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Pina, un électrochoc littéraire

jeudi 10 novembre 2016

pina titaua peu

Pina parle d’une famille des quartiers, “les invisibles qui ne dansent pas au heiva”. (© Christophe Cozette)

 

Treize ans après Mutismes, Titaua Peu sort son deuxième roman, Pina. Un livre coup-de-poing qui décrit la misère d’une famille dans un quartier de Pirae. L’auteure est partie d’un fait divers sordide, les sévices subis par Patrice Aka, 3 ans, tué par sa mère en 2000.

 

 

Inspiré par le plus terrifiant fait divers de ces 35 dernières années, Pina, le second livre de Titaua Peu, treize ans après sa première œuvre “coup-de-poing”, Mutismes, écrit à 28 ans, a été présenté mardi par son éditeur, Au Vent des îles, à l’aube du 16e salon du livre qui ouvre aujourd’hui et s’annonce comme l’événement littéraire de l’année au fenua. Loin de l’image d’Épinal du beau Tahiti et bien plus proche des Cartes postales de Chantal Spitz, Pina ne laissera pas indifférent, tout comme son auteure : on aime ou on déteste, à condition qu’on aille jusqu’au bout.

“C’est une délivrance qu’il soit là. Cela m’a pris treize ans, pas que de travail mais aussi de pauses parce qu’il le fallait. C’était trop dur, trop violent mais il fallait que j’écrive cette violence-là”, a expliqué Titaua Peu. “Mais pas parce que je suis masochiste. J’ai été bouleversée par l’histoire de Patrice Aka, tué par sa maman, Angelina.”

 

Un fait divers comme déclencheur

 

Ce fait divers sordide avait vu la mort de Patrice, enfant de 3 ans, tué par les sévices de sa mère Angelina, en août 2000. Cette dernière a été condamnée à vingt ans de réclusion. Le rapport du médecin légiste qualifiait les lésions subies par Patrice “de forme historique de maltraitance”. Bref, l’horreur, froide, brute, à l’état pur.

“Tout est parti de là, de ce fait divers horrible, qui m’a terriblement touchée”, a détaillé Titaua Peu. “Pina, ce n’est pas seulement Patrice Aka, c’est notre jeunesse, notre pays. Même si j’avais la pression d’écrire après Mutismes, je savais que je devais écrire. Mais en même temps, j’avais des difficultés. L’acte, les mots étaient là mais Pina n’est que le symbole de Patrice Aka, de cette enfance violentée qui souffre dans le silence mais une enfance formidable, forte, plus forte que l’on croit”, a commenté l’auteure.

“Ce fait divers dramatique est l’élément déclencheur de ce livre mais celui-ci est, à la limite, encore plus dur car cela s’étend à toute une famille, un quartier, la dimension est quasi sociétale”, a complété l’éditeur, hier, Christian Robert.
Comme l’a expliqué ce dernier, et comme il est écrit sur le “plat verso” (le quatrième de couverture du livre, NDLR), ce livre coup-de-poing sur “les misères contemporaines de Tahiti brosse le portrait, via Pina, d’une Polynésie déchirée où deux mondes parallèles se côtoient sans se voir”.

“Je décris un quartier de Pirae, Tenaho, un quartier qui nous ressemble”, a expliqué l’auteure de Mutismes. “Cette famille qui est décrite capitalise tous les maux (de la société), bien au-delà du cas de Patrice Aka, c’est la famille modèle, de l’ère du CEP (centre d’expérimentation du Pacifique, NDLR), évidemment déboussolée. Le père boit, comme beaucoup, devient violent et est pris dans un engrenage presque politique, c’est le “je suis chez moi, go home”, on est dans l’extrême. Il y a aussi la mère de famille, soumise mais qui, avec le temps, essaye de s’en sortir pour ses enfants. Ce sont de vraies personnes avec des vrais sentiments contradictoires, entre la puissance et les jours où ils n’ont rien.”

 

La misère d’une famille des quartiers

 

“Ils sont issus d’un quartier populaire donc mal partis dans la vie mais quelque part, au fond d’eux, il y a une lumière, même si la violence est là et fait partie du quotidien”, poursuit l’auteure. “Il y a quand même la générosité du cœur, l’amour, de Pina tout d’abord, pour un pays. Il y a cette famille qui ne comprend rien au monde dans lequel elle est mais qui sait que ce pays mérite tout l’amour qu’on peut avoir pour lui”, explique Titaua Peu, qui a tenu à préciser également que c’est “le premier roman tahitien où l’on parle d’amour homosexuel”. 

Avec Mutismes, Titaua Peu avait essuyé des critiques. “On m’a reproché d’avoir parlé de jardins secrets”, s’est rappelée l’auteure. “Je pense que Pina va déranger aussi mais en même temps, c’est salutaire. Je décris la misère d’une famille des quartiers, les invisibles qui ne dansent pas au heiva, mais je décris aussi qu’on est autre que ce qu’on est perçu. Même si le père boit et est violent, à la fin, on voit la figure du aito tahitien, de nos pères, de ces hommes fiers. On reste forts dans notre animalité, on est quand même un peuple fort.”

Pourquoi écrire dans la langue de Molière ? “Je n’ai pas le talent de John Mairai pour écrire en reo Tahiti. Je n’en ai pas le talent alors parce que je suis Tahitienne, il faudrait que j’écrive en reo ?”, s’est interrogée Titaua Peu. “J’ai un message à faire passer aux blancs et c’est beau le français, c’est une belle langue.”
“Le thème de mon écriture, c’est qu’il n’y a plus d’espoir, c’est violent, intrafamilial et social, même dans le sexe, mais quelque part, je parle de rédemption, tout en parlant de la lâcheté de la société, du silence qui l’entoure.” “Notre mission d’écrivain tahitien, c’est écrire sur tout ce qui ne se dit pas”, a conclu l’auteure, “tombée amoureuse de Pina”. Notre mission à nous est de lire, sans faute, Pina.

 

Christophe Cozette

 

 

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