PHILIPPINES – La misère à perpétuité des veuves de la drogue

    mercredi 15 mars 2017

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    Manifestants et proches de Sally Antonio la soutiennent alors que cette femme de 43 ans dépose une plainte contre des policiers après le meurtre de son mari et de son fils. (Photo : Ted Aljibe / AFP)

    Depuis que la police a abattu son mari et son fils, Sally Antonio cumule les emplois et elle est épuisée. De nombreuses veuves philippines ont comme elle étaient condamnées à la misère à perpétuité, victimes de la sanglante guerre contre la drogue.

    La campagne sans précédent lancée fin juin dernier par le président Rodrigo Duterte pour éradiquer les réseaux de la drogue a fait plus de 6 500 morts. Leurs proches sont les victimes ignorées de cette répression qualifiée de “guerre contre les pauvres” par les défenseurs des droits de l’homme.

    Sally Antonio, 43 ans, a perdu son fils de 19 ans – qui faisait en grande partie bouillir la marmite familiale avec son salaire de serveur – et son mari chômeur quand la police a mené voici six mois une descente antidrogue à leur domicile, et les a abattus.

    “Quand ils ont tué mon fils et mon mari, ils m’ont tuée moi aussi”, dit-elle, expliquant comment elle a été forcée d’occuper trois emplois pour nourrir ses cinq enfants survivants et son petit-fils. Parfois, elle ne dort que deux heures par jour pour pouvoir jongler, comme blanchisseuse, coursière et gardienne.

    “Parfois, je suis tellement épuisée, mes mains me font trop mal, je dois m’arrêter de travailler un ou deux jours”, dit-elle en s’effondrant en larmes. “Je dois alors emprunter de l’argent à mes voisins et il faut qu’on rationne la nourriture.”

    Sa fille de 18 ans, étudiante en psychologie, a dû renoncer à l’université pour remplacer son père qui s’occupait des enfants plus jeunes. L’une des inquiétudes majeures de Sally est de ne plus pouvoir payer les médicaments de son fils de 11 ans, qui souffre d’une maladie cardiaque.

     

    Versions contradictoires

     

    “Je suis en colère”, poursuit-elle. “Pourquoi ont-ils tué mon mari et mon fils et sacrifié notre famille ?”

    Elle reconnaît que son époux consommait de la drogue. Mais, dit-elle, il s’était fait connaître des autorités dans le cadre d’un programme de surveillance des toxicomanes et n’était pas un trafiquant. Son fils n’avait rien à voir avec la drogue, il avait simplement supplié les policiers d’épargner son père.

    Le rapport de police indique que les agents ont mené une opération antidrogue et ont été forcés d’ouvrir le feu après avoir essuyé des tirs. Sally Antonio, qui a demandé à être présentée sous un pseudonyme de peur de représailles policières, soutient que ni son mari ni son fils n’ont opposé de résistance.

    La police a annoncé avoir tué en huit mois plus en 2 500 toxicomanes ou trafiquants en état de légitime défense. Plus de 4 000 personnes ont été tuées dans des circonstances non élucidées. Les défenseurs des droits accusent les policiers d’inventer cette légitime défense de toutes pièces. Amnesty International estime qu’ils sont peut-être coupables de crimes contre l’humanité.

    Rodrigo Duterte avait remporté la présidentielle en promettant d’éradiquer le trafic de drogue et de faire tuer des dizaines de milliers de personnes. D’après Amnesty, les victimes sont essentiellement les habitants des quartiers pauvres, et bien souvent des hommes qui sont le principal gagne-pain de leur famille.

    “Ces décès placent les familles dans des situations financières encore plus précaires, leurs proches qui survivent sont plein d’amertume car ils voient que les autorités visent en premier lieu les pauvres”, écrivait l’ONG en février.

    Rodrigo Duterte est furieux de ces commentaires sur les pauvres. Il a accusé les petits dealers de “gagner beaucoup d’argent” et déclaré qu’ils jouaient un rôle crucial dans les réseaux de distribution. “Peu m’importe que vous soyez le plus gros trafiquant de drogue, ou le plus pauvre, vous conspirez tous pour détruire le peuple.”

    L’Église catholique joue un rôle croissant pour soutenir les familles, financièrement et psychologiquement. Pour Dennis Febre, qui dirige un programme d’aide aux familles dans une église de Manille, les assassinats de suspects créent plus de problèmes qu’ils n’en résolvent : “Ceux qui restent vendent aussi de la drogue ou alors se mettent à la prostitution car c’est une question de survie.”

     

    AFP

     

     

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