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Une photo de Paul Gauguin ressurgit du passé

mardi 16 janvier 2018

GAUGUIN

Si l’homme debout, deuxième personne en partant de la gauche est Paul Gauguin, ce serait probablement l’unique cliché connu du peintre en Polynésie. Cette photo a été prise à Arue comme inscrit au dos de l’épreuve, mais elle est non datée. (© DR)


Avons-nous ici une photo de Gauguin prise durant son séjour à Tahiti ? C’est là toute la question. Ange, résidente de Pihaena, et fille de Fabrice Fourmanoir, propriétaire d’une galerie d’art à Tahiti durant les années 80-90, est tombée sur ce cliché en passant en revue une collection de photos anciennes, transmise par son père, qui vit aujourd’hui au Mexique.

Lors de ses recherches, Ange est tombée sur ce cliché noir et blanc de très belle qualité que nous présentons aujourd’hui. et qui met en scène un groupe d’hommes et de femmes sur une plage de Arue (précisée au dos de l’épreuve).

La photo pourrait avoir été prise à la fin du siècle dernier. Debout, le premier homme en partant de la gauche, ce personnage moustachu, le seul à porter un pareu clair, capte son attention. “On dirait Gauguin…” Elle montre la photo à son entourage : “C’est vrai ça lui ressemble.”

Mais comment le prouver ?

Si c’est le cas, Ange serait alors en possession d’une photo unique du grand peintre Paul Gauguin, entouré de femmes polynésienne et d’amis tel que le docteur Gouzer.

Pour en savoir un peu plus, La Dépêche a contacté Fabrice Fourmanoir, au Mexique, plus précisément à Sayulita où il possède une galerie d’art.

Depuis cette “découverte”, Fabrice a analysé, par le biais d’un scan, la photo qu’il avait transmise à sa fille, il y a dix-sept ans. À nos lecteurs de découvrir ce qu’il en pense.

De notre correspondant JR

 

“L’objet que tout le monde a cherché depuis plus de 100 ans”

“Cette photo provient de mes collections. J’ai laissé à mes enfants quelques pièces avant de partir de Polynésie en 2010.

Avant 2000, j’avais acheté aux enchères, à l’hôtel Drouot à Paris, de nombreux lots de milliers de photos anciennes de Tahiti.

À l’époque, elles n’étaient pas chères. Plus tard, certaines ont vu leur prix multiplié par 1 000. Celle-ci provient d’un lot de photos de Jules Agostini. Agostini a séjourné à la fin du XIXe siècle à Tahiti et il était proche de Gauguin.

On lui doit la seule photo de la case de Gauguin à Punaauia. Ils sont aussi allés ensemble aux îles Sous-le-Vent avec une expédition militaire. Je date cette photo entre 1894 et 1896.

On ne connaît aucune photo de Gauguin à Tahiti. C’est très étrange car le peintre connaissait de nombreux photographes sur l’île (Lemasson, Spitz, ou Agostini…) et même, s’inspirait de leurs photos pour ses peintures.

Gauguin avait, lui aussi, un appareil photographique. C’est donc par sa volonté de fuir les “paparazzis” que jusqu’à aujourd’hui, aucune photo le représentant à Tahiti ou aux Marquises n’était connue.

La galerie Meyer de Paris a prétendu en détenir deux en 2016. Les photos de la galerie Meyer étaient dans mes collections. Elles se trouvent maintenant au Musée de Tahiti.

Mes recherches ont démontré que ce n’était pas Gauguin. Les musées Branly et Orsay ont validé mes travaux et n’ont pas reconnu Gauguin sur ces clichés. Les seuls portraits photographiés de l’artiste ont été pris en France, il en avait emporté plusieurs.

Donc personne ne sait à quoi ressemblait le peintre lorsqu’il vivait sous le soleil des tropiques. Il était certainement très différent du Gauguin de Pont-Aven (comme nous tous lorsque nous vivons à Tahiti).

Gauguin était également très avare de détails sur sa vie sociale à Tahiti. Il écrivait quelques rencontres avec des popa’a mais sans plus.

Il voulait préserver l’image de l’artiste fuyant la société pour se réfugier auprès d’indigènes ayant gardé un peu de leurs valeurs primitives. Mais une chose est certaine, il était constamment à la recherche de belles vahine pour en faire des modèles dénudés (ce qui n’était pas facile à l’époque) et pour leur faire l’amour.

Il fréquentait les filles faciles qui, déjà, papillonnaient autour des militaires comme celles qui posent sur la photo découverte par Ange.

J’avoue que cette photo n’avait pas attiré mon attention jusqu’à ce que ma fille m’en parle il y a six mois. Je n’avais pas reconnu Gauguin.

Devant l’insistance d’Ange, j’ai commencé à faire des recherches pour corroborer ses certitudes. Il faut être très prudent car découvrir une photo de Gauguin à Tahiti est le rêve de tout conservateur et de tout collectionneur.

Il y avait de bons indices : le photographe Jules Agostini était un ami de Gauguin – les pareu de la photo sont très similaires à ceux peints par Gauguin dans ses tableaux – les deux vahine entourant le personnage sont très belles et très typées comme certains modèles du peintre.

 

 

“Découvrir une photo de Gauguin à Tahiti est le rêve de tout collectionneur”

 

J’ai donc comparé le personnage avec des autoportraits de l’époque. À cette période Gauguin avait environ 46 ans. Il faut savoir qu’il était métis. Il avait du sang péruvien dans les veines, son teint était mat et, comme beaucoup de métisses, il paraissait plus jeune que son âge.

En juxtaposant la photo et son “autoportrait au Golgotha” c’est très convaincant : la même carrure d’épaule, la même expression, la même moustache la même allure et corpulence … et surtout, le même regard de travers.

C’était un bon point mais il en fallait plus. Sur la photo, la couronne maintient haut ses cheveux ce qui change un peu les traits du visage. Malheureusement la surexposition d’une partie de son visage ne permet pas de distinguer son nez inca, très singulier.

Il paraît mécontent d’être pris en photo. Cela pourrait s’expliquer par le fait que Gauguin a tout fait pour ne pas avoir de photo de lui prise à Tahiti.

J’ai continué mes investigations. Effectivement tous les motifs des pareu portés sur la photo se retrouvent dans ses tableaux.

À l’époque ces très beaux pareu étaient fabriqués avec des pochoirs, des empreintes… Certains historiens évoquent même le fait que Gauguin aurait peint des pareu. Il était un grand spécialiste des techniques de l’estampe. Encore un bon point.

Venons-en aux deux vahine l’entourant. À sa droite je reconnais Tehamana, qui a posé pour ses plus beaux tableaux “Merahi meta no Tehamana” et “Te aa no areois”, et à sa gauche, sa compagne Pahura, la maman de son enfant tahitien, le fameux Émile Gauguin. Pahura a posé pour “Nevermore”, “Manao tupapau” et “Te tamari no atua”.

Malgré mes convictions, tout cela est un peu subjectif mais constitue un sérieux faisceau d’indices pour continuer à chercher.

Regardons les popa’a de la photo : y a-t-il un proche de Gauguin ? Après de longues recherches dans mes archives, j’ai reconnu le Dr. Gouzer qui soignait Gauguin et lui fournissait de la morphine. C’est l’homme de belle taille en uniforme blanc de médecin à droite.

Ils s’étaient connus lorsque Gauguin avait fait un séjour à l’hôpital de Papeete. Miracle, on reconnaît à droite de Gouzer, sa vahine Faona (voir photo). Lorsque Gouzer retournera en France il ramènera des tableaux de l’artiste et ils continueront de correspondre.

Avec tous ces indices concordants, je suis convaincu qu’il s’agit bien de Gauguin. Je transmets mes travaux à d’autres spécialistes car, si cette découverte se confirmait avec l’aval de grands historiens d’art et experts, nous serions devant une photo de très grande valeur historique et financière.

C’est l’objet que tout le monde a cherché depuis plus de 100 ans. Des grands musées comme celui du Qatar ou le Getty de LA (Los Angeles) seraient prêts à payer une fortune l’avoir dans leurs collections.

À ce stade des recherches, Ange veut la vendre sans attendre la validation par d’autres spécialistes, ce qui peut prendre plusieurs années. Une opportunité pour un collectionneur de faire un bon investissement…” si la photo est certifiée.

Les collectionneurs intéressés par ce cliché, ne serait-ce que pour l’analyser peuvent contacter Ange au 87 23 21 87.

Propos recueillis par Jeannot Rey

 

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En juxtaposant la photo et son autoportrait au Golgotha, pour Fabrice Fourmanoir, c’est très convaincant : la même carrure d’épaule, la même expression, la même moustache, les mêmes allure et corpulence… (© DR)

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Le docteur Gouzer sa vahine Faona, pourrait être l’homme que l’on retrouve debout à droite sur la photo énigmatique. (© DR)

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Fabrice Fourmanoir Propriétaire d’une galerie d’art à Tahiti pendant plus de 20 ans Fabrice Fourmanoir avait réuni une grande collection de photos du XIXe siècle de Tahiti, d’objets cultuels et magiques polynésiens, de tableaux d’avant… Aujourd’hui, ses collections se trouvent principalement au Musée de Tahiti et dans une grande collection privée d’un ami de Tahiti. Fabrice avait aussi réuni un nombre important d’archives et d’œuvres de Gauguin à Tahiti. Il a participé à de grandes expositions Gauguin, au Grand Palais à Paris, à Boston, à Dallas, San Francisco (USA), Berlin (Allemagne). Il a aussi débusqué de faux Gauguin avec son ami Martin Bailey, célèbre critique d’art londonien, comme la sculpture “Diable cornu” du Getty Museum de Los Angeles, qui n’est pas de la main de Gauguin. Ses recherches ont été validées par de grands conservateurs de musée. Sa devise : “Rester humble car en art et en science, on ne doit pas avoir de certitude, surtout avec Gauguin”. (© DR)

 

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