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De plus en plus de sans domicile fixe à Papeete

mardi 18 juillet 2017

SDF papeete

Le nombre de sans domicile fixe dans la zone urbaine de Papeete augmenterait chaque année. Aujourd’hui, il y en aurait 750. Mais le “noyau dur” de sans-abri qui dorment tous les soirs dans la rue (entre 200 et 374 selon les comptages) serait stable. (© Florent Collet)


L’agglomération de Papeete compterait 750 personnes sans domicile fixe, dont 400 dormiraient tous les soirs dans la rue. Une population en augmentation, selon le gouvernement et plusieurs responsables d’associations. Ces derniers réfléchissent à la mise en place d’un nouveau centre d’hébergement et de réinsertion. Selon le responsable du Bon Samaritain, ces chiffres seraient toutefois à considérer avec précaution et la Polynésie disposerait déjà les moyens d’agir.

À la demande du ministre des Solidarités et de la Santé, Jacques Raynal, une réunion entre les membres du collectif Te ta’i vevo, rassemblant la Croix-Rouge française, le Secours catholique, l’Ordre de Malte et Te torea (association de prévention spécialisée), s’est tenue, il y a un peu plus d’une semaine, au ministère de la Santé, pour faire le point sur la situation des sans domicile fixe (SDF) à Papeete.

En octobre 2015, ce collectif publiait un rapport sur les personnes à la rue et chiffrait à 450 le nombre de SDF dans la ville, dont une vingtaine de mineurs et quatre familles. Aujourd’hui, ils seraient 750, dont une trentaine de mineurs et six familles.

Interrogée sur cette forte augmentation, Maiana Bambridge, vice-présidente de la Croix-Rouge et directrice de cabinet au ministère des Solidarités, suppose une sous-estimation du nombre de SDF en 2015 : “Peut-être qu’on n’était pas dans la réalité totale. À l’époque, on avait surtout voulu en savoir plus sur leurs différents profils”, avoue-t-elle.

Pour un autre membre du collectif, le rapport était plutôt “un livre blanc remis au gouvernement pour voir quelle était la situation”.

Mais une chose serait quand même claire, selon eux : celle-ci ne s’améliorerait pas avec le temps. “En vingt ans, le nombre de SDF a été multiplié par dix”, affirme ainsi Maiana Bambridge.

En juillet, un “noyau dur” de 374 personnes est recensé dans le compte rendu de l’Accueil Te Vai-ete, un centre d’accueil de jour géré par le père Christophe. “Ce nombre ne change pas. Ce sont ceux qui ne veulent pas se loger et qui ne sont pas hébergés”, confie le prêtre à La Dépêche.

 

Une action concertée

 

Et à ces sans-abri, qui dorment tous les soirs dans la rue, s’ajouteraient aujourd’hui tout autant de sans domicile fixe aux profils plus variés, d’où le total de 750 avancé.

“Ils sont tous SDF, mais certains peuvent avoir des logements. Ils s’en vont et reviennent”, explique donc Maiana Bambridge.

“Sur les 750, certains ont de la famille, mais ils sont mis à la porte parce qu’ils sont alcooliques”, raconte aussi un autre membre du collectif.

“Ils vont se retrouver à la rue quelques jours, n’ont pas d’adresse à nous donner lorsqu’on les interroge, donc ils sont pris en compte dans les calculs.”

Dépourvus de logement stable, les 750 SDF dont nous parlons aujourd’hui ne sont donc pas nécessairement sans toit et ils peuvent même percevoir des aides de l’État ou un salaire. “Parmi eux, il y a des personnes qui perçoivent des allocations d’adultes handicapés, observe ainsi un membre de Te ta’i vevo. Mais certains devraient être mis sous tutelle ou curatelle parce qu’ils ne sont pas capables d’être autonomes dans les actes de la vie courante.”

Alors, une fois ces différents profils identifiés, que faire ? L’objectif du collectif Te ta’i vevo, réuni il y a dix jours, est la mise en place d’une action concertée pour une meilleure prise en charge des personnes à la rue.

“On a identifié les problématiques, témoigne Maiana Bambridge, avec chacune des composantes de la population des SDF : les mineurs, jeunes adultes, personnes âgées, atteintes de troubles mentaux, etc. On ne peut pas les gérer dans leur globalité. Il faut s’attaquer à chaque profil.”

 

Hébergement et réinsertion

 

D’après la plupart des centres d’accueil et d’hébergement, la majorité des SDF seraient des hommes entre 30 et 50 ans. En parallèle, les chiffres témoignent d’une hausse du nombre de mineurs en situation d’errance.

“Ça m’inquiète beaucoup, parce que ce n’est pas naturel, surtout dans une société dont on vante l’accueil et l’esprit de solidarité, souffle un membre du collectif. Et puis, ils sont principalement délinquants et peuvent aussi être victimes de prostitution ou autre.”

La population de SDF serait liée à “une partie” de la délinquance en centre-ville.

“La plupart du temps, ce sont des vols en réunion, parfois avec violence, à la nuit tombée et en lien avec l’alcoolisme, les toxines, etc.”, détaille un magistrat, en relatant des histoires de commerçants “molestés” ou “menacés” en allant ouvrir leur magasin, à 5 heures du matin.

Parmi les solutions envisagées, le collectif, qui se réunit régulièrement pour faire le point, serait donc en train de réfléchir à la mise en place, par le biais des associations, de la direction des affaires sociales et des différents acteurs, d’un “centre d’hébergement et de réinsertion capable d’accueillir une centaine de personnes pour commencer”.

“On a fait le constat, et on va avancer, promet Maiana Bambridge. Sous l’égide du ministère, puisque c’est lui qui va donner l’impulsion du projet.”

Certains acteurs regrettent toutefois que les autorités aient trop longtemps nié “un problème portant atteinte à l’image de marque du pays”. “Je pense que la direction des affaires sociales a pris la mesure de ces difficultés, alors que précédemment, elles n’étaient pas considérées à juste titre, précise un membre de Te ta’i vevo. Mais par contre, je ne sens pas, de la part des municipalités, et de la première concernée (Papeete, NDLR), la prise en compte de ces problèmes-là.”

 

Pauline Lefebvre et Marie Guitton

 

En cas de troubles psychiatriques

SDF

La population des sans domicile fixe (SDF) est très diversifiée. Toutes les tranches d’âges sont représentées. Malgré une hausse du nombre de mineurs SDF, la majorité sont des hommes entre 30 et 50 ans. (© Florent Collet)

Pour prendre en charge les sans domicile fixe (SDF) atteints de troubles psychiatriques, tous les acteurs estiment que l’ouverture d’un centre spécialisé serait nécessaire.

“Le problème, c’est que souvent, lorsque le traitement n’est pas pris, on nous signale des violences et on les retrouve à Nuutania”, confie notamment un magistrat.

D’après Maiana Bambridge, directrice de cabinet au ministère des Solidarités et de la Santé, le pôle de santé mentale, qui doit ouvrir d’ici deux ans sur le terrain du Centre hospitalier de la Polynésie française (CHPF), ne sera “pas dédié aux SDF”, mais devrait permettre tout de même d’accueillir les mineurs, aujourd’hui à la rue, atteints de troubles psychiatriques.

D’après un membre du collectif Te ta’i vevo, une seconde solution “sérieusement en cours de réflexion” serait l’acquisition ou la location, par le ministère de la Santé et l’hôpital de Taaone, d’un “volant d’appartements thérapeutiques, avec assistance médicale”.

Les malades les moins gravement atteints devraient, eux, y être mieux suivis dans leur traitement et accompagnés pour trouver une activité professionnelle.

 

 

“Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac”

Mohio Tehio pepe bon samaritain

Mohio Tehio dit Pepe. (© Marie Guitton)

“Depuis des années, on nous parle de 400 personnes dans la rue. Mais tu as déjà vu 400 personnes dans la rue ? Pour moi, il y en a moins de la moitié.”

Au centre d’hébergement du Bon Samaritain, le responsable Mohio Tehio, dit Pepe, s’agace lorsqu’on l’interroge sur les derniers chiffres officiels : 374 personnes qui dormiraient tous les soirs dans la rue.

“Je préfère parler de 200 personnes, c’est plus vrai quand même. Sinon, même ceux qui viennent étaler leurs produits le dimanche près du marché de Papeete, ils sont comptés ! Il faut faire attention…”, prévient-il.

Cette différence de chiffres serait, selon lui, une affaire de définition. “Parmi les sans-abri, moi, je ne compte pas ceux qui vivent en précarité mais qui ont un toit. Ni celui qui arrive chez moi (au centre d’hébergement, NDLR), puisqu’à ce moment-là, il n’est plus à la rue. Il est logé, nourri, blanchi 24 heures sur 24, précise Pepe. Il y en a aussi qui boivent avec les sans-abri, vivent un peu avec eux, mais la plupart du temps, ils rentrent dormir chez la tatie ou le tonton, le soir. Ils sont sans domicile fixe, d’accord, mais ils ne sont pas sans-abri. Ceux qui sont sans-abri, pour moi, c’est ceux qui n’ont pas de toit du tout. Et même parmi eux, il y en a qui ont un revenu et pourraient avoir un toit. Donc il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac.”

Le responsable du Bon Samaritain estime donc que la capacité d’accueil des cinq foyers de Papeete serait suffisante. “Je crois qu’en Polynésie, on a les moyens de faire sortir les gens de la rue, souffle-t-il. Les personnes irrécupérables, ça n’existe pas. Lorsqu’on tend la main des deux côtés, on y arrive.”

Selon lui, environ 90 % des personnes accueillies chaque année dans son centre (58 entrants en 2016) seraient extirpées de la rue avec succès.

Lui-même, qui se décrit comme un ancien “grand délinquant”, y a vécu plus de vingt ans avant de s’en sortir. Il reste donc optimiste et s’insurge contre les visions alarmistes. “Quand j’entends dire qu’il y a de la misère en Polynésie, c’est n’importe quoi. De la pauvreté, oui. Mais pas de la misère. Je n’ai jamais entendu parler de quelqu’un qui serait mort de faim ici. En Polynésie, les gens qui meurent, c’est parce qu’ils mangent trop !”

Au final, la seule chose qui lui semblerait réellement nécessaire aujourd’hui serait l’ouverture d’un foyer psychiatrique.

 

 

À lire aussi :

• “À travers le regard des SDF, c’est la famille polynésienne qu’on observe”

 

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