aussitôt mis au frais, les précieux poissons plats ne resteront pas longtemps à l’air libre, à peine le temps d’admirer leur robe argentée, agrémentée de touches de jaune sur les nageoires et de deux traits noirs au niveau de la tête faisant partie des principaux signes caractéristiques de l’espèce. Et, du lagon à l’assiette, il n’y a qu’un pas…

Depuis quelques années, le paraha peue qui était autrefois l’apanage des pêcheurs les plus chanceux, a trouvé sa place sur les étals des magasins, comme à la carte des restaurants.

Grillée, crue ou à la vapeur, sa chair blanche, fine et tendre, se marie à l’envie, entre saveurs polynésiennes, asiatiques et françaises.

Tandis que les ressources naturelles s’amenuisent et que la population augmente, ce poisson s’inscrit en plein dans une démarche de développement durable, tout en restant relativement accessible, avec un prix de 1 500 F le kilogramme en vente en direct.

En 2016, Tahiti Fish aquaculture a commercialisé 21 tonnes de paraha peue, un plafond minimum pour permettre à l’entreprise de tirer quelques bénéfices.

Si la production reste encore difficile à prévoir, ce poisson a plus d’un atout sous ses écailles, continuant de se frayer doucement, mais sûrement, un chemin vers nos tables.

 

A.-C. B.

 

aquaculture tahiti fish passe teavarahi

La ferme Tahiti Fish aquaculture se situe dans le lagon de Vairao, avec deux sites positionnés de part et d’autre de la passe Teavarahi. (© Anne-Charlotte Bouleau)

aquaculture

Chaque cage se compose d’une rampe d’accès flottante circulaire de douze mètres de diamètre et d’un filet immergé ajustable, de huit mètres de long. (© Anne-Charlotte Bouleau)

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Ce matin-là, concentration maximale pour Sylvain Dupieux et son équipe, en pleine manœuvre de transfert. (© Anne-Charlotte Bouleau)

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Larguez les amarres ! Tractée par un bonitier, la cage s’éloigne doucement… (© Anne-Charlotte Bouleau)

aquaculture paraha peue

Sur le site de pré-grossissement, des prélèvements sont effectués régulièrement par les scientifiques qui tentent de solutionner les problèmes de mortalité à la mise en cage. (© Anne-Charlotte Bouleau)

paraha peue aquaculture élevage

Deux mois et demi après leur arrivée dans le lagon, ces jeunes paraha peue avoisinent les 100 grammes. (© Anne-Charlotte Bouleau)

paraha peue

Un beau spécimen de paraha peue, d’un kilo environ. (© Anne-Charlotte Bouleau)

paraha peue aquaculture

En 2016, l’entreprise a commercialisé 21 tonnes de paraha peue, entre vente en direct, grandes surfaces et restaurants. (© Anne-Charlotte Bouleau)

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