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Pêche aux Marquises – Eugène Degage défend le projet

mercredi 24 mai 2017

eugène degage tutu tetuanui

Tutu Tetuanui (à gauche) et Eugène Degage, les deux porteurs du projet de pêche aux Marquises. (© Christophe Cozette)


Le projet de pêche porté par la Communauté de communes des îles Marquises (Codim) fait couler beaucoup d’encre. Une flotte de plus de 100 navires de pêche est envisagée, à terme. Les deux porteurs du projet, Tutu Tetuanui et Eugène Degage nous en disent plus.

Ils ont la pêche. Tutu Tetuanui et Eugène Degage, qui portent à eux deux le projet marquisien de la Codim “Toa Hiva Marquesas fisheries project”, qui enthousiasme ou inquiète comme nous l’avions écrit dans nos colonnes, vendredi  19 mai.

Les deux hommes ont voulu répondre à leurs détracteurs mais nous ont aussi dévoilé quelques détails de cet ambitieux projet, 100% polynésien. La Dépêche de Tahiti a rencontré les deux entrepreneurs, hier matin, à Fare Ute.

Des voix s’élèvent contre ce projet d’envergure et une pétition a été mise en place et à déjà récolté 1 700 signatures (électroniques) contre ce dessein.

“Ils se trompent de cible”, attaque d’entrée, Eugène Degage. “Ils s’appuient sur Hélène Bourges (chargée de campagne pour Greenpeace, NLDR) qui proscrit la pêche avec des senneurs (pêche au filet tournant), lesquels attrapent toutes sortes de poissons et de mammifères, notamment dans des catégories protégées comme les tortues, les dauphins, qui sont ensuite rejetés à la mer”, explique Eugène Degage, ancien pêcheur, avant de s’attaquer au transport maritime, sur la ligne Tahiti-Moorea.

“Mais, continue-t-il, Hélène Bourges encourage la pêche à la palangre, et chez nous, les Polynésiens, c’est la pêche à la palangre. On va dans ce sens. Les pétitionnaires sont quelque part malhonnêtes. Ils ont tout mélangé, peut-être pour se faire connaître.”

Son associé, Tutu Tetuanui, est confiant. “Ce qui est sûr aujourd’hui, c’est que les élus des Marquises sont favorables au projet. C’est un processus de travail qui a duré deux ans avec eux, sur le terrain. Pour les opposants ou les inquiets, nous allons encore faire des réunions d’information.
Le Pays soutient ce projet. Le président, comme les ministres et le gouvernement, souhaite atteindre les 12 000 tonnes pêchées. Avec ce que nous proposons, on se rapproche de cet objectif”, assure Tutu Tetuanui.

Pas de pêche sans flottille. Il y a deux nouvelles sociétés qui vont être mises en place. Une pour les bateaux neufs, Tatumu qui signifie Big Eye  (thon obèse en français), qui va comporter plus de 30 bateaux de 13 mètres, des bonîtiers spécialisés pour le thon et des bateaux de 15 mètres, qui pourront aller plus loin jusqu’à 100 nautiques soit 24 navires.

À côté de cela, la société Big Eye va construire douze bateaux de 24 mètres et six bateaux de 50 mètres. Ces derniers seront classés en 1re catégorie, c’est-à-dire qu’ils ont le droit d’aller pêcher en dehors de la zone économique et ce sont des surgélateurs, détaillent les deux hommes (lire ci-dessous).

Une partie des bateaux existe et proviennent de l’ex SEM Tahiti Nui Rava’i. Ils sont au nombre de sept et sont en cours de réhabilitation.
Le reste de la flotte envisagée (lire ci-dessous) est en cours de commande et sera entièrement fabriquée en Chine.

“On ne peut malheureusement pas construire autant de bateaux ici en si peu de temps. Et, nous devons aller vite”, détaillent de concert, les associés.

Les bateaux restent à construire, mais les premières exportations sont envisagées pour 2018. Une partie de la flotte devrait néanmoins être opérationnelle, courant septembre.

L’objectif est d’arriver à 3 000 tonnes par an. Soit, environ 10 tonnes par jour. “Les 3 000 tonnes ne seront pas exclusivement pêchées dans la zone des Marquises, mais aussi en dehors. C’est ce que nous serons capables de faire avec cette flotte de bateaux agréés”, s’enthousiasme Eugène Degage.

“Ce seront les premiers bateaux polynésiens à sortir de la zone économique, pour suivre le poisson aussi”, se félicite ce dernier.

Les associés parlent de campagne de pêche vers Clipperton, par exemple, pour illustrer leurs propos. En effet, il y a deux marchés visés par les deux hommes, le frais et le congelé (-60°C, soit qualité sashimi).

“La qualité sashimi nécessite également des délais très courts. C’est-à-dire, précisément un maximum de 14 jours entre le jour de pêche et la vente sur l’étal. Or, aujourd’hui, il faut cinq jours de Tahiti pour y aller et cinq jours pour revenir, pour cinq jours de pêche. On est déjà à 15 jours. On est hors délai, d’où la nécessité d’inventer notre projet. Avec celui-ci, en moins de six jours, on est sur le marché international”, précise Tutu Tetuanui.

En effet, un des avantages promu par les associés est dû au fait que les bateaux sont positionnés aux Marquises. “En 10 heures, ils sont sur le lieu de pêche alors qu’il faut cinq jours pour y arriver de Papeete”.

Nana les longues campagnes de pêche.

À peine pêché, déjà envolé. Cette production journalière équivaut à deux avions Air Tahiti, transformés en cargo. Les associés discutent avec la compagnie le coût du fret, en ce moment.

La marchandise sera acheminée à Tahiti, entreposée à l’aéroport de Tahiti-Faa’a dans des frigos dédiés, avant d’être exportée à l’international, pourquoi pas le soir même, selon les vols en partance.

Les marchés visés sont l’Asie,“et la Chine, clientèle en plein essor”, selon Eugène Degage, le Japon et les États-Unis.

Pas de bateaux, pas de poissons, pas de marins. Ce sont 600 emplois directs à terme qui devraient être créés aux Marquises — et pour les Marquisiens prioritairement — selon les associés (lire encadré).

Un protocole d’accord devrait d’ailleurs être prochainement signé avec les différents maires des Marquises, dans ce but. Et logiquement, l’ensemble de cette flottille devrait être répartie sur les six îles habitées de l’archipel.

Et c’est un investissement 100 % « polynésien”, assurent en chœur, les deux hommes. Chaque marin sera payé 95 000 F par mois, comme l’impose le statut, plus une quote-part selon la pêche.

“C’est une belle opportunité pour les gens de se construire un avenir aux Marquises » avec des salaires de 200 à 250 000 F et plus de deux fois plus pour un capitaine”, dévoile Eugène Degage.

Et l’objectif de 3 000 tonnes annuelles reste somme toute plus que raisonnable face aux pêches plus qu’industrielles des pays de la région (lire ci-dessous). Alors qui a encore peur de ce projet ? 

Christophe Cozette

 

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