Paul Chichong tente, en vain, de créer un musée pour sa collection de tableaux

    mardi 22 mars 2016

     Paul Yeou Chichong, 82 ans, a récemment quitté les affaires. Aujourd’hui retraité, il possède plus de 350 toiles de maîtres, dont cinq Gauguin. Malheureusement, État comme Pays restent insensibles à l’idée d’un grand musée d’art, qui attire des centaines de milliers de touristes dans le monde.

    Découragé. Paul Yeou Chichong, 82 ans, qui a cédé récemment Renault-Sodiva à sa garde rapprochée (lire La Dépêche de Tahiti du 16 janvier, “Paul Yeou Chichong passe la main de Sodiva à ses collaborateurs” ), a tout entrepris et a tout réussi. Ou presque.
    Il s’est fixé trois missions, à savoir écrire le livre de sa famille et son épopée de self-made-man sino-polynésien (en cours), “offrir” (plus de) 100 millions de francs pour aider les familles de personnes handicapées (en cours avec un comité de cinq sages qu’il a récemment mis en place), mais seul son projet de musée d’art ne prend pas forme depuis des lustres, ce qui semble le décourager.
    Le fonds existe. L’homme d’affaires possède plus de 350 toiles, la plupart de maîtres. Cinq Gauguin – deux de l’époque Tahiti, deux réalisées à Pont-Aven et une peinte à Paris), plusieurs Renoir, un Monet, mais aussi des toiles de Buffet, de Brueghel, de César (la seule œuvre tahitienne de l’auteur du trophée du cinéma français), de Magritte, ainsi que des toiles de peintres plus contemporains comme Miro, Picasso, Dali, Keith Haring et même Path 1, récent vainqueur de la compétition de fresques Ono’u, l’art contemporain, auquel le collectionneur de Pirae croit beaucoup, avec l’art aborigène, les deux tendances fortes du marché de l’art.
    Fiu des tags, Paul Chichong a même orné les portails de sa maison de fresques aux initiales PYC, du plus bel effet.
    “On vient de me proposer une sérigraphie d’Andy Warhol, avec des poissons, que je collectionne. J’en ai déjà une, je lui ai répondu, au téléphone, à quatre heures du matin”, confie Paul Chichong.
    Quel tableau achèterait-il, là, maintenant ? “Celui qui me donnera une émotion”, répond le désormais retraité mais toujours passionné. “Mais je freine. Ma femme m’engueule et de toute façon, je n’ai plus de place.”

    Ses tableaux pourraient attirer des touristes

    Intarissable sur “celui qui a créé la peinture moderne”, Paul Chichong n’est pas le seul à posséder des toiles de Gauguin.
    “Il y a d’autres Gauguin de très grande valeur à Tahiti. À une certaine époque, il y avait onze toiles – et sculptures – du maître, réalisées à Tahiti. Certaines sont estimées à un milliard de francs pièce”, détaille l’ancien patron de Renault, qui a gagné son premier million avec les assurances UAP, au siècle dernier, million(s) qu’il a consacré(s) ensuite à la peinture.  
    Il lit des livres tous les soirs jusqu’à quatre heures du matin, regarde les émissions d’art à la télé, est connu du monde entier tant par les amateurs et collectionneurs que les commissaires-priseurs, possède une collection simplement exceptionnelle, mais il ne manque à Paul Chichong que la forme, le contenant, le musée capable d’exposer cette collection au potentiel touristique non négligeable (lire ci-contre).
    “Où que vous alliez, à Las Vegas, Los Angeles ou Hawaii, tous les hôtels ont un espace pour des collections temporaires ou permanentes comme le Bellagio”, précise Paul Chichong. “Steve Wynn (le concepteur du célèbre hôtel où a été tourné notamment Ocean eleven, NDLR), un grand collectionneur que je connais bien, y met au maximum
    10-12 tableaux, mais un Renoir, un Gauguin, un Picasso, cela attire du monde.”

    “Redonner au pays qui m’a tant donné”

    Malheureux que le Pays et l’État ne sont pas intéressés par son projet, et cela ne date pas d’hier, Paul Chichong croule toujours sur les demandes d’achats, de prêts.
    “J’ai un Monet. Combien de demande d’achats m’a-t-on fait ? Je ne les compte plus, mais je ne le vends pas”, confie l’ex-homme d’affaires. “La semaine dernière encore, une demande est venue de France pour des expositions temporaires, mais aussi permanentes pour l’ensemble de ma collection”. L’une en Alsace, l’autre en Normandie, l’une dans un château, l’autre dans un manoir, appartenant à deux riches propriétaires qui ont flairé le potentiel touristique d’une telle collection.
    “Les collectionneurs me connaissent, Sotheby’s, Christie’s, Drouot parlent de ma collection, 350-400 tableaux, c’est assez rare, mais je n’ai plus de place.”
    Mais surtout, Paul Chichong ne souhaite pas voir ses toiles s’exporter, mais compte bien, avec sa démarche, en faire don au Pays, uniquement. “Je suis Tahitien. J’ai gagné ma vie ici. Il est temps maintenant pour moi de redonner au pays qui m’a tant donné”, estime le passionné d’art. De quoi donner le blues à l’ex-businessman.

    Christophe Cozette

    Gauguin, le peintre de tous les records

    “Le musée en lui-même, c’est entre 100 et 200 millions de francs, Christie’s a estimé ma collection de 4 à 5 milliards de francs, le Pays y est gagnant largement”, explique Paul Chichong. “Et ce n’est qu’une estimation, si on les vend et si un collectionneur est intéressé, un seul tableau peut atteindre ces prix-là”. Bien évidemment, Paul Chichong, incollable sur Gauguin, ne manque pas de citer Nafea Faa Ipoipo ? (Quand te maries-tu ?), une toile peinte en 1892 par Paul Gauguin, qui a atteint la somme record de 300 millions de dollars, achetée par un richissime qatari en 2015. “J’ai l’impression qu’ici, on ne comprend rien ici, qu’on s’en fout”.
    Et pourtant. L’exposition consacrée à Paul Gauguin, qui a eu lieu en Suisse en 2015, a obtenu une fréquentation record. La fondation de Bâle, en charge de l’exposition, a accueilli près de 370 000 amateurs d’art, en quelques semaines seulement. Plus d’une cinquantaine de chefs-d’œuvre du grand maître étaient exposés. À la grande époque, avant qu’il ne tombe en ruine, le musée Gauguin attirait 75 000 visiteurs chaque année, soit près d’un touriste sur deux.

    D’échec en échec…

    “Depuis dix ans, on me dit : “On n’a pas de sous, on verra plus tard”. J’étais fiu, j’ai décidé de les challenger. Encore maintenant, le ministre de la Culture nous a renvoyés dans nos 22 mètres”, explique Paul Chichong. “Il faudra tout de même faire attention à ne pas faire un musée par le Pays pour chaque collectionneur privé”, a récemment précisé le ministre en question, Heremoana Maamaatuaiahutapu à La Dépêche de Tahiti (édition du 29 février, “Le projet de centre culturel dévoilé par le ministre”). Ce dernier connaît pourtant cette collection inestimable pour l’avoir visitée, il y a quelques années. Des propos décevants pour Paul Chichong, mais le passionné d’art est désormais habitué à ce genre de discours.
    “Autrefois, le consulat chinois possédait un terrain de 4 000 m
    2 juste à côté de l’hôtel Kon Tiki. C’étaient les Chinois de Tahiti qui avaient acquis ce terrain et l’ont offert à la Chine, pour y construire un consulat chinois, mais de la Chine capitaliste, de Formose. Quand de Gaulle a reconnu la Chine communiste, le gouverneur de Formose est rentré et la Chine communiste a débarqué. Mais la justice a donné raison aux Chinois de Tahiti, ce terrain leur appartient, c’est le cas aujourd’hui légalement, mais personne ne s’en occupe”, explique Paul Chichong. Un comité de sept sages avait été nommé pour s’en occuper. Aujourd’hui, le terrain est occupé par deux sans-abri. “Les Chinois de Tahiti, malheureusement, ne sont pas unis. Dommage, ce terrain aurait pu abriter un centre culturel sino-polynésien. Un projet existait, mais est tombé à l’eau”, regrette Paul Chichong.
    Plus récemment, ce dernier a voulu le construire de ses propres deniers, à quelques conditions. “J’ai dit “chiche” devant plusieurs ministres et le haut-commissaire à l’époque, je construis à condition d’avoir la défiscalisation, locale et nationale. Malheureusement, un “musée est un produit culturel qui n’est pas éligible à la défiscalisation”. C’était niet”, se souvient le désormais retraité des affaires, qui a nous a relaté deux de ses nombreux échecs pour implanter “son” musée.
    “Je suis prêt à céder mes tableaux à vie, “à perpétuité”, à condition d’avoir un musée digne de ce nom, ne serait-ce qu’aux normes internationales. Des amis collectionneurs de Tahiti me dissuadent pourtant de m’en séparer”, précise l’intéressé. “Seul le ministre Bouissou semble intéressé, mais me répond “après le Mahana beach”. J’ai 82 ans, ce projet, il y en a pour dix ans au moins, s’il se fait. Serai-je là à 92 ans ? Je ne crois pas”, regrette Paul Chichong.

    BORDES TAHUHUMOANA 2016-03-24 23:03:00
    Ia ora na Mr Chichong

    J'ai peut être une petite idée, si tu es dispo on peut en parler de vive voix
    Mon contact 89 774791
    J'attends ton appel
    Bonne soirée
    Mathius 2016-03-23 10:42:00
    Paulo un fois tu seras mort tes héritiers les donneront pour payer leur droits de successions alors pourquoi tu accuses le pays, adresse toi à tes héritiers ....
    Mathius 2016-03-23 10:38:00
    Tu parles, quel magouilleur celui la , il suffit qu'il transforme sa maison en musée et en faire don au pays ensuite . En realité son problème c'est qu'il ne veut pas payer d'assurance et les experts pour justifier la valeur de sa collection. Paulo tu comptes emmener tes tableaux en enfer ou au paradis de ton pays?
    Ne pourrais tu pas avoir un peu de pudeur une fois dans ta vie?
    umara 2016-03-23 01:55:00
    Si c'est un Matisse je m'appelle da Vinci. Même le Haring est douteux.
    MOOREA56 2016-03-22 21:09:00
    Si les tableaux ressemblent à cela je comprend qu'il est difficile d'être accueillit pour exposer. J'ose croire que le choix n'était pas judicieux de présenter cela,mais c'est vrai que je n'ai pas bon goût.
        Edition abonnés
        Le vote

        Allez-vous voir Vaiana ?

        Loading ... Loading ...
        www.my-meteo.fr
        Météo Tahiti Papeete