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Du pitch au Grand Prix : Hollie Fifer triomphe avec The Opposition

lundi 13 février 2017

Hollie Fifer FIFO 2017

“The Opposition était mon premier film et recevoir le Grand Prix signifie beaucoup. Je n’avais pas la “permission” de le faire, mais je me la suis donnée moi-même, et j’ai décidé de continuer, ne pas abandonner.” (© Marie Guitton)


C’est en 2013, lors du pitch dating du Festival international du film documentaire océanien (Fifo) entre scénaristes et producteurs, que la jeune Australienne Hollie Fifer avait trouvé ses premiers soutiens. Quatre ans plus tard, le jury de ce même festival a consacré son travail en accordant le Grand Prix à son documentaire, The Opposition (Australie, Papouasie Nouvelle-Guinée, 2016).

“Nous avons voulu récompenser une réalisatrice qui a fait preuve d’un courage extraordinaire”, a souligné Stéphane Martin, président du jury du Fifo 2017, sur la scène du grand théâtre de la Maison de la culture, vendredi dernier.
De 2012 à 2016, la documentariste a suivi le combat d’une petite communauté de Port Moresby, en Papouasie Nouvelle-Guinée, menacée d’expulsion par les promoteurs australiens d’un gigantesque complexe immobilier.
Vendredi dernier, ses remerciements sont allés directement à Joe Moses, son personnage principal, ainsi qu’à toute la communauté de Paga Hill. “Ils m’ont accueillie et protégée pendant la durée du tournage”, s’est-elle souvenue, émue de constater que leurs voix ont été entendues.
À 28 ans, elle est repartie du Fifo avec un beau trophée et de nouvelles idées, concernant par exemple les grands projets controversés en Polynésie. Plus motivée que jamais.

 

Les images tremblent et votre caméra est bringuebalée lors des démolitions forcées. Votre personnage principal est aujourd’hui exilé en Grande-Bretagne. Était-ce difficile de faire ce film en Papouasie Nouvelle-Guinée ?
Oui, c’était un projet difficile. Je pense que c’était un défi en matière de sécurité, et aussi parce que nous avons passé une bonne partie de l’année 2016 devant une cour de justice en Australie, essayant de nous battre pour le droit de diffuser le film dans son intégralité.
Nous devions aussi attendre le dénouement devant la justice papoue pour voir ce qui allait se passer pour la communauté.
Donc ça a pris quatre ans de tout filmer, et cinq ans au total. Je suis contente d’être désormais sûre que le public verra cette très inspirante communauté aller au-devant de cette période dramatique.

 

C’est à Tahiti que vous aviez pitché ce documentaire. Aujourd’hui vous remportez le Grand Prix…
C’était très important pour moi de revenir à Tahiti, de revenir au Fifo, en raison de ce pitch que j’avais fait en 2013.
Ça m’avait permis d’avoir beaucoup plus de contacts dans la région Pacifique, avec des diffuseurs, des distributeurs, et le festival en lui-même. Avoir le prix par-dessus le marché, c’est juste un rêve !

 

Comment aviez-vous décidé de suivre ce sujet ?
J’étais en Papouasie Nouvelle-Guinée en 2012, pour des recherches sur la politique, et j’étais avec l’élue que l’on voie dans le film lorsqu’elle a reçu le coup de téléphone de la communauté de Paga Hill. Ils lui ont dit : “S’il te plaît, viens parce que la police est en train de démolir nos maisons”. J’avais ma caméra, elle m’a regardé et m’a dit : “Nous avons du travail à faire !”
Et nous l’avons fait, nous avons filmé la démolition. Ensuite, j’ai voulu en savoir plus sur ce qui s’était passé. Quand je suis revenue, la communauté m’a reconnue, m’a accueillie et m’a demandé de continuer.

 

Avez-vous entendu parler des grands projets qui font ou ont fait polémique ici, comme le Tahiti Mahana Beach ou l’extraction du phosphate résiduel de Makatea ?
En fait, c’est au Fifo, pendant la session Inside the doc, que quelqu’un m’a dit : “La même chose est en train de se passer ici”. Et il se trouve que c’est par une compagnie australienne (la société Avenir Makatea Pty Limited, concernant le phosphate, NDLR). Ça m’a vraiment surprise. Je suis incroyablement en colère contre la façon dont on traite les habitants et contre les dommages environnementaux occasionnés par ce genre de projet. Donc je vais définitivement enquêter un peu plus sur ce qui se passe ici.

 

Vous êtes donc une documentariste engagée et vous souhaitez le rester ?
Oui et je suis particulièrement encouragée maintenant, par une telle expérience. The Opposition était mon premier film et recevoir le Grand Prix signifie beaucoup. Je n’avais pas la “permission” de le faire, mais je me la suis donnée moi-même, et j’ai décidé de continuer, ne pas abandonner. C’était incroyablement difficile, et en même temps, c’était une histoire incroyablement importante à raconter, donc voilà !

 

Propos recueillis
par Marie Guitton

 

 

Street art, star-system et introspection au cœur des trois Prix spéciaux

Stéphane Martin, président du 14e Fifo, assure que le jury a eu du mal à départager les quatorze films en compétition cette année.
“Lorsque nous avons rassemblé nos votes, deux films arrivaient nettement en tête, assez proches l’un de l’autre”, explique-t-il. Le documentaire Mele Murals (États-Unis, 2016), qui retrace le projet de street artistes hawaiiens dont les fresques les reconnectent à la culture de leur pays, a ainsi obtenu un “grand” 1er Prix spécial. Le réalisateur Tadashi Nakamura était malheureusement absent vendredi dernier.

“Ensuite, notre cœur a balancé entre quatre autres films”, raconte Stéphane Martin. Ce sont finalement How Bizarre, the story of an Otara millionnaire (Nouvelle-Zélande, 2014), réalisé par Stuart Page, et Zach’s Ceremony (Australie, 2016), réalisé par Aaron Petersen, qui ont été récompensés.

FIFO 2017

(© Marie Guitton)

Le premier raconte l’incroyable destin du chanteur “Pauly”, originaire d’un quartier pauvre d’Auckland et parvenu au sommet dans les années 90.
“Comme c’est bizarre !, a simplement lancé le réalisateur vendredi dernier (à droite), visiblement très surpris de recevoir un prix. C’est un ami qui m’a demandé de faire ce film. Je suis ravi d’avoir pu l’emmener jusqu’en Polynésie française !”

 

FIFO 2017

(© Marie Guitton)

Aaron Peterson (ci-dessus) a, quant à lui, filmé pendant six ans son propre fils, de l’enfance à l’adolescence, en proie à des interrogations sur son métissage et sur le poids et la force de ses origines aborigènes dans le monde australien moderne.
“Nous avons travaillé très dur pendant plusieurs années. Je veux remercier mon fils Zach, qui est un jeune homme maintenant, a-t-il déclaré sur la scène du grand théâtre. Sans lui, l’histoire n’aurait pas été possible. Je suis très fier d’être son père.”

 

Retrouvez l’intégralité de cet article dans votre journal du Lundi 18 février 2017 ou en version numérique.

 

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