Pêche hauturière, une nouvelle stratégie qui tient compte des erreurs passées

    jeudi 7 avril 2016

    “En 2015, j’ai procédé à, n’ayons pas peur des mots, un assainissement du secteur, notamment industriel avec la fermeture de Tahiti Nui Rava’ai, une page de l’histoire de la pêche que nous avons souhaité fermer avec le gouvernement. Il y a eu de bons et mauvais côtés avec cette action volontariste des années 2000 qui a consisté à acheter un peu à marche forcée un certain nombre de navires en Chine dont on connaît les déboires. Ils ne répondaient pas aux attentes des professionnels. Maintenant il s’agit de savoir comment on construit l’avenir.”
    La semaine dernière, en conseil des ministres, Teva Rohfritsch présentait son projet de schéma directeur de la pêche hauturière. Grâce au soutien de l’agence française de développement (AFD), un expert est venu rencontrer les professionnels de la pêche et toutes les instances qui œuvrent dans le secteur pour déterminer les termes de référence qui seront mentionnés dans l’appel à candidature pour écrire ce schéma. “Nous avons des idées, bien entendu, mais je souhaitais que ce soit validé par des experts internationaux, de manière à ce qu’ensuite, on puisse arrêter le taux de renouvellement de nos navires. J’ai donc aussi demandé une expertise avec des architectes dans le domaine naval de manière à évaluer la nécessité de renouveler la flotte actuelle. Mais aussi de voir quelle est la marge de progression que l’on peut s’accorder compte tenu du marché local et du volume des exportations et de la croissance de la flotte. Nous avons encore des marges de progression”, explique le ministre de l’Économie bleue.
    Il n’est évidemment plus question de reproduire le schéma connu avec la création de Tahiti Nui Rava’ai. “Il n’est pas question de remonter une structure qui achète à la place des professionnels. L’objectif est de bien doser l’aide publique qu’elle soit locale ou nationale, donc Bercy (ministère de l’Économie) attend aussi ce schéma directeur, de manière à ce que la double défiscalisation s’applique et qu’elle se fasse dans un cadre donné.”
    Un schéma que le Pays entend mettre en place dès le début de l’année 2017. “Les professionnels ne nous attendent pas et heureusement. Un certain nombre d’entre eux a déjà démarré avec des projets, que ce soit sur la surgélation, la pêche fraîche et d’autres sur la congélation. Cela commence à foisonner. Il est temps que l’on vienne préciser au travers d’un schéma qui sera conçu avec eux. Lorsque les dossiers arrivent à Bercy, ce sera plus simple de voir si l’on s’inscrit dans une stratégie du Pays.”
    Avec une production fluctuant entre 5 000 et 6 000 tonnes, le Pays ambitionne d’atteindre les 13 000, voire plus, mais en conservant les techniques de pêches actuelles ou tout du moins en excluant les méthodes peu respectueuses de l’environnement.
    “Parmi les enjeux de schéma, il s’agit de décrocher l’écolabel MSC (Marine Stewardship Council) qui permet de positionner notre poisson comme une pêche responsable sur les marchés internationaux. Si nous n’avons pas ce label, nous n’avons pas accès à un certain nombre de distributeurs, notamment en Europe. Ce label est indispensable et, pour cela, il faut aussi un schéma directeur écoresponsable.”
    L’axe formation fait également partie du plan, là aussi pour éviter les erreurs de passé. “C’est aussi ce qui a manqué dans les années 2000, quand on est venu dire qu’il fallait passer des capitaines de bonitier sur des navires semi-industriels. Ce n’est pas du tout la même exploitation, ni le même métier. Aujourd’hui, il y a eu un effet d’expérience. Ceux qui ont survécu à toutes ces années ont un vrai capital d’expérience, cela passe même en phase de transmission aux nouvelles générations. Il y a une professionnalisation du secteur.
    L’autre phénomène que l’on peut constater, c’est qu’il y a une intégration de la filière. Il y a de plus en plus de mareyeurs qui ont acquis des flottilles ou des armateurs qui sont devenus mareyeurs. Ce que je constate avec joie, c’est que l’exportation n’est plus une valeur d’ajustement par rapport au marché local. Jusqu’à aujourd’hui, on exportait ce que l’on ne vendait pas localement. Maintenant, il y a une vraie filière d’exportation, avec des vrais marchés et sur les États-Unis, il y a un vrai potentiel qui est encore sous-exploité aujourd’hui”, complète le ministre.

    F.C.

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