Le plaisancier disparu de Takapoto était un escroc

    jeudi 8 septembre 2016

    takapoto

    Louis Schooler, dont le cadavre a disparu de son bateau Entertainer, échoué en juillet, à Takapoto. Aux États-Unis, certains se demandent si cette disparition est aussi simple qu’elle en a l’air… (Photos : DR)


     

    Il devait 15,6 milliards de francs à ses victimes

     

    Le skipper du voilier Entertainer, échoué sur le récif de Takapoto, et dont la dépouille aurait été vue sur le pont du bateau avant de disparaître mystérieusement, s’appelait Louis Schooler.

    Et loin d’être un inoffensif retraité américain profitant de son temps libre, c’est un ancien promoteur immobilier condamné pour fraude aux États-Unis.

    Poursuivi pour des arnaques immobilières par la commission américaine des opérations en bourse, la SEC, depuis 2012, Louis Schooler, 64 ans, a été condamné, au début de l’année, par la justice américaine, à payer plus de 15 milliards de francs à ses victimes. Il a pris la mer sans avoir payé un cent.

    Parti en solitaire de Solana Beach, près de San Diego, en Californie, pour Tahiti, Louis Schooler n’y arrivera jamais. Le dimanche 10 juillet, son voilier de 12 mètres est retrouvé échoué sur le récif de Takapoto, aux Tuamotu.

    La météo est mauvaise, et les mutoi constatent, de loin, la présence d’un cadavre sur le pont, qui serait en état de décomposition avancée.

    Deux jours plus tard, quand arrivent les gendarmes dépêchés sur l’île, la dépouille a disparu. Quelques effets personnels sont retrouvés sur le récif. Tout le monde suppose que la houle a emporté le corps, qui ne sera pas localisé.

    Pour le rédacteur en chef de Latitude 38, un magazine californien de nautisme, les détails de la mort supposée de Louis Schooler sont “curieux, voire franchement suspicieux.

    Le 5 juillet, un message automatique de détresse parvient à la radio maritime de Taupo, à Wellington, en Nouvelle-Zélande, avec la mention “vaisseau échoué”, en indiquant une position dans les Tuamotu Nord.

    Le message, relayé au MRCC de Papeete, provoque une recherche aérienne, qui trouve le bateau non pas échoué mais sous voile.

    Les tentatives de contact avec le skipper restent vaines, explique Latitude 38. Mais les sauveteurs observent que le voilier change de cap et éteint l’un de ses feux de navigation.

    Sa femme dira plus tard que ce même jour, le 5 juillet, Louis Schooler l’aurait appelée par téléphone satellitaire pour lui dire qu’il s’était fait mal au dos et ne se sentait pas bien.

    Un témoignage auquel les enquêteurs n’apportent pas nécessairement de crédit… Le 10 juillet, un ami de Schooler demande aux plaisanciers du réseau radio amateur Pacific Seafarer Net de rechercher le voilier.

    De nouveau, c’est le MRCC de Papeete qui localise Entertainer, grâce au signal du téléphone satellitaire de Schooler, sur le récif de Takapoto, un cadavre difficilement identifiable à son bord.

     

    Condamné pour une pyramide de Ponzi

     

    Louis Schooler et son frère John possédaient et dirigeaient Western Financial Planning et WFP Securities, vendant, depuis près de 30 ans, titres financiers et immobiliers à des investisseurs privés.

    En 2011, plus d’une vingtaine de clients accusent WFP d’avoir construit une pyramide de Ponzi, et la société ferme.
    En septembre 2012, la Securities and Exchange Commission, le gendarme des marchés américains, porte plainte contre WFP et Louis Schooler.

    Schooler achète des terrains non viabilisés dans le sud-ouest des États-Unis, puis revend les terres, à des prix outrageusement gonflés, à des pools d’investisseurs peu sophistiqués. Il ne révèle jamais la marge énorme qu’il engrange, et trompe les investisseurs sur la valeur réelle des terres”, expliquait l’acte d’accusation.

    Le 21 janvier, le juge Curiel (le même qui est violemment attaqué par Donald Trump pour ses investigations sur l’“université Trump”) le condamne à rembourser 147,6 millions de dollars de profits mal acquis.

    D’autres audiences devaient encore boucler le dossier quand Schooler a pris le large, et ses avocats refusent de dire si leur client était sous le coup d’une procédure pénale, en plus de la procédure civile dans laquelle il avait été condamné.

    Contacté par La Dépêche, le commandement de la gendarmerie en Polynésie française confirmait hier l’identité du disparu, pour lequel aucun certificat de décès n’a encore été délivré, et pour cause.

    Ceux qui sont familiers des habitudes malhonnêtes de Schooler se demandent s’il a élaboré un plan minutieux pour feindre sa propre mort, ou si son karma l’a finalement rattrapé, écrit le magazine Latitude 38. L’autre question brûlante, bien sûr, c’est où sont les 150 millions de dollars.

     

    C. P.

     

        Edition abonnés
        Le vote

        Allez-vous voir Vaiana ?

        Loading ... Loading ...
        www.my-meteo.fr
        Météo Tahiti Papeete