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Petits arrangements à la MFR de Huahine

mercredi 18 octobre 2017

justice tribunal

Au total, 1,44 million de francs a été détourné entre 2008 et 2012. (© Florent Collet)

Cinq prévenus comparaissaient, hier, à la barre du tribunal correctionnel, accusés d’avoir détourné des fonds alors qu’ils exerçaient une mission de service public, entre 2008 et 2012, à la maison familiale rurale (MFR) de Huahine.

Le président de la MFR, l’employé de maison, un moniteur, la directrice et son conjoint, tour à tour jardinier, surveillant puis président du conseil d’administration, ont ainsi effectué des dépenses personnelles en utilisant les comptes ouverts dans divers commerces de l’île dans un but privé.

À l’origine, c’est le vice-président de la MFR qui dénonce les faits alors que le président a été incarcéré puis condamné pour agression sexuelle. “Le personnel a pris de mauvaises habitudes”, dénonce-t-il aux gendarmes.

Ma’a au supermarché, essence pour la voiture ou plein du bateau personnel à la station essence, outillage à la quincaillerie, tous ont dépensé sur le compte de la MFR.

Un système qui a fonctionné avec l’accord de tous : la directrice avait l’accord du président, ce dernier celui de la présidente, et le moniteur ou l’employé de maison avaient eu un courrier leur donnant le droit de faire leurs courses sur le compte de cet établissement de formation en alternance à l’agriculture.

L’employé de maison se justifie ainsi : “Je savais que c’était interdit mais je le faisais avec l’autorisation du président.”

Le président, rôle majeur dans cette affaire, affirme qu’il a remboursé, mais n’a gardé aucune preuve de cela.

S’il assume les faits, sa ligne de défense est celle qui va être celle des autres prévenus : étant bénévole, il se rémunérait en se payant du ma’a au supermarché.

La directrice, absente à l’audience, a expliqué que faute de voir ses heures supplémentaires être payées, elle compensait en faisant ses courses gratuitement.

Difficile, en revanche, d’expliquer que le couple, composé de la directrice et son conjoint, ait réglé des allers-retours vers Tahiti au compte de la MFR. Mais les prévenus ne manquent pas de se justifier sur certaines dépenses mettant en lumière les difficultés rencontrées par la MFR.

Si l’un d’entre eux a fait le plein de sa voiture, c’est parce que le véhicule de l’établissement étant en panne, c’est avec sa voiture qu’il transportait les élèves.

Si le réservoir de son bateau était plein au nom de la MFR, c’est parce que c’est son embarcation qui emmenait les élèves en sortie pêche.

Si du ma’a était acheté, c’est parce que certains élèves venaient manger dans le foyer de la directrice et son mari.

Si le président effectuait des dépenses pendant les vacances, c’est qu’il assurait la surveillance et l’entretien du fa’a’apu durant cette période.

Si le mari de la directrice assurait la surveillance des élèves durant la nuit sans être déclaré à la Caisse de prévoyance sociale, c’est que personne d’autre ne pouvait le faire à ce moment-là.

Au total, selon les enquêteurs, c’est ainsi 1,44 million de francs qui aurait été détourné de son objectif principal.

“Le montant n’est pas extraordinaire, mais le principe de fonctionnement est effarant”, a estimé le procureur. “Si jamais on emprunte dans les caisses, la moindre des choses, c’est de garder les reçus pour rembourser, ce serait plus honnête”, explique-t-il avant de requérir six mois de prison avec sursis et 300 000 F d’amende contre le président et la directrice ayant le rôle majeur dans cette affaire, et 300 000 F d’amende avec sursis contre les trois autres prévenus.

Leurs avocats, eux, ont tous plaidé la relaxe rappelant notamment que sans ces petits arrangements “au jour le jour”, la MFR n’aurait pu fonctionner.

“Ce n’est pas un établissement scolaire classique bien cadré avec une secrétaire comptable. Ici, la directrice fait du ramassage scolaire”, s’est ainsi défendu l’un des avocats. “On fonctionne avec les moyens du bord et le dévouement de certains.”

Les conseils se sont aussi évertués à démontrer que la MFR avait un statut d’association malgré les conventions d’aides de l’État et du Pays, et qu’il ne s’agissait pas d’un détournement de fonds dans l’exercice d’une mission de service public. Le délibéré sera rendu le 7 novembre.  

 

F.C.

 

 

 

 

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