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Le Pays envisage pour Papeete la climatisation marine

mercredi 3 avril 2019

swac climatisation papeete

Ce plan indique le périmètre géographique de l’étude et les principaux bâtiments envisagés, dont la liste n’est pas arrêtée. (Illustration : service des énergies et photo : Géocéan)


La climatisation marine, ou Swac (Sea water air conditioning) utilise une source renouvelable et locale d’eau froide située côté océan pour refroidir les bâtiments. Le Pays a lancé un avis d’appel public à la concurrence pour la réalisation d’une étude de faisabilité d’un Swac pour la zone urbaine de Papeete. La climatisation par eau de mer “s’inscrit dans la démarche de transition énergétique”, le Pays visant 75 % de renouvelable à l’horizon 2030.

L’énergie thermique des mers sera-t-elle une réalité pour la zone urbaine de Papeete ? La ministre en charge de l’Énergie, Tea Frogier, a lancé un avis d’appel public à la concurrence pour la réalisation de l’étude de faisabilité d’un système de climatisation par eau de mer des profondeurs (Swac) pour la zone urbaine de Papeete.

Cette technologie permet de réduire considérablement l’énergie électrique nécessaire à la climatisation des bâtiments. Le procédé consiste à utiliser l’eau naturellement froide de l’océan, pompée en profondeur (6°C à des profondeurs comprises entre 800 m et 1 000 m en zone subtropicale).

Le froid est transmis à un réseau de distribution (réseau eau glacée en boucle fermée) grâce à un échangeur thermique.

Les candidats devront faire parvenir, au plus tard quinze jours avant la date limite de remise des offres, fixée au 26 avril, avant 11 heures, une demande écrite au service des énergies.

Le taux de dépendance énergétique de Tahiti et ses îles avoisine 90 % et la quasi-totalité de l’énergie consommée provient de l’importation d’hydrocarbures.

La Polynésie française dit vouloir s’engager dans une démarche de transition énergétique avec l’objectif ambitieux d’atteindre 75 % de production électrique issue des énergies renouvelables à l’horizon 2030.

“Plus de 50 % de la consommation électrique du secteur tertiaire est destinée à la climatisation des locaux. La climatisation par eau de mer figure parmi les énergies vertes développées en Polynésie française”, explique le ministère.

Le service des énergies précise que la Polynésie française bénéficie d’un avantage comparatif du fait de sa géomorphologie. Le récif est proche de la côte, d’où une distance au tombant réduite.

Le domaine considéré occupe une superficie d’environ quatre hectares et un contour de six kilomètres. Selon le cahier des clauses techniques, plusieurs zones sont à considérer.

 

La plupart des bâtiments administratifs

 

D’abord la zone Paofai à l’ouest, depuis l’ex-hôtel Hilton de Faa’a jusqu’au projet de centre culturel. Ensuite, l’avenue Pouvana’a a Oopa, comprenant de nombreux bâtiments administratifs du Pays et de l’État, ainsi que le bâtiment du Conseil économique social et culturel (CESC).
Enfin, le centre Vaima et alentours, incluant le siège de l’Office des postes et télécommunications (OPT), le Fare Tony, ainsi que l’agence cathédrale de la Banque de Polynésie.

L’étude est décomposée en deux phases : une évaluation des besoins frigorifiques et des coûts de production associés des bâtiments cibles, ainsi qu’une étude de faisabilité technique et économique d’une installation Swac pour alimenter le réseau de froid urbain.

La présidence, la vice-présidence, l’assemblée de Polynésie française, le CESC, les bâtiments administratifs A1 et A2, le haut-commissariat et son bâtiment administratif, ainsi que l’Institut d’émission d’outre-mer (IEOM) doivent impérativement être inclus dans l’étude. Le prestataire pourra au besoin compléter cette liste.

Les sites potentiels seront recherchés parmi les hôtels, les centres commerciaux, les industries, les immeubles de bureaux, les lycées et les bâtiments administratifs.

“Étant donné l’envergure, le caractère innovant et la dimension environnementale d’un tel projet, différents mécanismes de soutien sont envisageables afin de viabiliser sa faisabilité”, précise le service des énergies.

“Il est donc demandé de proposer un montage financier du projet en tenant compte de tous ces dispositifs d’aide à l’investissement et à l’exploitation.”

 

Damien Grivois

 

Jean-Louis Chailly P-DG de Froid de Polynésie : “L’hôpital devrait lancer un appel d’offres”

(© archives LDT)

(© archives LDT)

Votre société dit ne pas comprendre la démarche du Pays. Pourquoi ?

Nous avions proposé, dès 2005, de commencer la distribution d’eau glacée par Pirae, avec la climatisation de l’hôpital et la desserte de plusieurs autres clients sur Pirae et les zones limitrophes de Arue et Papeete pour une puissance équivalente. Après cette première tranche, nous avions prévu d’étendre le réseau sur Papeete, Faa’a et Punaauia.

Les techniciens du Pays, à l’époque, ont critiqué la faisabilité de notre projet. Nous sommes ravis de voir qu’ils ont changé d’avis.

 

La distribution d’eau glacée relève-t-elle du service public ?

Justement non. La distribution d’énergie électrique ou de l’eau potable sont des services publics. Celle d’eau glacée est une activité commerciale du secteur privé. Le président du Pays a d’ailleurs déclaré qu’il fallait que le secteur privé accentue son rôle d’investisseur. C’est le cas de “Froid de Polynésie”, qui investira dans son réseau.

Nous prévoyons également, compte tenu de l’importance du chantier, de réaliser une usine pour fabriquer localement les conduites. Ceci permettra, pour les autres projets de réseaux frigorifiques mais aussi pour l’assainissement, ou les aménagements hydroélectriques, de disposer de conduites à des coûts plus économiques que l’importation.

 

Allez-vous répondre à l’appel d’offres ?

Non, notre société est là pour faire des investissements de développement économique et les faire fonctionner, et non pas profiter de fonds publics en se faisant payer pour réaliser des études dont on voit mal l’aboutissement concret.

 

Qu’est-ce qui a, selon vous, bloqué le projet de “Froid de Polynésie” ?

Notre société a été retenue dès 2008 pour faire le réseau de Pirae, incluant la desserte du CHPF. Sur la base du dossier d’étude réalisé à nos frais, une concession d’occupation du domaine public maritime nous a d’ailleurs été attribuée en 2011.

Suite à un changement de gouvernement, des conseillers techniques se sont unis pour dévaloriser notre projet et inciter le Pays à se substituer à nous. Leur intérêt étant d’obtenir plusieurs marchés de prestations payés par le Pays, directement ou indirectement, comme les faits l’ont démontré.

 

Vous partagez les critiques formulées par l’entreprise Boyer au tribunal ?

On ne peut pas être dans le public pour préparer un appel d’offres, puis revenir dans le privé pour pouvoir y répondre : il y a nettement conflit d’intérêts. On ne peut que s’interroger sur les similitudes et finalités, les intervenants étant toujours les mêmes.

 

Votre proposition pour l’hôpital reste-t-elle d’actualité ?

Oui, nous proposons de fournir l’eau glacée à 50 % de son coût actuel (en électricité), et ceci sans aucune demande de garantie ni intervention financière du CHPF ou du Pays. Soit une économie de 300 millions de francs par an pour l’hôpital. Il est ainsi facile de calculer que l’hôpital a dépensé plus de 2 milliards de francs de trop en électricité depuis huit ans.

Pour les autres clients qui auraient pu être raccordés, un montant presqu’identique aurait pu être économisé. Le CHPF étant un établissement public autonome, la fourniture d’eau glacée relevant du secteur privé, nous demandons qu’il lance un appel d’offres pour s’assurer qu’ils obtiennent bien les meilleures conditions financières possibles.

 

Pourquoi votre offre serait-elle moins chère que celle du Pays ?

Le Pays doit financer en fonds propres ou emprunter pratiquement 100 % du coût du projet et ne desservira que l’hôpital.

Notre projet représente le double en clientèle frigorifique, pour un coût 20 % plus élevé. Notre financement bénéficiera de la défiscalisation métropolitaine, soit 30 % gratuits, répercutés sur le prix du service. Ayant le double de clients, une charge de la dette plus faible, les emprunts Pays et privés étant sensiblement aux mêmes taux, notre prix sera naturellement moins élevé. Le projet peut être mis en service en moins de deux ans.

 

 

EDT Engie appelle “à l’arrivée d’opérateurs énergétiques supplémentaires”

EDT Engie voit-elle d’un œil favorable les projets de climatisation par eau de mer ?

EDT Engie est résolument engagée dans la transition énergétique et encourage tous les projets qui permettent un développement décarboné de la Polynésie.

 

EDT Engie peut-elle se mettre sur les rangs de l’étude de faisabilité ? La réalisation d’un Swac fait-elle partie du champ de compétences d’Engie ou de l’une de ses filiales ?

EDT Engie assure la production et de la distribution d’électricité à Tahiti, ainsi que dans certaines îles, en faveur de plus de 88 000 clients, conformément aux concessions de service public signées avec le Pays et certaines communes.

Aussi, elle vise la poursuite de ces missions en améliorant constamment la qualité du service fourni aux Polynésiens.

 

EDT Engie pense-t-elle que les hausses futures de la demande en énergie seront couvertes par des productions renouvelables ou envisage-t-elle de renforcer à l’avenir sa capacité de production thermique ?

EDT Engie a présenté au Pays son projet industriel jusqu’en 2030, qui contribue à la transition zéro carbone.

Par ailleurs, EDT Engie travaille avec le Pays sur une prévision des nouveaux moyens de production d’énergies renouvelables à Tahiti, qui vont permettre de dimensionner l’utilisation, en base, des capacités de production thermique.
EDT devra maintenir en état de fonctionnement un parc de production qui assurera la continuité du service public en cas d’aléas climatiques (sécheresse, mauvais temps, etc.).

Enfin, EDT Engie soutient les démarches d’efficacité énergétique qui permettent de maîtriser la consommation d’électricité.

 

Que pense EDT Engie de l’objectif affiché par le Pays de 75 % de renouvelables à l’horizon 2030 ?

EDT Engie met en oeuvre l’excellence opérationnelle de ses équipes afin d’atteindre les objectifs du Plan de transition énergétique de la Polynésie, en plein partenariat avec le Pays, et en appelant à l’arrivée d’opérateurs énergétiques supplémentaires sur le marché, afin que les Polynésiens puissent profiter au plus tôt d’un progrès harmonieux.

 

GeoceanTetiaroa

Les travaux de Géocéan Entrepose de construction d’une prise d’eau profonde pour le Swac de Tetiaroa.

Principe SWAC

L’énergie thermique des mers est un procédé permettant de produire de l’énergie grâce au différentiel de températures entre les eaux chaudes en surface et les eaux froides en profondeur. (© DR)

SWAC Froid de P. Vue globale 3D V8

À Pirae, “Froid de Polynésie” propose de fournir l’eau glacée à 50 % de son coût actuel en électricité, sans demande de garantie ni intervention financière du centre hospitalier ou du Pays. (© Froid de Polynésie)

Joël MOUX

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