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La perle de Tahiti s’enfonce-t-elle dans la crise ?

mercredi 10 avril 2019

Teva Rohfritsch voulait restructurer la filière. Il a peut-être provoqué un trou d’air dont les perliculteurs vont souffrir plusieurs années. (© archives LDT)

Teva Rohfritsch voulait restructurer la filière. Il a peut-être provoqué un trou d’air dont les perliculteurs vont souffrir plusieurs années. (© archives LDT)


La nouvelle loi censée restructurer la filière de la perliculture semble avoir provoqué une cassure dans le marché. Fin mars, deux ventes se sont déroulées et les perles se sont échangées à 555 francs le gramme. Des producteurs se lèvent pour demander un soutien du Pays face à ce qu’ils appellent une catastrophe qui pourrait durer quelques années.

Récemment, deux ventes aux enchères de perles de culture de Tahiti ont été menées par le GIE Poe o Rikitea. Deux ventes qui se sont avérées catastrophiques, avec un prix moyen de 555 francs le gramme. Une descente du cours qui ne s’est plus produite depuis onze ans et le grand départ de la crise économique mondiale.

C’est donc la plus grande inquiétude pour ces producteurs qui voient se profiler le spectre de nouvelles années noires pour la filière. La faute selon eux à la nouvelle loi de Teva Rohfritsch de 2017, entrée réellement en action en fin d’année dernière, qui autorise désormais la vente de rebuts, et la nouvelle classification avec la création d’une catégorie E.

Une situation qui aurait créé un appel d’air et le départ massif de rebuts vers l’étranger, saturant le marché et cassant le prix au gramme de la gemme. “La dernière vente s’est conclue à hauteur de 555 francs le gramme”, explique Mia Williams, présidente du syndicat Syndicat des Petits et Moyens Perliculteurs de la Polynésie française (SPMPPF). Ce n’était plus arrivé depuis très longtemps alors que la perle se vendait encore en fin d’année dernière à hauteur de 1200 francs le gramme.”

À ses côtés, Marcelle Williams, présidente du GIE Toa Reva complète : “La dernière fois que le prix était aussi bas, c’était en 2008. Récemment, le prix n’a cessé de descendre, et c’est très inquiétant.”

 

La qualité noyée dans la masse

 

Mia Williams poursuit : “Depuis la loi de 2017, tout est commercialisable, y compris les rebuts. Les prix bas sont liés aux tonnes de rebuts mis sur le marché. Des stocks de perle avec moins de 0.8 mm de nacre, achetés très bas. Comme il n’y a plus de contrôles sur la qualité de la nacre, tout peut se vendre. Les bijoutiers chinois travaillent ensuite ces perles de très basse qualité, pour les remettre sur le marché avec l’appellation Perle de culture de Tahiti.”

Il semblerait que depuis l’arrêt de la destruction des rebuts, et la fin des contrôle sur la qualité de la nacre, des perliculteurs aient profité de l’absence de l’installation du Conseil de la perle pour écouler leurs stocks en masse.

Pour mémoire, c’est ce conseil de la perle, composé de différents représentants des métiers autour de la perle, qui doit statuer, non plus sur les quantités et la qualité à exporter, mais sur les quantités à produire, afin de contrôler la filière à sa base et de sanctionner en cas de manquement.

“Aujourd’hui, le marché est saturé”, poursuivent les deux perlicultrices. Les quotas de production ne sont toujours pas arrêtés, et en attendant, les rebuts sont commercialisables… Cette phase de transition va faire beaucoup de tort à la filière.”

Pour elles, comme pour Dominique Devaux, président du GIE Poe o Rikitea, ce temps de latence dans la mise en place de la nouvelle réglementation de la filière risque de plomber les ventes de perles pour les deux, voir trois années à venir.

Alors que l’on sait que Fidji est sur nos talons en matière de production de perles noires de culture et qu’ils s’apprêtent à les appeler “Tahitian Pearls”, les Chinois appellent les rebuts transformés “Perle de culture de Tahiti”. “Cela tue la qualité, on ne la voit plus dans la masse”, conclut Marcelle Williams.

“Il faut que le gouvernement vienne en aide aux producteurs pour affronter la période qui s’annonce et qu’ensemble, on mette en place quelque chose pour sauver les meubles.”

 

Pas tous du même avis

 

Interrogée à son tour sur la question, Aline Baldassari-Bernard du Syndicat professionnels des producteurs de perles, n’a pas la même lecture de ce mauvais début d’année dans ces ventes aux enchères. “Deux ventes catastrophiques depuis le début de l’année, oui, mais ce n’est pas le cas pour tout le monde”, tempère-t-elle. “Les cours sont assez bas, c’est vrai, mais ce sont les Chinois qui font baisser les prix et que le Yen n’est pas au meilleur de sa forme. Dire en revanche que les cours s’effondrent à cause d’exportations massives de perles de basse qualité est totalement faux. Il y a au contraire plus de traçabilité. Prochainement, nous aurons des quotas de production mis en place. Le conseil doit d’ailleurs se réunir prochainement. Enfin, nous saurons combien nous produisons de perles chaque année. Cela n’est jamais arrivé.”

La perlicultrice poursuit, à contre sens des premières. “Nous avons même eu un manque de perles en fin d’année ; rien à voir avec le fait qu’il y en a trop. Et même une fois que les quotas seront fixés, si quelqu’un sort des perles provenant d’ancien stocks, cela sera déduit de son quotas de production.”

Les prochaines ventes aux enchères donneront certainement ma tendance qui va s’établir dans les mois à venir, le temps que la nouvelle loi avec l’application des quotas de production se mette en place. Le problème, les syndicats de perliculteurs et autres organisateurs de ventes de perle sont toujours très frileux à dévoiler leurs chiffres de ventes.

 

Bertrand Prévost

 

Dominique Devaux

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