Perpétuité pour le double assassinat de Tubuai

    mercredi 8 juin 2016

    L’ombre et la lumière. Moins d’un an après le procès en première instance qui avait vu la cour condamner Raiarii Tihupe-Faana à la réclusion criminelle assortie d’une peine de 30 ans, ce procès en appel l’a vu repartir vers Nuutania avec la peine maximale, la perpétuité.
    Les questions centrales à résoudre résidaient dans la préméditation, ou non de ce double crime, mais également sur les capacités de discernement du jeune homme, dans la nuit du 30 au 31 août 2013, lorsqu’il avait poignardé sa mère et sa sœur, respectivement de 10 et 28 coups de couteau.

    Les expertises des psychologues et psychiatres étaient particulièrement attendues pour répondre à la question de l’altération du discernement du garçon âgé aujourd’hui de 25 ans, et qui avait notamment expliqué le premier jour d’audience être “possédé, comme si quelqu’un d’autre avait pris le contrôle de mon corps”.

    Les expertises n’auront pas permis de dissiper tous les doutes. Si pour l’un Raiarii était parfaitement conscient de ses actes, ce ne fut pas le cas pour le second, et l’avis partagé du dernier expert n’a pas permis d’arbitrer avec assurance de l’altération ou non du comportement de l’accusé.

    Pour l’avocat des parties civiles, il ne fut donc pas question d’un Raiarii, chouchou de la famille s’étant senti exclu au profit de sa sœur adoptive, comme l’avait évoqué un expert, mais bien d’un jeune homme ayant accumulé paka et alcool pour se donner le courage de passer à l’acte.

    L’avocat général a lui aussi mis en avant le choix délibéré de l’accusé d’emprunter le chemin menant à ce “destin tragique” alors qu’il avait tout pour réussir : “intelligent” avec des “parents honnêtes, structurés et travailleurs”. Et de reprendre la phrase d’un ami de l’accusé : “C’est rare d’avoir une mère comme ça”.

    Selon l’avocat général, le sentiment de frustration de cette vie manquée a d’abord été évacué par des violences sur les animaux puis contre sa mère qui, “en le réprimandant était loin de se douter qu’elle creusait sa propre tombe”, alors que sa mère cherchait à le remettre dans le droit chemin.

    Quant à sa sœur, Raiarii “a pris une vie de plus, comme si cela n’avait pas d’importance”.
    Pour le défenseur des intérêts de la société, la préméditation ne fait également aucun doute, le jeune homme étant resté trente minutes dans la maison, armé des deux couteaux avant de passer à l’acte.

    L’avocate de l’accusé tentera de convaincre la cour de laisser à son client le bénéfice du doute sur les zones d’ombre entourant le dossier et notamment les avis divergents des experts qui n’auront donc pas convaincu la cour. De même pour la préméditation, “les photos du crime montrent que ce n’était pas réfléchi et organisé, mais bien un acte fou”.
    À l’issue de l’audience, Raiarii Tihupe-Faana aura cette dernière phrase, symptomatique du mutisme décrit par les experts : “Je ne sais toujours pas pourquoi j’ai fait ça. J’ai honte de l’avoir fait”, avant de retourner à l’ombre sans avoir fait toute la lumière sur cette affaire.

    Compte rendu d’audience F.C.

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