Il poignarde sa concubine : six ans de prison ferme

    vendredi 11 août 2017

    tribunal poignard

    Un homme de 59 ans a comparu hier pour avoir poignardé sa jeune concubine, en juin, à Pirae. “Sans l’intervention de la belle-sœur, des pompiers et des médecins, madame ne survivait pas”, a rappelé hier l’une des assesseurs du tribunal correctionnel. (© Marie Guitton)


    Il avait, le 16 juin, à Pirae, poignardé sa concubine au-dessus du cœur et frappé sa belle-sœur. Un homme de 59 ans a comparu, hier, devant le tribunal correctionnel de Papeete, pour des violences volontaires… ayant presque entraîné la mort. L’avocat des victimes a réclamé qu’il soit jugé aux assises, celui du prévenu a demandé une “peine bienveillante”. Il a finalement été condamné à six ans de prison.

    “Il avait la main droite sur son cou. Le couteau dans la main gauche.” Ce vendredi-là, en entendant sa belle-sœur hurler dans le domicile familial, à Pirae, Maeva* s’était précipitée à l’intérieur. John Rere, 59 ans, venait de poignarder sa concubine Hinerava*, juste au-dessus du cœur.

    L’homme a fait carrière dans les perles. Il a de grands enfants, une maman et une ex-épouse qui le décrivent comme “quelqu’un d’aimant”, “sincère”, “très doux”, “très patient”, “le meilleur des papas !”

    Voilà quelques mois qu’Hinerava, de trente ans sa cadette, avait néanmoins commencé à lui faire part de son désir de mettre fin à leur relation, après dix ans de vie commune sans nuage.

    En mai, résistant à son chantage affectif, elle avait demandé de l’aide à la police pour récupérer ses affaires et s’était installée chez son frère et sa belle-sœur, Maeva. Mais en juin, John, immature sur le plan psychoaffectif selon les experts, lui avait demandé “une dernière chance”… bien à sa manière.

    “Il ne m’a pas laissé le choix. ‘Reviens vivre à la maison ou c’est moi qui vais chez toi. Sinon, je me flingue tout de suite’”, a raconté, hier, Hinerava au tribunal correctionnel. “J’ai eu peur. Il m’a forcée à le reprendre à la maison.”

    Quelques jours plus tard, la jeune femme de 29 ans finit tard, John l’appelle plusieurs fois au téléphone et l’attend à proximité de son lieu de travail. Un jeudi, “il menace d’aller chercher son flingue”, se souvient Maeva. “J’ai appelé les gendarmes.”

    Mais ils ne viennent pas et le lendemain, vendredi 16 juin, vers 11 h 40, “j’arrive devant la porte et il a déjà donné le coup”.

     

    “Je vais te tuer, je vais te tuer”

     

    Une demi-heure plus tôt, une nouvelle dispute avait éclaté. John s’était muni d’un couteau et mis à genoux devant sa dulcinée : “Je l’ai suppliée”, a-t-il relaté hier. “J’ai tourné le couteau vers moi. Elle a dit ‘Vas-y’. Elle m’a jeté un regard méprisant, comme si j’étais un chien.”

    Dans ses souvenirs assez lacunaires, la jeune femme aurait toutefois fini par attraper le couteau et s’y serait “piquée” au cours de la bagarre.

    “Il m’a dit : ‘Tu es sûre ? Tu ne veux plus me donner de chance ?’”, se souvient de son côté Hinerava, qui était alors assise sur le canapé.

    “Il a sorti le couteau de sous sa chemise et m’a poignardée. Alors je l’ai attrapé parce que je ne voulais pas qu’il me pique ailleurs.”

    C’est à ce moment-là que surgit Maeva. Elle court, grimpe sur le canapé, tente de tirer l’agresseur en arrière en enfonçant ses doigts dans ses yeux. “Il m’a donné des coups, tout en me disant : ‘Je vais te tuer, je vais te tuer’”, assure-t-elle.

    John Rere serait ensuite retourné à la charge de son ex-concubine, qui s’était relevée. Il la tire en arrière, elle chute, il essaye de l’étrangler. “Il n’a pas essayé, il m’a étranglée”, a-t-elle soufflé hier.

    Sa belle-sœur, 27 ans, environ 1 m 60 ou 65, se jette sur lui. “J’ai cru que je n’allais jamais réussir. Quand j’ai crié à l’aide, au secours, j’ai cru que personne n’allait entendre, que personne n’allait venir nous aider”, dit-elle, encore un brin paniquée.

    L’intervention des voisins empêche le dénouement fatal. Maeva s’en tire avec 10 jours d’incapacité totale de travail. Évacuée au centre hospitalier de la Polynésie française, Hinerava bénéficie d’une prise en charge chirurgicale en urgence.

    Elle a perdu trois litres de sang, les médecins la transfusent et déclarent son pronostic vital engagé.

    Elle souffre d’une plaie de sept centimètres dans le haut du thorax, a une côte fracturée, un tendon coupé dans la main et un traumatisme au larynx.

    Aujourd’hui, deux mois après les faits, la jeune femme souffrirait d’un stress post-traumatique.

    “Évidemment que c’est un criminel”, a donc lâché son avocate hier, qui réclame depuis des semaines que le prévenu passe devant les assises pour tentative d’homicide.

     

    “Il n’est pas comme ça d’habitude”

     

    “C’est le procès de l’amour, le procès de la passion, enfin et surtout le procès de la jalousie”, a pour sa part plaidé l’avocat de la défense, en réclamant la peine “la plus bienveillante possible”.Je pense qu’il ne s’est pas contrôlé, il a juste pété un câble, il n’est pas comme ça d’habitude, on est tous choqués”, a aussi déclaré la fille de John, qui fêtera ses 21 ans la semaine prochaine.

    “Je lui ai tout donné, mon cœur, mon âge, ma vie. Et elle m’annonce comme ça que c’est fini. Alors qu’on n’arrêtait pas de se dire ‘jusqu’à la mort’…”, sanglote John.

    Les juges l’ont pris au mot. “Sans l’intervention de la belle-sœur, des pompiers et des médecins, madame ne survivait pas”, a rappelé hier l’une des assesseurs du tribunal correctionnel.

    Ils ne se sont toutefois pas dessaisis du dossier, suivant l’avis du parquet qui avait préféré retenir “l’intention de blesser avec une arme blanche”. Ils ont condamné John Rere à six ans de prison ferme.

     

    Marie Guitton

    *Prénoms d’emprunt

     

     

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