Une place au centre d’hébergement étudiant : “un privilège”

    mardi 13 septembre 2016

    étudiants

    Le CHE est un ensemble de cinq bâtiments qui regroupe 114 studios pour deux personnes. (Photo : Florent Collet)

     

    Réservée aux îliens, aux étudiants des communes éloignées et aux boursiers

     

    Vendredi dernier, au matin, dans le bâtiment B, l’un des cinq que compte le centre d’hébergement étudiant (CHE) de l’Université de la Polynésie française (UPF), le CHE comme tout le monde l’appelle ici.

    L’ambiance est légère. À la musique du gardien, s’ajoutent de jeunes rires qui s’envolent du deuxième étage. “Ah nous, nous sommes juste des squatteurs”, rigolent-ils.

    Nous n’habitons pas ici. La copine, qui a un studio ici, est en cours en ce moment.” À quelques pas du campus, le CHE est très convoité même s’il n’offre d’autre luxe que celui d’être à quelques minutes à pied de l’amphi et des salles de cours, et ce, à des prix défiants, de très loin, ceux proposés sur le marché immobilier aux alentours de l’UPF.

    Mais ils auront peut-être d’autres avantages, ici il y a un règlement intérieur”, rappelle Isabelle Pacaud, la gestionnaire du CHE, “la mère et le mur de lamentations des élèves”.

    Trois cents logements sont proposés, 72 chambres individuelles à la cité universitaire et 114 studios pour deux personnes au CHE.

    Cette année, 434 demandes ont été faites, laissant 134 étudiants sur le carreau après passage devant la commission de l’UPF, puis celle du Pays avec le ministre de l’Éducation, des élus de l’assemblée et des représentants des étudiants.

    Certains, ici, ne sont pas boursiers, mais sont feti’i avec des politiques, tous les étudiants le savent”, confie une étudiante avant de préciser : “Moi, j’y ai vraiment droit, je viens des îles et je suis boursière.

     

    Une bonne ambiance

     

    À l’étage du dessous, Nicolas sait la chance qu’il a. À 21 ans, cet élève, en 2e année en économie et gestion, est arrivé de Anaa l’an dernier et a logé chez ses grands-parents, en ville.

    Je faisais la navette tous les jours. J’en avais marre. J’ai donc fait ma demande pour avoir un studio ici. Cela facilite beaucoup de choses. Déjà, au niveau des horaires, c’est juste à côté, je n’ai plus à me presser pour prendre le bus. Pour les étudiants, ces logements sont vraiment utiles. Je pense que je vais mieux travailler car je n’aurai pas d’autres soucis en tête à part le ma’a. Il faut s’organiser, mais c’est une bonne expérience pour devenir autonome.

    Nicolas n’aura plus d’excuses pour rater les cours. “Le soir, c’était difficile parce qu’il n’y avait pas de moyen de transport. Après, pendant l’année, tu te fais des amis pour s’arranger.

    Un privilège qui peut attirer les convoitises. Et ils sont nombreux ceux qui profitent de ce pied-à-terre. “Je veux bien amener des amis pour venir passer un moment dans la journée, mais j’évite de loger quelqu’un dans la nuit.

    Nicolas partage sa chambre avec un autre étudiant qu’il ne connaissait pas du tout il y a encore quelques semaines.

    Le jour même, on s’est posé, on s’est parlé pour voir comment cela allait marcher entre nous. Dès le premier jour, cela s’est bien passé. Pour l’instant, c’est le début, ça va. Peut-être qu’il faudra changer des choses durant l’année. Dans tout le bâtiment, il y a une bonne ambiance.

    Pas de problème d’entente au dernier étage, Kaulana, originaire de Raiatea, et Turama, de Makemo, sont en couple et partagent la même chambre avec lit double.

    Je suis chanceuse, surtout quand tu viens des îles, c’est compliqué si tu n’as pas un logement à Tahiti ou de famille”, reconnaît la jeune fille.

    J’ai un ami pour qui c’était le cas ; du coup, pour sa deuxième année, il n’est pas revenu et il ne fait plus rien.

     

    Le début de l’indépendance

     

    À tout juste 17 ans, Romana arrive de Raiatea pour suivre un cursus en langues étrangères appliquées. Du lycée à la fac, de son île à Tahiti, du cocon familial à l’autonomie, cette triple révolution se déroule plutôt sans encombre.

    Ça me plaît, ça change un peu, ça montre ce qu’est l’indépendance quand tu dois vivre sans tes parents. D’habitude, on a toujours nos parents derrière nous, mais là, on est vraiment toutes seules. Après, au niveau financier, tu ne peux pas avoir l’argent tout de suite, tu dois appeler les parents.

    Une transition facilitée par le fait de partager sa chambre avec une camarade de lycée venue de Huahine. Elle aussi est consciente du “privilège”.

    Je suis carrément chanceuse. J’ai une amie qui n’a pas eu sa place. Du coup, elle doit aller au foyer de jeunes filles en ville et s’adapter au bus. Parfois, ils terminent plus tard que le dernier bus, donc il faut toujours trouver un autre moyen. Ce serait bien d’avantager certaines personnes pour qu’ils aient un logement, ou d’en construire plus.

    Un projet lancé par le Pays l’an dernier, le conseil des ministres avait validé un projet d’extension de la cité universitaire avec la construction de quatre bâtiments pour un total de 83 logements, ainsi qu’une cuisine collective et des places de parking pour un montant de 769 millions de francs.

    Ce projet devait être livré au minimum en 2017. Mais hier, le ministère de l’Éducation n’a pas été en mesure de nous donner l’avancée du projet, qui n’est pour l’instant pas sorti de terre. 

     

    F.C.

     

     

     

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