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La piste de Tahiti-Faa’a inondée : ce n’est pas une fatalité

mardi 9 janvier 2018

aéroport inondé piste

En 2016, la piste avait été fermée plusieurs jours et un ATR d’Air Tahiti avait été endommagé. (© archives Stephane Gelima)


Si les pluies du week-end dernier n’ont pas paralysé le trafic aérien, une partie de la piste a été immergée empêchant le débarquement des passagers. Un problème récurrent. L’an dernier, l’aéroport avait été paralysé plusieurs jours et au total sur l’année, la piste avait été immergée 14 jours. Avec la crainte de perdre la concession, ADT a remis au placard son projet d’un double canal entre la montagne et la piste, qui pouvait parer aux sous dimensionnement des réseaux d’évacuations des montagnes environnantes.

Cette fois-ci, c’est surtout le vent qui est à l’origine de l’incident, rarissime qui a compliqué l’atterrissage d’un appareil d’Air Tahiti Nui, samedi dernier.

Comme l’ont rapporté nos confrères de Polynésie 1ère, l’Airbus A340 en provenance d’Auckland a vu sa trajectoire être dévié d’une vingtaine de mètres.

L’atterrisseur principal a alors roulé sur deux balises lumineuses, avant que les pilotes ne ramènent l’appareil dans l’axe de piste. En revanche, comme l’a expliqué Michel Monvoisin, à bord de l’avion : “La zone nord était complètement inondée. Il a fallu attendre pour débarquer les passagers pour qu’ils n’aient pas de l’eau jusqu’aux mollets.”

Un problème récurrent pour l’aéroport international. En 2016, l’aéroport s’était retrouvé sous les eaux durant 16 jours et 14 jours en 2017.

En dehors de cet accueil humide pour les touristes, qui pourrait nuire à l’image de marque de la Polynésie, cela a surtout des conséquences désastreuses pour le tourisme, principale ressource du Pays, lorsque le trafic s’en trouve paralysé.

Ce fut le cas, par exemple, en février dernier où plusieurs vols avaient dû être détournés vers Rarotonga quand ils n’étaient pas purement et simplement annulés. Un appareil d’Air Tahiti avait également souffert irrémédiablement de cette montée boueuse.

Le phénomène est loin d’être nouveau et la réfection de la piste en 2014 qui l’avait surélevée de 4,5 à 6 cm n’a pas réellement changé la donne.

Cela a même fait l’objet d’un article d’Éric Dumas, directeur général d’Aéroport de Tahiti dans un article. Selon lui, l’aéroport souffre d’un positionnement géographique où les mécanismes liés aux phénomènes torrentiels sont amplifiés par plusieurs facteurs, naturels et humains.

 

Pression foncière et urbanisation

 

La piste a été construite au début des années 1960 par le remblaiement artificiel d’un platier, haut-fond corallien du lagon.

Un bras de mer avait été laissé à l’époque entre la bande de piste et la montagne, suffisamment large pour absorber la descente des eaux du bassin-versant. Au fil des années, la pression foncière et l’urbanisation ont peu à peu réduit la largeur de ce bassin naturel jusqu’à le limiter à un étroit canal rectiligne d’une dizaine de mètres de large.

Aujourd’hui, la section réduite du canal ne permet plus d’assurer l’évacuation des eaux de ruissellement vers le lagon et engendre de nombreux débordements lors d’épisode de pluies intenses. Les habitants de Hotuarea sont les premiers sinistrés, mais la piste également.

Des travaux permanents de curage du canal permettent de maintenir a minima sa fonction d’évacuation des eaux du versant, des travaux qui coûtent près de 12 millions chaque année à ADT. Une solution de fortune qui ne peut éponger un problème plus global de sous dimensionnement des réseaux d’évacuation des eaux pluviales.

“Les solutions pérennes sont coûteuses et non garanties. La première mesure élémentaire serait de créer des bassins d’orage sur les nombreux ruisseaux côtiers qui descendent de la montagne. Le coût serait considérable, difficilement finançable par le territoire et il n’est pas du ressort de l’exploitant d’aéroport d’assumer l’aménagement du réseau hydrographique du bassin-versant”, explique ainsi le directeur général.

En 2011, une étude menée par EGIS Eau avait préconisé de recréer le bras de lagon, aujourd’hui disparu, et de refaire deux canaux de 20 mètres de large qui devraient être dragués, eux aussi, en permanence.

ADT avait planifié ce chantier d’un demi-milliard, mais avec la décision prise par la cour d’appel en juin dernier incitant l’État à refaire un appel d’offres pour réattribuer la concession, cela semble peu envisageable.

“Hors de question” pour Éric Dumas d’engager 500 millions avec l’incertitude planant sur le futur d’ADT.

“Les rivières et les réseaux d’évacuation des eaux sont de la compétence du Pays”, botte en touche Roland Bopp, directeur du cabinet de la commune, mais reconnaît le problème de sous-dimensionnement du canal et des réseaux d’évacuation.

“Si le curage des différents canaux et affluents vers le canal était fait correctement, il ne devrait pas y avoir de problème. Nous, nous le faisons où c’est prioritaire. Parallèlement, on sollicite les moyens du Pays, qui ne viennent pratiquement jamais. Avec leurs moyens, l’aéroport n’aurait pas de problème”, assure le représentant de la commune.

Ce dernier nuance tout de même, en mettant en préalable le règlement de deux nœuds connus et problématique.

Le premier, l’entonnoir du croissant d’or en bas de Puurai. “Il y a trois affluents qui arrivent et l’on passe sous la RT 1, d’un conduit de deux mètres à un autre d’un mètre. Nous avons sollicité le Pays depuis un an et le décès du pompier. Le Pays n’est toujours pas intervenu. Si on nettoie tout en amont sans régler ce problème, c’est presque inutile.”

Le deuxième concerne le curage de l’embouchure au bout de la piste. “Cela réduit à néant le travail d’ADT et du Pays.” Contacté hier, le Pays n’a pas été en mesure de répondre à temps à nos questions. 

 

F.C.

 

 

 

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