Le père finit par livrer le “pacte secret” fait avec sa fille

    vendredi 2 décembre 2016

    assises

    C’est en écrivant sur un bloc-notes que la victime a réussi à confirmer ses dires durant l’enquête après s’être rangée du côté de son père au début de l’audience. (© Florent Collet)

     

    Un père de famille comparaît depuis hier aux assises pour le viol de sa fille. Durant l’audience, lui et sa fille n’ont fait état que de deux rapports, alors qu’elle en avait dénoncé plus au cours de l’enquête. En fin de journée, le père a finalement avoué avoir scellé un “pacte secret” avec sa fille.

     

     

    À 18 heures, hier, dans la grande salle du palais de justice de Papeete, après dix heures d’audience et une énième question de l’avocat général lui donnant une dernière chance de donner la vérité, Albert* finit par avouer. Il avait fait un pacte avec sa fille aujourd’hui âgé de 15 ans. Alors que les rapports imposés ont eu lieu plusieurs fois par semaine pendant près de trois ans, débutant quelques jours après les 10 ans de Jennifer*, le père, par ce pacte, souhaitait que si les faits étaient connus, sa fille ne parle seulement que de deux rapports. Il aura presque réussi son objectif.

    Juillet 2014, la petite sœur de Jennifer vient voir sa maman pour lui dire qu’elle a vu sa grande sœur nue dans le lit avec son papa “faire des choses sexuelles”. Vivant seule ce drame, Jennifer multiplie les fugues et les bêtises à l’école, un moyen d’expression selon les psychiatres pour exprimer son mal-être. Mais dans la famille où les rumeurs d’inceste bruitent déjà, Jennifer est prise pour une fille agitée et menteuse.

    Une réunion familiale plus tard, la mère décide de confier sa fille à l’une de ses sœurs expliquant notamment que sa fille a pris sa place dans le lit conjugal. Le rôle de la tante sera déterminant pour faire éclater la vérité. Dans son carnet intime, la jeune fille vide son sac et explique les rapports sexuels, les films porno et les fellations imposés par son père. La tante en parle avec sa nièce et finit par porter plainte. Durant l’enquête, la petite fille confirmera ses dires et expliquera les menaces de son père si elle dévoilait ces faits allant jusqu’à la battre ou menacer de se suicider.

    Mais hier, en début d’audience, Albert reste inflexible, il affirme n’avoir eu que deux rapports : le premier pour lequel sa fille était d’accord et le second aurait même eu lieu à la demande de Jennifer.
    Premier rebondissement hier matin, lorsque Jennifer se présente timide à la barre et renie tout ce qu’elle avait dit jusque-là. “C’est comme mon papa a dit. J’avais juste inventé devant les gendarmes parce que j’étais énervée.”

     

    “Ce que j’ai subi, je n’ai plus à le cacher”

     

    Stupeur dans la salle, même les différents experts expliquent que ce genre de cas est fréquent chez les filles violées par leur père, celles-ci cherchant à préserver l’image d’un père aimé. Le portrait qui en est dressé n’est pourtant pas si reluisant. S’il est travailleur et fait tout pour nourrir sa famille, les psychologues font état d’un homme manipulateur, à l’ego surdimensionné. Il considère sa fille comme sa femme ou lui rappelle sa concubine plus jeune, il estime aussi que c’est à lui d’initier sa fille à la vie sexuelle.

    Un flou probablement dû aux rapports entretenus avec sa propre mère avec qui il a dormi jusqu’à ses 14 ans allant jusqu’à lui caresser le ventre et les seins et apprécier respirer ses aisselles.

    Le passage de la maman est aussi très attendu. Mise en examen pour la non-dénonciation de ces viols, elle a finalement été relaxée. Difficile pourtant de sentir dans ses propos un soutien à sa fille, jugeant surtout cette dernière comme une menteuse avant de révéler une nouvelle information qui ne l’avait pas été par l’enquête. “Moi, j’ai été violée par un homme quand j’avais 6 ans et je n’ai pas menti comme ça.”

    Les deux petites sœurs viendront à la barre sans confirmer ce qu’elles auront déclaré durant l’enquête. Au côté de la représentante des affaires sociales, Jennifer n’a jamais paru aussi seule. Elle s’empare d’un bloc-notes et noircit des lignes pendant près d’une heure. Lorsque vient son tour, elle lit ses notes.

    “Ce matin, j’ai menti parce que j’ai eu peur que mon père aille 20 ans en prison et je l’aime quand même.” Elle confirme ensuite que les nombreux rapports chaque semaine indiqués durant l’enquête ont bien eu lieu et conclut : “Peut-être que mon entourage m’en veut de le dire, mais au moins, ce que j’ai subi, je n’ai plus à le cacher.”

    Son père semble décontenancé mais continue à tourner autour du pot avec les questions de la partie adverse. Il demande pardon, admet deux rapports et dit ne pas savoir pourquoi il a fait cela, jusqu’à cette dernière chance tendue par l’avocat général. Avec son conseil, il finit par avouer environ une soixantaine de rapports avec sa fille quand son épouse était absente.

    Aujourd’hui, après les plaidoiries, la cour devra se prononcer sur le sort réservé à Albert qui encourt jusqu’à 20 ans de prison pour le viol de sa fille, une fille dont les enquêteurs de la brigade de prévention de la délinquance juvénile disent que cela en a fait une “mort-vivante”.
     

    Compte rendu d’audience Florent Collet

    * : Les prénoms et lieux ont été modifiés pour préserver l’identité de la victime.

     

     

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